‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 44 sur 79 · I. Le juge · texte numérisé non relu

I. Le juge

Elle nous change des coutumiers amants se morfondant aux clairs de lune, cette sérénade dont le chant est si semblable aux complaintes de mort !

Mais il en est une autre, plus goûtée encore, dans l'île, et qui se chante toujours dans le canton de Moïla en souvenir d'un jeune homme de la paroisse de Serra devenu bandit à la suite d'un chagrin d'amour ^.

Moderato

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stes.su,£ tu mai ti oe n . po . si: Tu ques

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. tu mio cor pos . si&.di;Per te moru è tu nuo cre.di

...Quante angosce ho suppurtate.

Quanti affanni e crepacori !

Quante pessime nuttate Tantu in casa come fori !

E se un altru n'ha pussessu, Moru e nun mi ne cunfessu.

1. Ce chant paraît avoir été composé d'après un récit de Gio. Vito Grimaldi, intitulé : // Curato di Giiagno.

Se bramate di stà in pace, Gum bo' parlu, o cari amanli, Mun circate il can chi ghiace :

Chi ne vuole si ne stanti :

Ghi prétende alla bataglia Porti arrizzata la scaglia.

Nun è ghiocu da zitelli ;

Parlu chiaru, ognun m'intenda

Alla larga, o runzinelli,

Ghi va maie la faccenda.

Ghi ti sposa, o dea gradita,

Più nun conti su la vita.

...Una cosa mi cunsola,

E mi ne spacchiu col canlu :

Le nozze saran la Cola •,

L'allegrezza sarà il piantu.

Lascero lu patriu solu.

Ma ne vogliu a lu curghiolu.

... Ti diran cose inumane Per ogni locu c confinu :

Turnà bogliu un ficru cane Peghiu assai d'un Galeazzinu ; Bogliu e lingue d'i mezzani Falle a pezzi e dalle ai cani.

Vada in fume casa e tettu, Ogni parente in ruina :

1, A rapprocher de cette sérénade toscane qui finit par ces \ers rapiielant la chanson de Magali et les fureurs de lanianl corse : Se monaca ti l'ai, frate me faccio ; Se tu ti metti il vélo, ed io il capuccio ; Ma se non sposi me, tosto ti straccio. (Si tu te fais nonne, je me ferai moine ; — si tu prends le Aoile, je mettrai la cai)uce ; — mais si tu ne ni'éi)ouses, bientôt je le déchire.)

S'air azzardu mi ci mettu, Nessun libaru cammina ; E se il partitu m'invasa, Nun surti fuoridi casa.

...Dunque tu, cara diletta, Statli allegra, opra judiziu ; ...Qui finiscu ; il ciel ci assisti, E ci metti la so manu ; ...Si no, binero aile prove :

E lu zoppu porti e nove.

Fais attention, Béatrice, — A cette mienne chanson dolente : — Je t'aime plus que moi-même, — Et toi jamais nll^t'y confies (à mon amour); — Toi, tu possèdes mon cœur ; — Pour toi je meurs et tu ne le crois pas.

... Que d'angoisses j'ai subies, — Que de chagrins et de crève-cœur ! — Que de misérables nuits — Tant en ma ma chaumière qu'au dehors ! — Ah ! si un autre te possède, — Je mourrai et sans me confesser.

Si vous désirez être en paix, — Comme je vous le dis, ô chers amants, — >i'agacez pas le chien qui repose : — Celui qui veut (la récolte) sème ; — Celui qui va à la bataille — Porte armée la pierre à feu {de son fusil).

Ce n'est pas un jeu d'enfant ; — Je parle clair, que tous m'entendent. — Au large, ô petits roussins, — Car les affaires vont mal. — Que celui qui t'épouse, ô divinité adorable, — Ne compte plus sur la vie.

.,. Une chose me console, — Et je m'en vante en ce chant : — Les noces seront les funérailles, — L'allégresse sera les sanglots. — Je quitterai la terre natale, — Mais alors je ceindrai la ceinture aux armes ^

... On te dira des choses inhumaines — Partout (dans ton village) et dans les environs : — Je veux devenir un

I. Ciwghiolu, dans laquelle on mettait la poudre et les balles aujourd'hui carchiera, cartoucliière.

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chien féroce — Pire qu'un Galeazzinu * ; — Je veux les langues des entremetteuses — Pour les mettre en pièces et les donner aux chiens.

Que s'en aillent en fumée la maison et le toit ! — Que toute la parenté (soit) dans la ruine ! — Si par hasard moi je m'y mets, — Personne ne cheminera en sécurité ; — Ah ! si je prends ce parti, — Ne sors pas de ta demeure.

... Ainsi toi, chère adorée, — Reste joyeuse, agis prudemment; — ... Ici j'ai fini ; le ciel nous assiste, — Et (Dieu) nous mène par la main ; — ... Si non, j'en viendrai aux preuves ; — Et le boiteux ^ (en) portera la nouvelle.

Cette sérénade a pour héroïne tantôt Béatrice et tantôt Anna-Bea, noms de femme assez répandus en Corse. La première fois que l'auteur la chanta — dit le recueil 3 où nous l'avons puisée — pour jeter le trouble dans le cœur de celle qu'il aimait, celle-ci éteignit la lumière et ferma la fenêtre en poussant le scuccolo, cri guttural insultant. Ainsi outragé, le poète amoureux attendit quelque temps, puis, un jour, rencontrant la jeune fille sur la place du village il se précipita sur elle, la terrassa et lui coupa les cheveux. Puis, il s'enfuit au maquis et devint l'un des plus terribles bandits de son temps.

Si pour témoigner de l'indifTérence au galant, la jeune fille n'a qu'à fermer brusquement sa fenêtre quand il passe ; agréé, le fiancé, avant de quitter la salle commune où il fut admis à la veillée, doit décharger son fusil ou son pistolet afin de marquer la sincé-

1. Célèl)rc bandit ciui, condamna par contumace, terrorisa le sud de la Corse, au commencement du xiv* siècle.

2. Proverbe montagnard : te boiteux ne pouvant travailler comme les autres garçons, vit dans l'oisiveté et so fait colporteur de nouvelles vraies ou fausses, heureuses ou néfastes.

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