‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 10 sur 79 · Ci". La Bretagne alcoolique, par l'auteur · texte numérisé non relu

Ci". La Bretagne alcoolique, par l'auteur

Une des manies corses, naïve et fort jolie en somme, est celle de la parenté qui constitue aux fiancés comme une sorte de dot et va jusqu'à l'infinitésimal ; c'était précieux au temps des vendette !

la LA CHANSON POPULAIRE

leurs soucis ou leurs plaisirs avec une clarté, une concision qui n'e.vcluenl pas l'élégance, et la redondance aussi, des métaphores orientales. Point avares comme les bergers de Savoie, ils se cotisent entre eux pour envoyer à l'école, au collège, l'enfant qui manifeste de bonnes dispositions pour l'étude. Aussi, leurs familles comptent-elles bon nombre de prêtres, de médecins, d'officiers, d'instituteurs, ce qui perpétue chez eux le sentiment d'une fraternelle égalité.

Dans le Xiolo, comme dans l'Incudine. la Balagne, la Casinca, le Cap ou le Cuscione, où ils sont légions, ces bergers accueillent simplement, cordialement, le premier venu, compatriote ou touriste, dans leurs masures étroites faites de quartiers de rocs et garnies de lit de feuillages. Et tous parlent le français, le lisent; bien peu qui, aujourd'hui, ne sachent pas écrire.

Mais ils tiennent à leur langage comme à leurs antiques coutumes et c'est ainsi que. naguère, en 187^, un candidat à la députation, M. Tomasini, ayant vécu en dehors de l'île pendant quelques années, s'empressait de commencer sa profession de foi par cette déclaration : (( Les populations de nos villages me connaissent; elles savent que, quoique absent depuis longtemps, je n'ai oublié ni les mœurs, ni le langage, ni les habitudes de nos campagnes, n

C'est chez eux qu'on reconnaît bien les types de la race et la démarcation entre les apports étrangers, qu'on y comprend les traces profondes laissées par les incursions ou les dominations qui désolèrent cette île et lui firent, en définitive, une nationalité.

Quant au Corse des villes, son amour de l'indépendance et des vieilles coutumes s'est atténué avec le

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commerce et au contact des étrangers ; néanmoins il garde le culte de l'hospitalité, de la simplicité, de la rude franchise, de la fameuse vendetta aussi, mais il a déjà commencé de ne plus poursuivre son ennemi ailleurs que... devant les tribunaux, ce qui est plus correct ! En somme défiant, paresseux et infatigable, rêveur, 1res doux mais encore plus emporté, le Corse est un combatif — l'histoire en donne amplement la raison — qui, solitaire, est d'humeur mélancolique, taciturne môme, et devient, quand il se trouve en compagnie — d'amis, s'entend î — enjoué, enthousiasle, exubérant de gestes avec, cependant, une certaine gravité qui demeure jusqu'en sourire. Un proverbe familier le dépeint d'un trait plaisant et montre qu'il préfère, au fond, une bonne amitié à une bonne vengeance :

Amicizie e macaroni.

Se non calde, nun son buoni !

Les amis et les macaronis — S'ils ne sont chauds, ne sont pas bons !

Et, en effet, les insulaires se dévouent à leurs amis, comme à leurs parents ^ jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la bourse, jusqu'à la lutte, jusqu'à la mort. En Corse, l'amitié s'affirme dans toute sa beauté, même tragique.

Avec toutes ces qualités et ces défauts qui sont presque... « artistes» — qu'on nous passe le mot —

r. Une des manies corses, naï\e et fort jolie en somme, est celle (le la parenté qui constitue aux fiancés comme une sorte de dot et va jusqu'à l'infinitésimal ; c'était précieux au temps des vendettc.

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il paraît, à première vue, curieux que la Corse soil le département français ayant produit le moins d'artistes; à peine y pourrait-on compter, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, une douzaine de peintres, sculpteurs, architectes ou musiciens ayant eu quelques droits à la renommée. Ce ne fut pourtant pas le défaut d'intelligence ou de génie, le manque de cœur et de passion ; mais les arts réclament uiie certaine douceur de vie, de l'aisance — en même temps que de grandes inégalités de fortunes, — une facilité de moyens de communication dont l'île fut trop longtemps privée. Elle n'eut jamais et n'a point encore d'industries, au sens moderne du mot ; industrieuse, certes, elle l'est mais non point industrielle, et l'industrie qui finit par tuer les arts les devança presque toujours, — simplement à cause des besoins journaliers et des nécessités de se défendre.

Nous n'entreprendrons pas de décrire les vieilles coutumes disparues ou existantes '. D'ailleurs on en trouvera plus loin quelques-unes des plus curieuses et

topiques, dans les brèves analyses des chansons populaires.

Quant à l'extérieur physique, le Corse se divise en trois catégories bien distinctes, dc^nt deux pour les hommes. La femme, elle 2, semble la directe descendante des maugrabines, si vantées par toutes les littératures qu'il est inutile de redire ici son teint mat,

1. An surplus, un vieux proverbe corse dit: (( Corsica, lunli pacsi, tante usanzc » (En Corse, autant de pa>s, autant de coutumes).

■j. Il est bien évident (pie nous ne iirélendons donner que le type générique pris chez les très humbles, chez ceux dont les alliances n'onl pas métissé la race.

son long profil de médaille, ses yeux noirs largement fendus en amande, pas plus que ses gestes lents, gracieux, eurythmiques de canéphore. Les hommes, eux, sont sur les côtes, dolichocéphales, aux grands traits, à la figure allongée, à la parole plus douce, à l'extérieur plus raffiné ; ceux de l'intérieur sont brachycéphales, ils ont la face large et charnue, le nez plutôt petit, sans forme caractéristique, le teint clair, les cheveux roux et la taille ramassée ; leur extérieur enfin est plus abrupt que chez les habitants de la côte. Tels sont les traits distinctifs du Corse, et par cette description, nécessairement bien sèche, on pourra comprendre le charme, si naturel, de son yo//i-/o/*(?.

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