‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 46 sur 79 · CHAPITRE V La femme corse ; chants nuptiaux · texte numérisé non relu

CHAPITRE V La femme corse ; chants nuptiaux

(La Travala.)

De leur très lointaine origine orientale les Corses ont conservé le culte indo-chinois de la famille et des ancêtres et la loi toute hébraïque du talion.

La femme corse maintient celte double tradition au foyer. Avec ses chants pour le berceau ou pour la tombe, elle rappelle les glorieux souvenirs de famille ou perpétue la haine des ennemis. Sa place au foyer est prépondérante comme pour la matrone chez les Romains de qui les Corses ont tant conservé de coutumes : l'autorité paternelle qui s'exerce selon les degrés de la hiérarchie familiale, non seulement, comme nous l'avons dit, sur la parenté proprement dite, mais encore sur ceux qui ont avec elle communauté d'intérêts ^. En somme, répoux a l'autorité, le gouvernement, la femme est son conseil, elle a la dignité 2. Aussi, conçoit-on qu'il était bien naturel que

1. La parenté, qui est complée jusqu'au centième degré, constitue même une sorte de dot morale pour les fiances.

2. L'historien Pierre de Corse assure que la domesticité était prcs(ine inconnue en Corso, ce (jui evpliqucrait comment les lemmes y sont si naturellement laborieuses, vaquant non seulement aux soins du ménage, mais se livrant aux rudes travaux des champs. Nous avons bien souvent rencontré, par les routes, des lemmes portant de lourds fardeaux posés en équilibre sur leur tète et marchant à côté du bourriquet, du mulet ou du cheval

dans la famille ainsi organisée, les noces fussent entourées d'un certain apparat.

La cérémonie du mariage était, autrefois — car, sauf dans la montagne, elle est aujourd'hui dépourvue de l'antique solennité — , une des plus charmantes coutumes.

Accompagnée de nombreux parents et amis, la tête à demi cachée sous les plis du mezzaro ^ blanc, la fiancée, insanicciata, à califourchon ^ sur un cheval, s'avance aux sons d'un accordéon ou d'un fifre, d'une guitare ou — disent certains vieux auteurs — de la cornemuse 3. Des cavaliers, mugliacheri, dont le chef brandit une quenouille enrubannée, ouvrent la marche et arrivés près du village du fiancé s'arrêtent tandis que quelques-uns d'entre eux prennent les devants en poussant des cris et en tirant des coups de feu, simulacre d'une offre de combat. Ce groupe est accueilli par une bande de jeunes gens, les paceri, qui leur souhaitent la bienvenue et, ensemble, érigent à la hâte une frêle barrière, la Iravata.

Cependant, le cortège nuptial arrive bientôt devant l'obstacle et fait halte. Le père du futur paraît alors.

que chevauchait, rêveur, la pipe aux dents, l'époux, le père ou le frère. Mais il ne faudrait pas voir dans ce fait, fâcheux, une marque de mépris pour la femme ou de supériorité pour l'homme, — c'est la coutume.

1. Voile de tulle brodé ou de guipure posé sur la tète un peu comme lepschent des sphynx égyptiens. Brun à l'ordinaire et noir pour le deuil.

2. Ainsi montent les femmes en Corse. On ne voit pas de selles de femme.

3. Cet instrument champêtre, s'il a jamais existé, a complètement disparu ; nous n'en vîmes jamais.

lOO LA GHANSO^I POPULAIRE

accompagné du premier témoin du marie, il interroge la fiancée comme au moment des accordailles :

— O zitella sei taie chè ieri ? *

— E so taie che ieri !

répond la jeune fille 2.

Le beau-père tend la main à sa bru, puis lui remet un trousseau de clefs, désormais elle est la sposa, l'épouse, la gardienne du nouveau foyer. Et tandis que les beaux-parents se donnent l'accolade, l'abraccio, le premier témoin du mari présente un bouquet de fleurs à la jeune mariée et chante, appuyé contre la barrière :

(Mode Dorien du

■ ^*j. ^AAAi

Che maicer. chi,o Pe . re.gri.na, In unli.doate*

stra.nie-rof Nonpiùol.tre t'in . ca.mi na,

Che vie . ta . to t'é il sen.tie.ro.

1. O jeune fillo, cs-tu telle qu'hier.' — Je suis aujourd'hui ce que j'étais hier.

2. Povir indiciuer qu'elle ne veut pas se marier, clic montrerait son coude.

3. Ce chant, comme tous les chants corses et prcs(|ue toutes les hymnes gréf^oriennes, finit en majeur, la dernière note de la dernière strophe doit donc ctre diézée.

lOI

Voici la traduction littérale en valeur musicale

moderne de ce morceau dont on ne peut goûter la

solennelle douceur que s'il est interprété en pur plain-

chant :

reS' pirer

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