‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 9 sur 79 · CHAPITRE II Quelques mots sur la Corse et les Corses · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Quelques mots sur la Corse et les Corses

Parée d'une verdure éternelle, faite de toutes les essences, de tous les fruits et de toutes les fleurs; trouée d'étroits vallons ou de larges vallées qu'enserrent de hautes montagnes ; avec ses côtes qui, à l'Occident et au Sud, s'ouvrent en vastes baies et en fjords profonds tandis qu'à l'Orient elles s'infléchissent en interminables plages, souvent paludéennes ; avec ses villes et ses bourgades, très espacées, dont les hautes maisons en pierres solides semblent de vieux donjons ; par ses champs cultivés, ses vignobles, ses plantations de cédrats, d'orangers, de citronniers, d'oliviers ou de figuiers comme par ses immenses maquis et ses terres en friche ; de par sa simple situation géographique, la Corse est pittoresque à l'excès.

On y rencontre^ peu de hameaux, encore moins do fermes isolées, mais de nombreux villages, nettement disséminés, s'accrochant au flanc des collines, se cacliant sous les forêts de châtaigners, — les chataigners, cette providence du pays que Louis XV voulut un jour prohiber parce que « favorisant la paresse de l'indigène » !

Point industrielle, mais agricole et surtout pastorale, telle est la Corse.

LA GnANSO>" POPULAIRE DE L ILE DE CORSE I I

Aussi, faut-il visiter les villages et non les villes, si l'on veut connaître la vie insulaire ; si l'on veut en pénétrer l'âme, ce sont les bergers qu'il faut fréquenter.

Les bergers, à demi nomades durant la bonne saison, forment dans le seul territoire du Niolo une population de plus de 4.000 individus, population qui se suffit presque entièrement à elle-même, chaque famille produisant, comme font les tribus arabes, tout ce qui est utile à sa consommation, à l'habillement, au ménage 1.

Vêtus de bure ou de gros velours, couverts du pelonc ^, leur fusil ou ((juge de paix» sous le bras, indifférents aux intempéries, agiles et lents, sobres et amateurs de bonne chère, ces primitifs ne dédaignent pas de lier commerce non seulement avec leurs compatriotes agriculteurs, pêcheurs ou citadins, mais avec les étrangers. Loin d'affecter la taciturne rudesse des pasteurs de l'Auvergne ou des Landes, de s'affaiblir comme tant de Bretons avec l'alcool 3, ils sont vifs, enjoués, affables, curieux, grands amateurs de récits, — intelligents. Sans instruction, ces braves gens savent s'exprimer sur leurs affaires, leurs intérêts.

1. Pendant l'été, ils louent les pâturages des plateaux et vallées de l'Ouest et l'automne venu c'est l'exode vers les plaines maritimes et les collines de Galeria ou de Porto.

2. Large et lourd manteau à capuchon tissé avec du poil de chèvre.

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