‹ La chanson du cidreChapitre 25 sur 42 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

RENAN-LE- Loup était un vigoureux bonhomme De soixante ans, au teint rouge comme une pomme^ L'œil petit y mais très vif et très malicieux, Avec des sourcils gris en touffes sur ses yeux. Acerbe et dur, railleur terriblement farouche^ Les sarcasmes sifflaient en sortant de sa bouche. Quand il ne raillait points il était amusant. Son répertoire aussi varié que plaisant, Poivre, sei et piment, vous dégoisait des choses Qui, ma foi, remuaient la panse aux plus moroses. C'était, en somme, avec son air très goguenard, Quelque chose, comme un Rabelais campagnard.

Ali fond, il n'était point très méchant, le rustique. Mais, poussé par sa verve endiablée et caustique^ Il mordait tout le monde, emportant le morceau. Tant pis pour le grincheux et tant pis pour le sot! Quoique ce fût un gai conteur de rimodelles, Les femmes le craignaient, car il médisait d^ elles. En langue basse-brète, avec des mots tout crus^ Des mots tout rouge-vif qu il crachait gras et drus. Malgré tout, — me croira qui voudra sur parole, — Le meilleur et le seul ami de ce vieux drôle, C était notre Recteur, un bonhomme indulgent Et doux, que tout le monde appelait Tonton Jean.

Tonton Jean, détaché des choses de la terre, Vieillissait doucement dans son vieux presbytère. Très alourdi par l'dge, obèse, et très épais. Il vivait ou plutôt il s'éteignait en paix.

Tout était vieux che\ lui, Fanch-Camm, son domestique, Et la vieille Catho, carabassen antique.

Borgne, bègue, toujours du tabac plein son ne\, Dont les plats du Tonton étaient assaisonnés. Ces trois hôtes muets du presbytèi^e sombre Achevaient en commun lews longs jours tissés d'ombre,

A la même heure, après sa soupe, chaque soir, Tonton Jean s'en venait très lourdement s* asseoir Dans un des deux fauteuils en bois de la cuisine. Près de Idtre, éclairé d'un morceau de résine. C'est là, qu'il se plaisait, le saint homme de Dieu!

Satisfait, largement assis au coin du feu, Croisant ses grosses mains sur sa bedaine ronde, L'dme en paix avec Dieu comme avec tout le monde, Ilfumaity il humait sa pipe longuement^ Délicieusement et paresseusement.

Cependant, engourdi par la chaleur de l'dtre, L'œil demi clos^ noyé dans la vapeur bleuâtre De sa pipe, on voyait Tonton Jean s'assoupir. Et, tout d'abord, c'était comme un léger soupir Qui glissait en sifflant sur sa lèvre pendante^ Puis peu à peu, suivant une gamme ascendante^ D'énormes ronflements succédaient,,. Et, bientôt^ Tout ronflait, Tonton Jean, Fanchic-Camm^ et Catho.

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