CHAPITRE II
Chansons politiques.
Le maire pasteur. — Contre le maire de Corle. — Poar M. Arène. Pour M. Ceccaldi.)
Devenue française, la Corse reporta sur la politique son belliqueux amour d'indépendance. Les batailles contre les Génois sont devenues, avec un égal acharnement, luttes électorales. Au lieu du mousquet, du pistolet, du stylet, c'est, aujourd'hui, le bulletin de vote, des horions souvent, des chants gouailleurs toujours. Là-bas, tout finit aussi par des chansons, — la Corse est bien française !
Mais il est juste de reconnaître que si le Corse se livre tant à la politique c'est que la nécessité lui en fit un devoir, comme l'habitude un besoin et les loisirs une excuse.
Bien avant que les pays basques ne jouissent de leurs (( fueros », l'île s'était affranchie du joug féodal et avait su faire accepter par ses oppresseurs eux-mêmes les franchises communales qu'elle s'était données ; de plus, l'administration municipale était essentiellement populaire. Mais il fallait veiller, lutter et se défendre pour conserver ces privilèges, et ce fut ainsi que, les générations se succédant, le Corse reçut une véritable éducation politique. D'autre part, simple et frugal, il
n'a que peu de besoins, donc beaucoup de loisirs ; de loisirs que les longues contemplations ne suffiraient pas à occuper. Enfin, le Corse ayant le sentiment quasi exagéré de la famille, de véritables clans se forment, englobant non seulement la famille, mais les serviteurs, les clients, les amis et c'est la gens romaine *.
Survienne une élection, chaque clan mettra tout en œuvre pour triompher autant par souci de la chose publique que par amour-propre. On témoignera d'une étonnante verve critique — fort entendue, au reste — surtout dans une élection municipale, car celle-ci met aux prises des intérêts immédiats et des individualités qoe chacun connaît par le menu.
C'est alors que bergers, paysans, routiers ou tailleurs, marguillier ou instituteur (souvent les deux ne font qu'un) et parfois même le curé, font de nombreuses et lestes chansons, véritables actualités locales, pour ou contre les candidats en présence. Fort volontiers on écoute ces humbles Tyrtées, mais s'ils s'avisaient d'essayer, au cours d'une bagarre, la vertu imposante d'un bon mot, ils seraient guéris pour longtemps de leur intempestive jovialité. Il ne leur convient plus que de laisser faire et de ne rien dire, si les colères ont été déchaînées par leur esprit caustique et si les coups pleuvent après une chanson comme celle-ci :