IMMORTALITE
Où vont les étoiles en chœurs?
— Elles vont où s'en vont nos cœurs, Au-devant de l'aube éternelle.
Mêlons notre âme à leurs rayons Et, sur leurs ailes d'or, fuyons A travers la nuit solennelle.
L'ombre n'est, dans l'immensité, Qu'un seuil au palais de clarté Qu'ouvre la Mort comme une aurore.
L'ombre n'est que Fobscur chemin Qui mène d'hier à demain.
Du soir au matin près d'éclore.
FANTA ISI r, S CKI.KSTKS
Suivons donc ces asIiTs s.'icrrs Oui (lu jour monicnf, les flof^'rrs, Des ombres déroulant la (•]iaîn(3.
Comme eux, vers la Mort nous glissons Et, comme eux, quand nous pâlissons, C'est que la lumière est prochaine.
EN AIMANT
EN AIMANT
ANGELICA YEHIÎA
0 torture d'aimer, immortelle et profonde,
J'ai donc fait pour te fuir un inutile effort !
— Pour deux lèvres en fleur, pour une tête blonde,
Ton mal divin renaît plus ardent et plus fort.
0 torture d'aimer, immortelle et féconde
En espoir, en angoisse, en désir, en remord !
— Pour deux yeux caressants et traîtres comme l'onde,
Je sens, à ton tourment, revivre mon cœur mort.
0 torture d'aimer dont rien ne nous protège ! Pour un sein de déesse et pour deux bras de neige, Tu me reprends saignant, pour encor me meurtrir,
Et je ne puis haïr la fière créature
Par qui tu me reviens, immortelle torture.
— Car il me serait doux à ses pieds de mourir.
KN AIMANT H.'t
Ses cheveux, comme font les saules sous la brise, Sur les flots du Pactole ont traîné sûrement ; Car leur or lumineux n'est qu'un reflet charmant Qui, comme ceux de l'onde, en caresses s'irise.
Dans sa fière beauté tout est charme et surprise, Et tout son être n'est qu'un long enchantement. C'est vivre l'infini que de vivre en l'aimant ; Mais telle est sa splendeur que tout espoir s'y brise.
ni L A C II A N s 0 N D K s H K U 11 E S
Je voudrais seulement baiser ses beaux pieds nus Et respirer, dans Tair, les parfums inconnus Qui montent de sa chair et de sa chevelure.
Je voudrais sur mon cœur poser sa froide main,
Pour lui faire sentir l'effroyable brûlure
Dont me consume encor son regard surhumain.
N AIMANT <).'
Son image est debout sous mon front obstiné, A la fois gracieuse et noble dans la pose Charmante où je la vis : comme penche une rose, Son visage sourit doucement incliné.
Sa taille souple au tour finement dessiné,
De ses flancs où l'ampleur de la forme s'impose,
S'élance, — comme, au jour de sa métamorphose.
Jaillit d'un tronc divin le torse de Daphné.
Ses beaux bras nonchalants et semblables aux branches D'un laurier qu'eût blanchi le vol des avalanches Croisent, comme deux fleurs de neige, ses deux mains.
Ses cheveux dénoués caressent ses épaules : Vénus ou Yelléda, de la Grèce ou des Gaules Ses pieds nus ont foulé les antiques chemins.
Je ne sais pas de fleur, ou de bois ou de plaine, Qui dans ses blonds cheveux soit digne de s'ouvrir, Qui sur son sein charmant soit digne de mourir, Sous les tièdes parfums que verse son haleine.
Je ne sais pas de lin ou de soie, ou de laine Dont le tissu léger soit digne de courir Sur son épaule, et qui soit digne de couvrir Les charmes infinis dont sa jeunesse est pleine.
Je ne sais pas de coupe aux bords si bien fouillés, Rouge de sang divin des ceps ensoleillés, Qui d'être présentée à ses lèvres soit digne.
.Je ne sais de tapis, ou de tigre ou de cygne, Qui soit, sous ses pieds nus, digne d'être jeté. — Je ne sais pas d'amour digne de sa Beauté.
KN A I M A N 1' <••>
0 torture d'aimer ! ô mal délicieux !
Sa Beauté tour à tour riante et solennelle
Me trouble : tout m'attire et tout m'effraye en elle.
Son charme est à la fois puissant et gracieux.
Comme la Mer nous tente en reflétant les cieux, L'aimant du flot profond habite sa prunelle. Avec l'autorité d'une chose éternelle, Sa splendeur me domine et me fait anxieux.
Près d'Ello, je m'enivre à tout ce qui la tourhe. Loin d'Elle, je l'implore, et, la craignant farouche, Je savoure, en pleurant, mon tourment adoré.
