LES SOUVENANCES
Nous sommes les pâles Ophélies, Qui dérivent aux reflux des âges, Vers les mornes et lointains rivages Des choses à jamais abolies.
Nous sommes les bonnes souvenances Qui passent à l'heure solitaire, Sur l'eau des ombres et des silences : Nous sommes des mortes vers naguère .
Voilà des plaines, voilà des villes Et des montagnes et des vallées :
Voilà des villages et des îles D'où les destins nous ont exilées.
MON CŒUR PLEURS d'aUTREFOIS i5c
Et nul de ces maisons en ténèbres Dont l'hiver des temps a clos les portes, Nul ne vient voir, sur les eaux funèbres, S'en aller le cortèg-e des mortes.
Et cependant voilà des lumières Et des chansons d'aïeules connues ; Le passé vit encor aux chaumières Où nous fûmes jadis bienvenues.
Mais les mains qui nous ont caressées Ont à jamais fermé leur demeure A celles qui passent après l'heure, En prière des choses passées.
l52 LA CHANSON UU PAUVRE
PRIERE
A l'ombre de ma solitude Long-temps, Seig-neur, je fus assis, Sans regrets, sans inquiétude, Sans larmes vaines et sans cris!
Mais j'ai vu les yeux des mensonges ; Quelqu'un m'a dit et je comprends Que mes song-es étaient des songes E t uc c'est en vain que j'attends.
Maintenant que je suis sur terre Et dans la foule et parmi vous, Je vois mon âme solitaire, Je vois mes veux hae^ards et fous.
MON CŒUK PLEURE d'aUTREFOIS i53
Aussi, mon Dieu 1 quand je désire Vous supplier de tous mes vœux, Je ne sais plus ce qu'il faut dire, Je ne sais plus ce que je veux.
Oh ! rendez-moi les mains divines, Les yeux divins de mon erreur!
Les mains d'amour, ces mains câlines Qui ne caressent que le cœur.
Oh! rendez-moi ma solitude, Son mensong-e et son bercement.
Puisque j'ai la douce habitude D'écouter une voix qui menl.
l54 LA CHANSON DU PAUVRE
Je pleure de bien étranges peines...
Et les vieilles, n'ayant plus de laine, Ont fini leur ballade des reines, Dans mon cœur, ce hameau de fables et d'histoires.
Mais quel est donc, là-bas, ce fou Qui chante des choses, Dieu sait d'où?
Qui chante ainsi, là-bas, le long des routes noires?
Lors la princesse émerveillée, Dans la légende de la veillée Très doucement s'est éveillée, Et puis s'est rendormie au bois de ma pauvre âme .
MON CŒUR PLEURE D AUTREFOIS
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Oh! Vers la lune, ce fou qui clame Des mots d'amour qu'on ne comprend pas! Ce fou qui marche seul et chante ainsi, là-bas! !
Oh ! plaise qu'en mon âme en peine,
La malade petite reine.
Au clair de lune de la fontaine, Dorme son rêve d'or au manoir de langueur !
Triste pourtant, ce fou sans légende, Qui fait si pauvrement que l'entende La dormeuse en mon cœur, la belle-au-bois qui meurt.
l56 LA CHANSON DU PAUVRE