PRÉFACE XIII
lectuel canadien-anglais lorsque celui-ci nous traitera avec
intelligence. En attendant soyons donc coloniaux intellectuels de notre mère immortelle.
Et le Canadien-français qui mépriserait la France serait lui-même l'être le plus méprisable de la terre. Les autres nalionalités peuvent apprécier la France à leur guise : mais ous, NOUS ne sommes qu'à cent cinquante ans de notre berceau. C'est court pour un peuple, si petit qu'il soit : nous sommes trop proches pour ne pas l'aimer et trop éloignés pour avoir droit de criti, ner ses corrections familiales.
Donc nous sommes, vous et mot, les coloniaux de l'em pire intellectuel de la France, et j'attends, avec une Joie sereine, votre prochain livre sur notre amour de l'art français, même st pour cela la Société Royale du Canada vous préférait un brave à l'eau de rose, mais dont l'odorat ni le goût n'auront connu ni le parfum ni la saveur des brises venues de loin mais plus précieuses parce que les deux sont de France.
Et maintenant que ma plume s'est un peu dégourdie, après
cette prose laborieuse, laissez-moi terminer par quelques vers
où l'intention d'un accent fier nous apprendront si je puis
encore chanter sur la lyre dont les vibrations m'ont déjà donné du courage.
Soyez poète, mon ami, il y en a si peu de poètes pour chanter la patrie, et pour prouver que nos voir ne sont pas
inutiles, et nous nous sentirons vivre et nous ne craindrons pas la mort.
Quant à moi :
Je ne crains pas l'ennui qui rôde sur les tombes ; Dans mon dernier exil se trouve le repos :
Et j'emporte avec moi, vers les couchants qui tombent,
Mon sourire aux roisins, mes voisins de tombeau.
Je lègue à mes enfants l'espoir en l'existence ; Je lèque à mes amis mes dernières chansons, Qu'ils daignent me citer de distance en distance,
En contemplant pour moi tous mes bleus horizons.
J'ai dit: Mes horizons", mais sans rien prendre aux autres ; Car mes regards ont vu les lointaines clartés Dont j'éproure l'amour jusqu'en mes patenôtres :
J'ai su des firmaments distinguer des beautés.
Car je suis pèlerin sur mes routes modestes, Et je m'émeus souvent aux entr'risions ;
L Q A La QE .
J'ai mêlé ma prière aux silences agrestes,
Et les frustes réveils, les neuves éclosions.
Mais je suis pèlerin, et je vous accompagne, O vous tous qui passez par les mêmes chemins ! A nous le rêve d’or et les châteaux d'Espagne !
Cueillons, en un seul jour, le blé des lendemains.
Salut à toi, lecteur de ma pauvre écriture !
Je n’abuserai pas de ton entendement ; Celui qui dit trop haut l'âme de sa nature
Risque bien de lasser un peu ton jugement.
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