PLUS TARD
Quand je ne serai plus qu'un vieillard aux pas lents, Oui, je viendrai dormir parmi ces chrysanthèmes ; Dans cet enclos restreint qui depuis bien longtemps,
Recèle de mes morts les poussières suprêmes.
Mais je veux que ce soit dans un coin ignoré, Tout au fond, à l'écart, afin de mieux entendre Et la brise du soir et le flot agité
Du fleuve dans quelque mystérieux méandre.
Nul refrain, nulle voix, aucun pas de passant Viendront troubler l'écho de ma sombre demeure, Car sur l’homme au tombeau, soit-il riche ou märant.
C’est pour être aperçu qu'on s'arrête et qu’on pleure !
D'une humble croix de bois indiquez mon cercueil Et placez-y mes os à côté de ma lvre Dont le chant monotone, à quelque adieu pareil,
Redira la douleur de ma muse en delire,
Je ne veux pas de fleurs aux parfums capiteux. Gardez pour les vivants cette offrande banale, Et laissez pousser haut sur mon tertre de gueux,
La bruyère et le thym de la terre natale.
Combien n'ont pas, hélas ! la touchante faveur De reposer en paix où j'irai, paysan !...
Oui, combien de marins traqués par le malheur,
N'ent pour lit de repos que le triste Océan !
J'aurai pour visiteurs, le grillon, les oiseaux, Et mille feux-follets dansant à l'aventure.
A l'automne, j'aurai pour les jours hyémaux,
Les feuilles des grands bois, au printemps, la verdure.
LA CHANSON pt PAYSAN
Oui, quand je serai vieux, que j'aurai bien souffert, Quand j'aurai vu passer sur moi l'horrible trombe
Délivrant l'âme de ce terrestre désert,
Dans un creux de six pieds venez mettre ma tombe