‹ La chanson des heuresChapitre 12 sur 58 · K N AIMA N T · texte numérisé non relu

K N AIMA N T

Mon âme, ignores-tu la langueur où je vis Et le mal dont je meurs à t'aimer sans mesure, A laisser tout mon sang monter à ma blessure, A bénir, en pleurant, le jour où je te vis?

Gomme un prêtre à l'autel courbé sur le parvis, Dans l'extase mon cœur déchiré se rassure Et, de tout autre objet chassant la flétrissure, Ton image sacrée emplit mes yeux ravis.

Mon âme, ignores-lu qu'à cet excès je t'aime, Que ton être vainqueur m'ait chassé de moi-même Et que l'exil me suit partout où tu n'es pas?

Cet amour obstiné qui s'attache h tes pas

Et brûle mes esprits d'une immortelle flamme,

Cet amour infmi, l'ignores-tu, mon âme ?

La bise a dépouillé le front des avenues ;

Les feuilles mortes font un linceul aux gazons ;

Sur le ciel monotone et gris des horizons

Se projette le spectre noir des branches nues.

Adieu, vertes forêts que nos pas ont connues,

Où l'on marchait à deux au temps des floraisons !

Le soleil ne rit plus aux vitres des maisons;

Les heures d'amertume et d'ennui sont venues.

Seul je porte en mon cœur le soleil disparu, El mon bonheur cruel me semble encore accru Du deuil de la Nature et de l'émoi des choses.

En dépit de la bise, au mépris de l'hiver,

Tu fis naître en mon âme un printemps toujours vert,

Et, sous tes pieds divins, j'y sens monter des roses.

K N Al M A N r 87

Dans le bois noir où se lamente Le cerf blessé par le chasseur, Nous irons goûter la douceur D'entendre gémir la tourmente.

Et penchant ta tête charmante Vers mon front au doute obsesseur, Tu ne seras plus qu'une sœur A mon cœur triste, ô mon amante !

Mon mal étant un mal divin,

Tes chers baisers tendraient en vain

Jusqu'à moi leur saveur calmante.

Il me faut la fraîcheur du soir Et l'ombre épaisse du bois noir Où le cerf lassé se lamente.

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