‹ La chanson du paysan [microforme]Chapitre 59 sur 73 · LA LIBELLULE · texte numérisé non relu

LA LIBELLULE

La folle libellule aux ailes transparentes, Naît parmi les blés mûrs. les midis chauds d'été, Et voltige sans cesse aux bords fleuris des sentes,

Faisant un bruit plaintif de feuillage agité.

Effleurant chaque rose, elle semble image Du bonheur fugitif qui n'est pas d'ici-bas, On croit le posséder tout entier, sans partage,

Et voilà qu'il s'envole ainsi qu'un son de glas.

Or, quand le triste automne, effeuillant les bocages, Tisse le froid linceul du dernier papillon, Elle regarde fuir vers de plus doux rivages,

Tel un pauvre émigrant, le rapide oisillon.

LA CHANSON pt FPAYNAN

Et comme son voisin, dans |

a nuit du silence, Repose pour toujours sous le v

aste horizon, Elle dort à jamais, regretlant son absence,

Dans le même tombeau fait du même sillon,

EFFEUILLAISON

Au fond clair du jardin où complotent les vents, J'écoute, tout pensif, les oiseaux du bocage Gazouiller leurs adieux tristes et décevants,

Par la brise emportés vers un autre rivage.

Les horizons meurtris ont de vagues couleurs, Et les ruisseaux plaintifs des spasmes d'agonie. Est-ce donc que le ciel lui-même a ses douleurs ?.

L'été, quelques regrets d'abandonner la vie ?

Re RE CRU La campagne au lointain semble un nid délaissé. Parfois un paysan derrière sa charrue,

Ouvre au flanc le sillon par le froid tourmenté :

L'automne est parmi nous, mon âme en est émue.

Tachant les haillons noirs de la voûte des cieux,

Le rouge cormier saigne à cette heure où la terre

Élève à l'Éternel, ainsi qu'un chant pieux,

Les sanglots de nos cœurs où perce la misère.

Les arbres dépouillés, à travers les autans, Dressent leur front penché d'un geste solennel, Dédaignant de songer, co ime de vrais Titans,

A leurs feuillages morts dans la bise et le gel.

Suivant le fil de l'eau, les feuilles vont sans bruit, S'enfonçant aux remous, se déchirant aux roches : Et d’autres par les champs, et d'autres dans la nuit,

S'envolent sans retour comme des sons de cloches.

Hélas ! le temps s'enfuit et va s'évanouir !

Le soir pique son deuil aux sommets des collines, Poétisant dans l'ombre un dernier souvenir

Dont je sens en mon cœur pénétrer les racines.

Feuilles, rêves, nids morts, symboles de nos jours De ténèbres, d'exil formés dans l'invisible, Je vous vois réunis et voudrais pour toujours,

Faire route avec vous vers l'au delà paisible.

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