REVEIL
Comme une vierge au teint vermeil Dans le jardin des cieux venue, L'Aube, ayant vaincu le sommeil.
Cueille les fruits d'or de la nue.
Dans l'azur, immense verger Des constellations fécondes.
Elle passe d'un pas léger, Laissant flotter ses tresses blondes ;
Et les étoiles, tour à tour, Aux plis de sa robe jetées.
Tombent, fruits célestes d'amour Dont nos âmes étaient tentées.
Déjà le dernier astre a lui, Sa main partout s'étant posée :
Un peu de mon sang, avec lui.
Reste aux doigts de l'Aube rosée ;
La dernière goutte de sang
Que me laissaient les maux sans trêve,
Une main l'a prise en passant
Au verger profond de mes rêves !
FANTAISIKS CKLKSTKS \^
LA VOIE LACTEE
La poudre des astres brisés Roule encor par les étendues ; — Mais où vont le vent des baisers Et l'âme des amours perdues ?
Comme les étoiles, nos cœurs Sont pleins de lumière immortelle, — Ils se brisent aux chocs vainqueurs.. Mais leur poussière, où donc va-t-elle ?
Nous voyons couler notre sang Au bord de la nue enflammée Dans le couchant éblouissant...
Mais où fuit sa rouge fumée?
Quelle brise, effleurant ces flots, Recueille l'esprit de nos rêves, Les délices de nos sanglots Et l'ivresse des heures brèves ?
Ah ! dans les débris radieux Qui font ta lumière enchantée, Sous les pas tranquilles des dieux, Emporte-les, ô mer lactée !