‹ La chanson du paysan [microforme]Chapitre 3 sur 73 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

Quelle bonne philosophie, quel jugement sain !

Monsieur Gingras aime le sol natal arec ardeur. C'est très beau et très bien, tout homme de cœur doit en faire autant ; ilen est de même pour sa foi et sa religion qu'il doit garder et défendre : il faut aimer ce qui est notre soutien et ne jamais renier son berceau : mais je lui dirai en plus que s'il veut que son âme s'éclaire et grandisse, ilne faut pas aimer seulement le sol où son corps est né, il faut que dans l'avenir il voit son origine et l'origine des siens. Si nous avons une patrie, le Canada, où l'on doit lutter pour notre langue et notre foi, il ne faut pas que la foi serre à tuer la langue !

Je veux dire que la foi et les commandements de chefs religieux qui sont ennemis de notre langue, où même qui ne la parlent pas, ne sont pour nous que des théoriciens du ciel de leur ciel qui n'est dans leur Joi angélique, et parfois calculée, qu'un ciel anglais, italien ou allemand.

Mon ami, il est un autre ciel et il est aussi un autre sol natal digne de notre origine, digne de tout notre amour, et je dirai plus, digne de notre orgueil.

Ce sol natal spirituel, intellectuel et immortel. c'est la France ! Mon ami, il est un ciel où l'on ne parle pas seulement l'anglais, l'italien ou l'allemand, mais un ciel où l'on parle aussi français.

Celui-là c'est le ciel des poètes, dont le regard a goûté la lumière spirituelle de la... France.

Et j'ajoute. Si vous n'aimez pas la France “ tout court ”,

tous serez un poète quand même, vous ferez partie — je n'en

doute pas de la Société du Parler français de Québec, vous

Jerez partie de la Société Royale du Canada, de l Amérique

du Nord, et même vous serez appelé à présider des bunquets ou des congrès ; mais si vous n'aimez pas la France de toute

votre âme et de tout votre cœur, ce cœur et cette âme auront

froid, et même ici-bas ils ne pourront contempler avec la

même joie et la même douceur les beaux soleils couchants, ni l'azur infini, ni saisir dans toute son étendue immense l'es-

pérance immortelle dont s'ornent les grands horizons.

A ce sujet, il n'y a aucune complication dans ma théorie ; ma pensée n'a rien d'hostile ou de déloyal contre le gourernement des Iles dont nous sommes la colonie matérielle, et nous, Canadiens-français, nous n'aurions rien perdu de notre force et de notre âme si le fait d'être devenus loyalement coloniaux anglais était toujours contre-balancé par celui d'être restés

coloniaux intellectuels de La France.

Que L .Ingleterre ait un tribut de nos ressourres animales, minérales et forestières, c'est son droit au meilleur sens du mot: mais les essences forestières ne l'emporteront jamais sur l'essence de plus en plus odorante du cœur et du souvenir. Les cristallisations minérales ont en ce monde plus que leur contre-poids, des cristallisations, des sentiments, de la pureté de notre amour ; et ce domaine, cette colonie des sentiments du cœur et cet amour, nous avons bien le droit dans le sens propre de leur signification de les rendre ou de les garder tels qu'ils sont nés, c'est-à-dire tributaires de la

France. Nous ferons, ad libitum, partie du domaine intel-

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