Histoire de l'Harmonie au moyen-âge
Pour ceux qui voudraient étudier les origines et les affinités de la musique corse avec l'antique mélodie latine ou le plain-chant nous ne saurions Irop recommander les recherches du P. A. Dechevrens, S, J., du Rythme dans l'Hy m nog rapide latine, à qui nous empruntons ce passage qui peut exactement convenir aux chants corses : chez les Grecs et les latins « la poésie classique était le privilège des classes lettrées, du petit nombre par conséquent. Mais le peuple avait aussi sa poésie, il avait ses chants, sa musique, pour exprimer à sa manière ce qu'il sentait, ce qu'il aimait. Cette poésie essentiellement rythmique, c'est-à-dire associée à la musique, négligeait complètement la quantité ignorée du vulgaire ; elle ne connaissait que deux choses : tant de syllabes pour un vers, d'après les temps du rythme, et les syllabes accentuées à telles et telles places dans les vers, pour cadrer bien avec les temps forts du rythme. »
Enfin pour en terminer avec les analogies — grâce auxquelles pourtant il est plus fî\cile de s'expliquer — les règles pour l'élision ou le temps fort ou la tenue de certaines syllabes sont les mêmes que pour le latin et l'italien.
En improvisant leurs humbles poèmes sur des mélopées familières, inventées au moment même ou bien retenues, les bergers, les pleureuses, ne font pas autre chose que Pindare qui, poète et musicien, chantait ses Odes et ses Pythiques en même temps qu'il les composait, mais peut-être auraient-ils celte supériorité d'en user moins librement avec le rythme musical. D'ailleurs, et cette étude en offrira maints témoignages,
DE l'Île de corse 45
la mélodie corse est peu renouvelée mais presqu'enlièrement de tradition.
Nous ne pouvons mieux faire que citer ici la lettre que nous adressait naguère à ce sujet l'aimable et savant archiprêtre, M. M. Casanova, curé de Bastia.