ITE, MISSA EST
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ITE, m ISS A EST
SANS médire d'aucun district^ d'aucun canton, Là, soyons francs y che^ nous^ au pays bas-breton^ On n'est pas bon chrétien^ ni de mœurs accomplies^ Si l'on refuse^ après messe, vépj^e^ ou compiles^ D'aller faire à l'auberge une heure ou deux d'arrêt. L'église nous conduit ^ tout droite au cabaret.
Aussi^ quelle cohue au sortir de la messe l Jamais foire, jamais Christmas^ jamais Kermesse N'offrit^ à l'œil ravi des vieux Téniers rêveurs, Groupes plus animés de splendides buveurs.
D'abord, tout est tranquille et calme. L'on s'attable. Le cidre, doux à l'œil, au gosier délectable,
Ecume dans les bols^ qui se vident d'un trait.
La servante^ au tonneau^ comme aux vaches qu'on trait,
S'accroupit, et d'un jet, remplit les tasses vides.
L'Aubergiste, empressé près des clients avides, Derrière son comptoir^ trinque avec chacun d'eux; Aimable, tout à tous, sert un verre, en boit deux., Cause, encaisse ses sous, va., vient, se multiplie., Fait boire tout son monde, et jamais ne s'oublie. Formidable buveur, à l'estomac profond, Impossible à remplir comme un tonneau sans fond.
Cependant, on s'échauffe. On a le geste libre. On s'interpelle. L'œil s'anime. La voix vibre. Tous fument. Et, déjà, tous parlent à la fois. Déjà même, au dessus du tumulte des voix, Quelque juron sonore éclate. Leau-de-vie, Dans les verres rangés en bataille, est servie. Ce petit lait se boit par litres. Dans les coins ^ Des couples amoureux se causent, sans témoins; Les jeunes gars, moitié hardis, moitié timides. Pendant qu'elles, déjà rouges, les yeux humides, Promptes à la riposte, et la mine en dessous., Sirotent longuement des liqueurs à deux sous.
Là-bas, dans Pâtre obscur, sont les vieilles buveuses, Crachant, la pipe aux dents, et les lèvres baveuses. — Ah! vieilles chattes, vieux biberons^ vieux grigous,
C'est encor pour la fièvre^ et pour vos apistigous^ » (i)
Que vous lichei si bien la goutte du Dimanche ?
Allons, essujre\'Vous le museau sur la manche^
Et redouble^! Bravo ^ Vieilles, buve\ toujours!
Le « vulnéraire » (2) est fait pour allonger vos jours!
Holà! Sur tous les points, l ivresse se débraille. Tout à l'heure on criait. Et maiiitenant, on braille. Debout^ près du comptoir., les buveurs, chancelants, Ivres, la joue en feu .^ les yeux étincelants. Se parlant à deux pas, clament à pleine bouche. Les uns, soûlards grincheux ^ ont le cidre farouche : Ceux-là sont les rageurs, les faiseurs d'embarras., Qui, les sourcils froncés, ont l'air de fiers-à-bras » D'autres, les bons vivants., à face réjouie.
Ronds comme des gorets, la panse épanouie, Rivaux des sacristains à la voix de Stentor, Chantent., à plein gosier, le « Veni Creator. »
En voilà deux, là-bas, deux larmoyeurs stupides, Qui, ne!{ à ne^, durant trois heures insipides, Ayant causé bétail, pailles, foins, et chevaux., S'embrassent., en pissant de Pœil comme des veaux.
(i) Je n'ai pas la prétention de connaître tous les termes locaux usités dans les pays bretons; mais, dans notre paysCornouaillais, le mot « pistigou » est le mot technique qui s'applique aisément à mille petites infirmités servant de prétexte aux ivrognes pudibonds pour absorber du « vulnéraire ».
(2) «Vulnéraire», eau-de-vie assez faible, aromatisée d'anis.
C'est le commencement de la fin, La cohue Des buveurs attardés se pousse dans la rue,,. Et là, tous, alignés sur le bord du chemin^ Contre les murs poudreux sarc-boutant de la main,, Font couler, au pignon des maisons étonnées,, L'interminable flux des choses entonnées,, Poussant à V Océan (i ) un fleuve de boissons, Capable de noyer la mer et ses poissons.
Cela fait, on se quitte. On part. C'est la déroute. Chacun tire de son côté, cherchant sa route.
Or, la nuit tombe. Et l'ombre emplit les chemins creux. D'un pas fur t if et lent, les couples amoureux Glissent sous la ramure aux feuilles frémissantes,,. Et, de peur d'effrayer les filles rougissantes, La Lune, mérétrice au sourire indulgent, Tire un rideau discret sur son disque d'argent.
(i) « Sans médire d'aucun canton », comme il est dit en tête de ce court poème, l'auteur a assisté à cette scène, tout proche de la mer. Il en a vu bien d'autres, en plein continent.