‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 2 sur 79 · XII A VAM -PROPOS · texte numérisé non relu

XII A VAM -PROPOS

Quelques semaines après, nous étions en Corse. Pour la première fois, j'arpentais, non sans quelque appréhension, les boulevards, les rues et les ruelles de Bastia.

Et ce me fut quasi un étonnement de ne point rencontrer des êtres hirsutes, des gens à mine patibulaire, des bandits enfin, embusqués à tous les carrefours pour accomplir cette terrible vendetta dont la hantise avait fait cruelles nos dernières nuits passées dans la vieille cité des Etats de Provence.

Bientôt les marches militaires, les étapes, les manœuvres, de fréquentes et longues « permissions » me révélaient toute la beauté de cette île oubliée^ ; mon étonnement se muait en admiration.

Puis, comme à cet heureux âge (je n'avais pas vingt ans) l'admiration est aussi littéraire que contagieuse, quelques amis du régiment, tels que Georges de Lys, Urbain Coste, Ascoli et quelques écrivains de Bastia, ainsi P. Lucciana, Philipppe Tonelli, Leandri, des camarades du Lycée de Bastia comme Bissaud, Nasica, A. -T. Giorgi, Nivaggioli, Casta, Cantinelli (qui reste un charmant poète), ces amis et moi nous fondions un journal, — la Corse Nouvelle ! duquel mon vieux camarade Jules Bois (alors soldat à notre régiment) prenait la direction.

Sous des pseudonymes épiques nous y écrivions. nos enthousiasmes et nous ne demandions rien moins que. . . la séparation de la Corse d'avec la France.

Notre humble feuille vécut cinq mois...

Le colonel avait dispersé aux hasards des garnisons de l'île ses trop turbulents subalternes.

I. Les îles oubliées (la Corse, la Sardaignc, les Baléares), G. Vuillier.

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Mais grAcc à notre Corse A oare?//f j'avais des relations précieuses pour l'étude que je révais déjà et j'allais connaître la partie méridionale de la Corse, les eûtes aussi et enfin, en 1888, les splendeurs de la région de Corte.

Usant cl abusant des moindres congés, seul ordinairement — je necraijjrnais plus les bandits, je les aimais — je m'en allais chez les j)aysans, chez les bergers surtout et le pinzulu • se régalant comme eux avec la megisca -, roussie à la flamme vive des brindilles, avec le prUuttu ^, le lonzo *, les sangui -* et les Jîgatelii <*», "sav(jureuses charcuteries, avec l'onctueuse polenta de châtaignes, le délicat Jîadone "' ou l'incomparable brocciu ^, fumant comme eux la terriblement odorante erba cor^a '•^, jouant avec eux la scopa^^ ou le sette hella^K chantant après eux leurs longues mélopées, le pinzulu était bien vite l'ami, le bienvenu au focone '-.

I. Litl<''ralcinciil i/oiittti ; ainsi appelle l-oii, en (iorse, le Français <lii continent, en souvenir du boiuiet pointu des grenadiers de I.ouis W.

j. Filet de chèvre séché au soleil.

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