‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 19 sur 79 · Ce que l'auteur est fort loin d'afTirmer · texte numérisé non relu

Ce que l'auteur est fort loin d'afTirmer

2. Le prince Louis-Lucien Bonaparte, autour d'ouvrages remar- ([uablcs sur le pays basque, afïirmait que licaucoup de mots du dialecte corse ont la même origine que les mots de la langue basque.

3o LA CHANSON POPULAIRE

On peut y joindre cette remarque qu'à la suite de ses canzoni confadineschc in dialetto corso, publiées à Bastia en i835, Salvator Viale donnait pour montrer la parenté du corse avec le latin primitif :

« No e più cornunementc nu e indu è forse un' antiehissima preposizione latina invece d'in, che si riscontra sovente nei frammcnti di Ennio e di Lucilio, in cui si legge per esempio indu foro, invece di in foro, induperator invece d'iMPERATou. »

Ajoutons aussi que, comme en espagnol, le v se change ou se prononce en b, et réciproquement, ainsi que L et R et qu'enfin ce dialecte comporte une infinité de contractions absolument facultatives ^.

Eclectique à sa façon et, en réalité, fort bien doué pour les langues, le Corse parle, en plus de son dialecte, l'italien comme un Romain 2 et le français comme un parisien, — moins l'accent toutefois qui, pour notre langue, se fait un peu rauque et saccadé.

La haine des Italiens étant — malheureusement —

1. Dante lui-mèmc a écrit, en vue de la rime sans doute : doive \)Oiir do Ise ; vui pour voi ; morisse pour morissi ; diede pour diedi... (Cr. Eslhélique de la Langue française, par Reniy de Gourmont in-18 j., 1899).

2. A rOrient, d'après M. J.-E. Rossi, auteur de l'excellent ouvrage « Les Corses » — en face de l'Italie, les mots ont plus d'ampleur et accusent toute la sonorité et la morbidezza aussi de la langue italienne tandis qu'à l'Ouest, « les sons deviennent plus sourds; les mots sont souvent abrégés, tronqués même. La prononciation est moins agréable, plus précipitée. » Selon nous, cette prononciation gullural(> où se retrouvent l'accent tonique et les consonnes dures des Arabes et des Espagnols, cette prononciation mâle n'est pas plus désagréable ou pas moins agréable que celle du deçà des monts.

DE l'Île de corse 3i

très vive dans toutes les classes de la société corse, comme im jour, à Corte, nous nous étonnions devant plusieurs de nos amis insulaires de voir à peu près tout le monde en Corse parler aussi purement la langue de la nation détestée :

— C'est en haine des Génois, nous répondit l'un d'eux ; ils usaient d'un si mauvais patois que nos ancêtres voulurent les humilier en parlant mieux l'italien que nos oppresseurs !

CIIAPITRE VI Le génie poétique ; Improvisateurs.

Dans son excellente relation « En Corse », M. Paul Bourde déclarait :

(( Les Corses, qui sont fermés au sentiment des (( beaux-arts, ont en revanclie au plus liaut degré le (( don de la poésie. Je ne crois pas qu'il y ait un autre « peuple en Europe chez lequel la pensée s'exprime (( ainsi spontanément dans des formes rythmées. (( Presque tout le monde est capable de faire de ces « chants, plus d'un bandit se disirait de ses longues (( stations dans le maquis en rimant un récit de ses (( malheurs. »

Quoique illettrés ^ ces paysans, ces bergers, ces bandits barbus, vêtus de velours ou d'informes vêtements en poil de chèvre, parlent pourtant de tercets, de quatrains, de sixains, de sonnets, de strophes, et savent mieux la prosodie que bien des bacheliers qui ne pourraient citer comme eux non pas des vers, mais des chants entiers de Dante 2, du Tasse (leur auteur favori), de Mari no, et — bizarrerie — de Parny.

C'est môme dans l'ignorance de la science littéraire

1. 11 y a (juatorzc ans, on comptait (Miroro ciniron '12 "/„ d'illettrés en Corse.

2. Les Corsos aiment Dante surtout paiii- (|u'il llagcUa les Génois en sa « Divine Comédie ».

que gît leur grande originalité ; l'exemple le plus frappant nous en est offert par le berger Francesco Valeri, auteur de la célèbre serenata Andare minni vuo da su Ec.cilcnza^ : ses parents, enthousiasmés par ses précoces dispositions poétiques, lui firent donner une solide instruction ; quand il eut bien travaillé Virgile, Dante et Pétrarque, il n'écrivit plus que des poésies, nobles, il est vrai, mais singulièrement fades et banales : la (( science » avait tué « l'esprit »,

Ces simples sont des bardes modernes dont la poésie naïve jaillit directement du contact permanent avec la nature, mais qui, lorsque leurs passions sont vivement surexcitées, dans les occasions solennelles ou tragiques, parviennent souvent à des hauteurs homériques ou ossianiques 2 ; la contemplation meuble ces cerveaux primesautiers d'images exactes, d'onomatopées retentissantes, de rythmes instinctifs et sûrs. Et, comme l'horizon large de la nature sur ces coins de vie, les préoccupations de chaque jour, la simplicité extrême des mœurs empêchent ces bergers et ces paysans de voir autre chose, de songer à autre chose qu'à l'ambiance, leurs improvisateurs ne sont, en vérité, que des descripteurs. L'extrême affinement et le défaut absolu de culture intellectuelle amèneraient donc des résultats identiques ; il serait vrai que l'homme en progressant à l'excès se rapproche de l'éternelle Maïa et qu'il revient ainsi à son point de départ.

On pourrait croire maintenant que les Corses ont le sens poétique un peu trop exagéré et que c'est sans

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