I. Quand j'clais bandit, par Jérôme Monti
Un soir, par fortune, — saoul de châtaignes cuites — mes chèvres au clair de lune, — me paraissaient des jeunes filles.
Ou bien encore :
Come montoni grossi son l'agnelli, Formagli e brocci fo come tinelli !
Gomme des moutons mes agneaux sont gros, — Je fais des fromages et du bruccio comme des tonneaux !
En somme, dans ces chants particuliers, il y a une pointe d'ironie, beaucoup d'exagérations, mais presque jamais de mots ayant trait à un travail déterminé, comme dans nos chansons de compagnonnage : serait-ce que le Corse manifeste son peu de goût pour les labeurs pénibles, minutieux et lents ?
D'ailleurs, il ne paraît pas que le système musical corse ait été inspiré de l'utilité que les sons rendent certains exercices plus aisés, ainsi qu'il en fut à l'origine de tous les peuples, comme l'affirme, en son traité sur les civilisations primitives, le savant Heinrich Schurtz.
Et, en effet, les chants des peuples heureux — pourrait-on dire en parlant de ceux que la douceur de leur climat ou l'abondance naturelle du sol n'obligent pas à de pénibles travaux quotidiens — les chants de ces peuples sont plutôt de lents récitatifs avec de longues tenues (points d'orgue), exprimant bien la passion intérieure et le rêve, tandis que la musique des peuples actifs se révèle cadencée, parfois aussi monotone en sa (' tessiture )), mais très rythmée, pouvant, par conséquent, bien scander les mouvements simul-
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tanés et augmenter la puissance de l'efTort physique. Par exemple, ce chant des bateliers Banghiri de l'Afrique Centrale, rapporté par le docte explorateur Dibowsky :
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