‹ La chanson du pauvreChapitre 5 sur 82 · RONDE D'ENFANTS · texte numérisé non relu

RONDE D'ENFANTS

C'est la chanson

D'un vieux bâton !

Du vieux bâton de mon grand-père, Où l'on voit des chimères Et des yeux grimaçants de Démons,

Sculptés en rond.

Et tout cela, c'est des histoires Qu'on raconte aux petits enfants, Afin qu'ils gardent la mémoire

Du vieux parent.

Ils sauront que ceux de son âge L'ont vu traverser le village, Un soir, qu'il s'en fut sac au dos, Faire la guerre à Bornéo.

Les g-ens avaient rentré les bêtes Et causaient sur le seuil des maisons, Quand seul et portant haut la tête, Il traversa le pont.

Leur âme, habituée aux pensées domestiques,

S'étonnait d'un tel idéal Et qu'il eût ce dédain pour les choses possibles

Dans le villag-e palrial...

Et les filles se marièrent, Et les vieillards moururent à leur tour, Mais bien longtemps l'on se souvint du jour Où l'homme partit pour la guerre.

Puis un soir, — tous les vieux étaient morts, — Et c'étaient maintenant les hommes de son âg-e Qui devisaient aux seuils des maisons du village, — Il s'en revint chargé de souvenirs et d'or.

Avec des flèches indiennes Et des fétiches de Java, Et d'un tas de choses anciennes, Qu'il prit là-bas, — >

Il fit une maison étrang-e Oà des rêves de tous pays, Gomme de grands oiseaux de nuit, S'envolaient des images.

Et c'est là que pendant des ans, Faisant du sommeil et du rôve

Avec des histoires toujours trop brèves Il nous a raconté, Quand nous étions petits enfants, Les contes bleus et les mystères.

Qu'on voit sur les boîtes à thé, Les potiches et les théières,

Et dans les yeux g^rimaçants des démons Qui sont sculptés sur les bâtons!

Et rond ! Et rond !

C'est la chanson D'un vieux bâton I

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