‹ La chanson des heuresChapitre 55 sur 58 · LE TOMBEAU DE GEORGE SAND · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE GEORGE SAND

Quand le soleil descend, comme un dieu qui se couche Derrière les rideaux pourprés de l'horizon, La nature, un instant, frémit et s'effarouche : Un frisson court du front des chênes au gazon.

Le deuil de la lumière atteint toutes les choses ; Les êtres, devant lui, se font silencieux; L'insecte palpitant se cache au cœur des rosçs Et le berger pensif interroge les cieux.

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L'homme sait bien pourtant que Taube est assurée, Que le jour renaîtra, pris d'un divin remord, Secouant du matin la rrinière dorée, Et que, pour (^tre éteint, le soleil n'est pas mort 1

Mais ces astres humains dans réclat jette aux âmes Les espoirs immortels des cieux encor lointains, Ces astres fraternels aux rayonnantes flammes, Hélas ! ils sont bion morts, alors qu'ils sont éteints!

Ils sont morts à jamais ! — Ah ! quel crime s'expie, Et de quel long forfait Dieu veut-il nous punir? — Car l'ombre est sacrilège et la Mort est impie De nous ravir cps feux dressés vers l'avenir I

La Nuit t*a prise, ô toi qui t'appelais Aurore ! La Nuit a pris ton âme amante de clarté î Car le feu dont tu luis lentement te dévore, 0 météore humain dans l'espace jeté.

CiW roiiihi'c rsl l;'i ({iii veille <'l juciid, (((iniiM' imr loilc,

Tes ailes de lumière a ces j»lis rapl ieii.x ...

— De ton vol dans ra/iir (|iie i-esic-l-il, Mloile?

De la (NMidre a nos doi;^ls e| des pleurs daiis nos yeux !

Laissons ces lai'mos fuir ! baisons relie poussière ! — La paupière hrOiléc et les genoux meurtris, Pleurons Celle ([ui lut la Gloire et la Lumière, L'Esprit dans sa splendeur éclairait nos esprits !

Pleurons celle qui l'ut la Gloire et l'Harmonie, La lyre frémissante aux souffles du réveil, L'écho toujours fidèle à la plainte infinie Qui, des choses d'en bas, monte vers le Soleil !

L'âme compatissante aux âmes éperdues Dont la douleur confuse emplit l'humanité : Sœur des larmes et sœur des tendresses perdues. Pleurons celle qui fut la Gloire et la Bonté !

Elle est là, — quelques pas ; — vous trouverez sa tombe; Sur un tertre fleuri des roses vont s'ouvrir ; Sur un arbre penchant se pose une colombe. A genoux ! — C'est ici qu'elle a voulu dormir.

Elle a voulu dormir dans l'humble cimetière Où tant d'amis obscurs l'attendaient en rêvant, D'où tant de morts aimés, — fraternelle poussière, — L'appelaient autrefois dans la plainte du vent.

Comme durant sa vie, après le trépas même.

Elle veille sur eux, de son lit verdoyant.

— Le sommeil est plus doux auprès de ceux qu'on aime

Les meilleurs d'entre nous meurent en le croyant.

L A M K K N I) K U I L tiOit

Fils (lu Hciiy, la Kraiictî (îiiUcim' vous ('uvi<; Cette noble di^pouilh^ et ce ^'r.iiid souvcîuir, Et raugusto dccliu de cette hclh' vie Que, dans vos bras pieux, elle a voulu finir!

Mieux que sous la splendeur éclatante des marbres Qu'ouvrent les Panthéons à leurs hôtes sacrés. Elle dort sous la cime ondoyante des arbres Et sous la floraison magnifique des prés.

La chanson des oiseaux peut lui parler encore De tout ce qui renaît sous le matin vermeil : Cet agreste tombeau que le printemps décore Est bien celui qu'il faut à son dernier sommeil.

Oh ! ta place est bien là, vaillante créature, Cœur fidèle au travail, aux choses fraternel, Dans l'épanouissement de la grande Nature Que rajeunit sans cesse un ferment éternel.

*^6i LA CHANSON DES UKURES

Tu devais bien ton être à ses métamorphoses

Dont le divin spectacle enivrait ton cerveau.

— Sous ses chênes touffus, sous ses buissons de roses,

La Nature, à son tour, te devait un tombeau !

Oh ! ta place est bien là dans ce beau paysage Du Berry calme et doux, cher à ton cœur pieux Car la sérénité qui baignait ton visage Te venait d'aimer tant le pays des aïeux !

Ton àme flotte encore sur la noire vallée Que la nuit vient peupler de rêves surhumains. J'y vois passer souvent ton image voilée, Des étoiles au front et des lis dans les mains.

Tu parles aux souffrants, comme aux jours de ta vie. D'une voix tendre et douce... à guérir le remord : -— Fils du Berry, la France entière vous envie Celle qui veille encor sur vous après la Mort !

L A M K K N D K U 1 1- 'iJi.j

Il faut que, parmi vous, son image demeure, Sentinelle debout au cœur de ce pays ! Ne souffrez pas qu'un jour ce grand souvenir meure : Gardez cette mémoire immortelle à vos fils.

Et, pour qu'elle leur vienne immuable et bénie, Que le marbre ou l'airain la conserve pour eux ! — Le marbre était moins pur que ce noble génie. L'airain chaud moins ardent que ce cœur généreux !

Qu'importe ! - à la pensée obéit la matière.

Au travail, ouvriers ! — nous voulons la revoir !

Ses traits puissants et doux disaient son àme entière,

C'est-à-dire l'Amour, la Bonté, le Devoir !

Ce qui remet l'honneur dans une àme abattue, Ce qui met la pitié dans les cœurs triomphants, Voilà ce qu'à vos fils dira cette statue : Voilà ce qu'à la voir apprendront vos enfants !

Ils sauront qu'en ces lieux tut une grande vie, Que leurs pères ont eu cet insigne bonheur D'aimer Celle qu'après tant de gloire a suivie. Et que La Châtre a su comprendre tant d'honneur !

Dors sous l'herbe profonde, ô grande trépassée ! Un souvenir vivant te garde parmi nous : Au cœur de ton Berry, ton image est dressée, Et tout Français qui passe y fléchit les genoux !

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