‹ La chanson des heuresChapitre 14 sur 58 · I-: N Al M A N · texte numérisé non relu

I-: N Al M A N

La Nuit a fermé son rideau Déchiré par mainte étincelle Dont l'or, parmi l'azur, ruisselle Vibrant comme des gouttes d'eau.

Et las de porter le fardeau

Que, sur moi, le doute amoncelle,

Le cœur triste, je pense à celle

Dont l'absence est comme un bandeau

Par quoi la clarté m'est voilée Que verse la voûte étoilée, Brillante de paisibles feux.

Car mes yeux n'ont d'astres, au monde, Que la lumière dont s'inonde La Nuit de tes sombres cheveux I

Ton beau corps est pour moi comme un ciel dont tes yeux Sont les astres vivants, dont le seuil est ta bouche. Vers lui je tends les bras et, quand ma main le touche, Eperdu de bonheur, je suis pareil aux dieux 1

Ton corps est comme un lac resplendissant de feux Où l'immortel soleil de mon Rêve se couche, Où mon cœur boit l'oubli de sa peine farouche Sous l'ombre de parfums que font tes noirs cheveux.

BIBUOTHECA

Ton corps ost comme un temple on ton souffle balance Une haleine d'encens dont s'enivre en silence Mon désir recueilli comme un prêtre à l'autel.

Ton corps, ton noble corps, est, h la fois, la cime Où tendent mes désirs, et le gouffre où s'abîme De mon rêve éperdu le soleil immortel.

Ton ventre est un bijou d'ivoire Ferme, clair, aux contours polis ; On dirait un monceau de lis

Figé dans un frisson de moire.

C'est la coupe où je voudrais boire Le vin des éternels oublis ; C'est le livre ouvert où je lis Tout ce qui reste en ma mémoire.

102 r. A CHANSON DES HEURKS

Seul il ranime en mon corveau La vibrante image du Beau.

Je l'aime d'un amour farouche

Et, sur lui, dans un long baiser,

Mon désir voudi'ait épuiser

Les derniers souffles de ma bouche.

KN AIMANT 10:5

Mignonne, des lilas ! des roses ! des jasmins ! Le doux Printemps renaît pour que tu me souries. Un chant a réveillé les bois et les prairies ; Un souffle a rajeuni les deux et les chemins.

Beaux jours qu'emplit Tespoir de plus beaux lendemains La Bien-aimée est là, pleine de rêveries, Qui, près du Bien-aimé, sous les branches fleuries. Tend, jusqu'à leur blancheur, la blancheur de ses mians.

Sur l'aile des parfums les heures passent, brèves. L'àme des désirs court dans le sang frais des sèves Et gonfle de sang chaud les cœurs inapaisés.

Le doux Printemps renaît : aimons-nous, ô ma reine ! Comme un collier vivant qui dans l'azur s'égrène. Mêle au vol des amours le vol de nos baisers !

K N A I M A N r lO.j

J'emporte, en te quittant, tout ce qui fut ma vie, Le parfum de ton corps et l'écho de ta voix ; Lointaine, je t'entends ; absente, je te vois, Et ta beauté ne m'est tout entière ravie.

Jalousement, je garde en mon àme asservie Le souvenir sacré des bonheurs d'autrefois. Et l'espérance en qui se raniment nos fois. Par avance, déjà, te rend à mon envie.

Jo bois, dans un frisson, l'odeur de tes baisers ; Le vol de mes désirs toujours inapaisés S'élève, douloureux, vers le ciel de ta bouche.

Sous ta lèvre sourit la blancheur de tes dents ;

Et, brûlé par le feu de mes rêves ardents,

Je meurs, croyant sentir ta lèvre qui me touche !

MN AIMANT 10'

Je demande à l'oiseau qui passe Sur les arbres, sans s'y poser, Qu'il t'apporte, à travers l'espace.

Les tendresses de mon baiser.

Je demande à la brise pleine De l'àme mourante des fleurs De prendre un peu de ton haleine, Pour en venir sécher mes pleurs.

Je demanda au soleil on flaiiimo Qui l)()il la sève et l'ail le vin, Qu'il aspire toute mon àme, . Et la verse à ton pied divin !

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