La peur à mon désir s'obstine sans relâche. Plus je la trouve belle et plus je me sens lâche... Je l'aime — et je la fuis, le cœur désespéré.
liN AIMANT 71
SOUFl HANCES D AMOUR
La Beauté dont je meurs est la Beauté suprême Qui garde à cette terre un souvenir des cieux. Je l'adore tout bas d'un cœur silencieux, Car mon mal est divin si mon mal est extrême.
Mes regards sur son front cherchent un diadème, Si grande est la splendeur de son front radieux ! Je la conçois pareille à l'image des dieux Et c'est à deux genoux, qu'en la priant, je l'aime.
Entre ses mains j'ai mis mon âme pour jamais^ A tout ce qu'Elle veut, humble, je me soumets ; D'EUe seule j'espère et n'ai souci que d'Elle.
D'un esprit sans effroi je porte mon tourment, Bien sûr de l'avenir, car j'ai fait le serment De vivre et de mourir à son culte fidèle!
KN AIMANT 73
Comme im flot de vapeurs par le vent emporté, Tous mes rêves ont fui devant ta noble image. Les chansons d'autrefois ayant tu leur ramage, Ta voix à mon oreille apprit la volupté.
Le passé n'a plus rien dont mon cœur soit dompté L'avenir ne saurait me donner davantage. Tout mon être est à toi, que plus rien ne partage. Ton image à mes yeux enseigna la Beauté.
Par Toi j'aurai conquis Torgueil de vivre encore Et d'adorer, en Toi, ce qui vaut qu'on l'adore : Je vivais dans la nuit, tu m'as montré le jour.
Car, plus doux que l'aurore à la terre endormie. Vers le ciel de tes yeux, je sens, ô mon amie. Comme un rouge soleil monter mon jeune amour.
r: N AI M A N T 7ô
J'ai mis dans mon amour tout l'orgueil de ma vie, Et l'honneur de mes jours est fait de ta beauté. De tout ce que le temps rapide m'a compté, Je ne me souviens plus que de Savoir servie.
A te servir toujours j'ai borné mon envie : J'ai pour foi ton destin, pour loi ta volonté. Sans savoir ton chemin, pour lui, j'ai tout quitté.— Tu passais !... pour baiser tes pas je t'ai suivie !
Pour n'avoir pas aime, j'avais maudit Famour. Une heure avait fermé mes blessures d'un jour : Ta main jusqu'à mon cœur a creusé la première,
Ah ! celle-là, du moins, je n'en veux pas guérir. Et je demanderai, pour vivre et pour mourir. Le devoir à ta bouche, à tes yeux la lumière !
I«' N Al M A N 'I' 7 7
Quand de ta bouche en fleur j'ose approcher ma bouche
Et que mon âme y monte en un muet baiser,
Je sens naître en mon cœur et n'y puis apaiser
Je ne sais quoi qui tremble et soudain m'eff'arouche.
L'air où ton souffle passe et Thabit qui te touche, Et la terre où ton pied charmant vient se poser. Tout m'est sacré, tout luit, tout me vient embraser. Et c'est comme un autel que j'entrevois ta couche !
78 LA CHANSON DKS HEURKS
Les genoux défaillants et la pâleur au front, La terreur me saisit comme d'un sacrilège D'avoir, d\m seul désir, flétri ton corps de neige.
J'ai peur que mon amour ne te soit un affront. Et j'attends, qu'en ta main, le glaive de l'archange Punisse mon audace et me frappe et te venge !
Donne-moi ta bouche, et que tes yeux clos Me cachent le feu clair de ta prunelle; Donne-moi ta bouche et me laisse en elle Mêler des baisers avec des sanglots.
Donne-moi ta bouche et me verse à flots, Avec sa saveur vivante et charnelle, Les enchantements de l'aube éternelle Que fêtent les lis sur ton front éclos.
Donne-moi ta bouche où fleurit mon rèvc, Où la chère voix me rend Theurc brève, Dont un mot me charme et me l'ait souffrir.
Donne-moi ta bouche où rit, ta jeunesse, Donne-moi ta bouche où git mon ivresse, Donne-moi ta bouche où meurt mon désir !
KN AIMANT 90
Je veux que mon sang goutte à goutte Monte à ta lèvre lentement. Comme un flot limpide et calmant.
De ton cœur il prendra la route.
Bois-le : mon àme y sera toute Dans un suprême enivrement :
Car le seul mal que je redoute, C'est de survivre à mon tourment
Bois-le sans honte et sans peurs vaines Ce trésor sacré de mes veines, Toi seule pourras le tarir.
Avec mon souffle, avec mon àme.
Ce sang que ta bouche réclame, Bois-le! — Car i'ai soif de mourir î