‹ La chanson des heuresChapitre 31 sur 58 · EN ENVOYANT DES FLEURS · texte numérisé non relu

EN ENVOYANT DES FLEURS

Heureuses ces fleurs que Décembre Épargna pour te les offrir.

Aux tièdes parfums de ta chambre Elles vont lentement mourir.

Elles mourront, mais pour renaître Aux couleurs de ton teint charmant, Aux chères odeurs de ton être, A tout ce qu'on aime en t'aimant.

Kllcs nionrroiît, mais Iciii' lialciiic Aiiloiir (le loi va s'i'puiser Et, (le caresses toute pleine.

En s'envolant, t'iia baiser.

Voilà pourquoi je les envie En te les envoyant, ces fleurs, Et voudrais, lassé de la vie.

Mêler mon àme avec les leurs !

8()l)IIAI'lS 1-; l I) K I) l( A C KS 10'

Je voudrais que ces fleurs, de leurs lèvres pourprées. Par où semblent saigner les blessures d'un cœur. Du souvenir sans fin chantant l'hymne vainqueur, Exhalent à tes pieds mes tristesses sacrées.

Des rayons du soleil jusqu'au fond pénétrées, Elles ont de la Terre — où tout, hélas! n'est qu'heur, Vers l'immuable azur tendu leur noble chœur, Et jonché de parfums le seuil des Empyrées.

KiN LACHANSONDKSHEURES

Vers le ciel idéal et clair, où ta Beauté Règne, l(îl mon désir iinniorlel est monté. Buvant, à ton regard, la lumière, sans trêve ;

Mais, comme pris au sol qui l'a su retenir,

A peine, jusqu'à Toi, s'il en a pu venir

Comme une odeur de rose éparse dans un rêve !

s () Il II Ans KT !)]• I)I(ACES 109

Si tu ne crois pas que je t'aime, Accepte cependant ces fleurs :

J'ai, dans leurs joyeuses couleurs Mis le plus triste de moi-même.

L'amour que ton doute blasphème

Y cache ses saintes douleurs ;

Mon sang fait leur pourpre et mes pleurs

Font leur éclat, menteur emblème.

170 I^A CHANSON DES HKUKES

Tu verras leurs charmes délïmls

Et s'évanouir leurs parl'ums

Que mon amour vivra quand même.

Par pitié, sous ton pied vainqueur, Foule, avec leurs débris, mon cœur, Si tu ne crois pas que je t'aime.

SOUHAITS l/r DKDICACRS 171

Jai mis, parmi ces fleurs, la fleur de ma pensée, Et j'ai mêlé son <àme à ces parfums en chœur. — Rose mystique, au ciel de mon rêve poussée. Elle a pris sa racine au profond de mon cœur. Je t'offre, avec ces fleurs, la fleur de ma pensée !

Respire, avec ces fleurs, la fleur de mon amour. Bois dans leurs cœurs ouverts, comme dans des calices Mon souffle et mes baisers. Toi qui fus, tour à tour, Mon espoir, mon tourment et mes chères délices. Respire, avec ces fleurs, la fleur de mon amour !

Garde toujours ces fleurs, hélas ! même fanées. Dans leur cœur odorant, garde, comme embaumé. L'immortel souvenir des tendresses données. Toi qui rouvris mon cœur que je croyais fermé. Garde toujours ces fleurs, hélas ! même fanées !

SOUHAITS i-:r ivv dkdicxcks^ \1-\

EN AIMANT

Jo voudrais que mon cœur fi\t une coupe pleine Pour la tendre à ta soif et l'y voir s'apaiser; Je voudrais que mon sang mêlé dans mon haleine Comme une rouge fleur montât vers ton baiser ; Je voudrais que le vent qui traverse la plaine Prit mon soui'tle et le vînt sur ta bouche épuiser !

Je voudrais que mon cœur fût une herbe menue

Pour l'étendre à tes pieds et les voir s'y poser, —

Pour sentir leur frisson sur ma poitrine nue

Et sous leur poids charmant mon être se briser,

Et, comme une rosée éparse sous la nue.

Goutte à goutte et longtemps mon sang les arroser !

Je voiidi'c'n's rjiio mon cdMir IVit imc ^n-appe mûre Pour le tendre à tes dents et te voir le meurtrir, Alix saveurs de ta bouche aspirer leur morsure, Par elle déchiré, m'enivrer de soufTrir: — Je voudrais que mon cœur l'iM toute la nature. Tout ce qui pour toi vit et par toi peut mourir!

SOUHAITS i.:'r dk d ic a (;ks 17r)

Page 1