‹ La chanson des heuresChapitre 3 sur 58 · A ALBERT DELPIT · texte numérisé non relu

A ALBERT DELPIT

Quelle ombre sanglante a penché Sur nos fronts son aile meurtrie ?

— L'astre vivant qui s'est couché, C'était ton soleil, ô Patrie I

L'horizon qui vit son déclin Saigne encore de ta blessure. Un peuple, de gloire orphelin.

Porte au front une meurtrissure.

RIMKS VIKILKS 15

No laissons pas sv. rorcM-mor Le déchircmciil (l(^ la mio, Ni trop vile se consumer La honte à nos faces venue.

Par Tabîmc des cieux ouverts Crions : Justice ! aux dieux infâmes, Et nos fronts, de cendre couverts, Montrons-les aux fils de nos femmes.

Si les dieux savent le remords, Si nos fils savent le courage.

Ils rendront la paix à nos morts, Ils laveront l'antique outrage !

Et, redevenu plus vermeil Du sang rajeuni d'une aurore, L'horizon verra ton soleil.

Patrie, aux cieux monter encore 1

France, ce passé que renie Le troupeau craintif des ingrats.

Ce passé, tu t'en souviendras, Car il vit fleurir ton génie.

Il vit l'arbre du droit vainqueur Ouvrir sa ramure féconde ; Si ses fruits ont repu le monde, Sa racine git dans ton cœur.

Il vit les batailles épiques Où tes voltigeurs triomphants Passaient, — héroïques enfants, — Rouges parmi les champs de piques.

RIMES VIRIT, ES 17

Il vit lo mol, (Ir Ijbcrté Jctc par la poitrine nue, Comme un feu du ciel sous la nue, Embraser une immensité.

Il vit ta main briser des chaînes, Tes pieds fouler des oripeaux Et, dans les plis de tes drapeaux, Monter les victoires prochaines.

Il vit ton sang jeune et vermeil Où s'abreuvaient le chêne et l'herbe, Rouler, comme un fleuve superbe, La justice sous le soleil !

Passé des vainqueurs de la Meuse Et des vengeurs du mal souffert, 0 temps d'héroïsme et de fer, Que ta mémoire soit fameuse !

Gloire aux vaincus des grands combats, Aux morts tombés sans funérailles, Sous le vent lointain des mitrailles, Dans les champs d'Alsace, — là-bas !

Sans faire un seul pas en arrière.

Comme des astres s'éteignant.

On les vit plonger, en saignant.

Dans une brume meurtrière.

La trombe de fer emporta Leur âme à ses fureurs mêlée ; Et, sous la nue encor voilée, Le nom de la France monta.

RIMKS VIRILKS lî>

Plus hani rjiK^ l.i dcinicrc lialoinn Du soldat tombé dans In raii^s Plus haut (jU(^ la vapcnr dv, sang Qui flottait sur rimmcnse plaine,

Vers Celui qui, ne sachant pas Ce que sont défaite ou victoire.

Couronne de la même gloire Tous les morts du même trépas !

Nous marcherons dans l'avenir Sans en détourner nos visages.

Sans nous arrêter à punir Les faiblesses des autres âges.

Un autre orgueil tente nos fronts Que celui de demander compte Au passé de l'ancienne honte.

Le temps juge : nous combattrons !

Ah î c'est moins des vengeurs aux crimes Que des soldats au droit qu'il faut.

L'horreur nous a faits magnanimes :

Volons le fer à l'échafaud

Pour l'outil qui fauche la gerbe Et pour le glaive qui défend.

Le père guidera l'enfant Vers l'œuvre virile et superbe,

Vers les combats et les moissons, Vers ce qui fait vivre les races !

— Pour les chemins que nous laissons, Le temps en fermera les traces.

Les cœurs l ou jours jhV'Is h s'unir Pour affronter le sacrifice, Nous niarchcrons dans Tavenir, Ayant pour témoin la Justice !

France, par tes maux ennoblie, Nom cher parmi les noms sacrés, Garde, sous le faix qui te plie, Un cœur fidèle aux opprimés.

Pour affronter l'heure qui change En déclin ton sort triomphant, Toi qui fus la Force qui venge, Demeure le Droit qui défend.

Subissant les destins contraires, Après d'héroïques combats, La fortune t'a fait des frères De tous les vaincus d'ici-bas.

La fortune a brisé tes armes, Mais non pas dompté tes esprits.

Après ton sang, donne tes larmes, Sœur des faibles et des proscrits 1

A qui meurt pour les causes saintes, A qui tombe sous un drapeau, Garde tes immortelles plaintes Et ta grande âme pour tombeau.

Afin de surgir la première, Forte du cœur des nations.

Dans la gloire et dans la lumière.

Au jour des résurrections !

RIMES VIRILKS 23

Terre de la vigne et des chênes, L'orage fuit aux horizons :

Sois toute aux vendanges prochaines, Sois toute aux jeunes floraisons !

Si l'orage qu'un souffle enlève A meurtri tes fleurs sur ton sein.

En toi coulent encor la sève Des bois et le sang du raisin.

Ta mamelle n'est pas tarie ; Un grand peuple s'y peut tenir, 0 France, immortelle Patrie, Nourrice des temps à venir !

Ton àme monte sous la nue, Avec tes chênes radieux ; La grappe, aux coteaux revenue.

Porte en soi l'esprit des aïeux.

Tout l'espoir des races prochaines, Tout l'honneur des teraps abolis Dans tes flancs sont ensevelis.

Mère de la vigne et des chênes !

Puisqu'il n'est qu'un Dieu qui demeure Debout sur les autels brisés ; De peur que ce siècle ne meure De ses désirs inapaisés,

Que l't\me Iminaine, consumée De son rùve silencieux, Ne remonte avec la fumée Du dernier encens vers les cieux,

A genoux devant la Patrie, Seul Dieu qui reste triomphant, Qui ne demande qu'on le prie, Qui sourit à qui le défend,

Dont le culte n'a pour mystère Que l'amour profond et vainqueur Qui, d'un coin sacré de la terre.

Fait un lambeau de notre cœur !

A genoux aux pieds de la France, Frères que vos dieux ont trahis Et qui n'avez plus d'espérance Qu'à l'immortel nom du pays !

Adorons, le front dans la poudre, La Mère aux vaillantes douleurs, De qui la main tenait la foudre Et tient un calice de pleurs !

KIMKS VIKIIJ'IS 27

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