‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 50 sur 79 · CN · texte numérisé non relu

CN

Il est un chant que les pêcheurs corses aflectionnent, sans doute à cause de la joliesse de son rythme et des reprises en chœur, et qu'ils revendiquent pour leur; foutes les populations du bassin méditerranéen le réclament aussi ; en réalité, son origine est sicilienne :

Andantino .

pes

ca

tor

dell

Où . da, 0 Fe.de . rï !

Vi«

ni pes-care m

Celle première phrase esl ordinairemcnl reprise en chœur

j,l J J'J' J'J^J|J^|J J.Ji;.J^

quà, Gol.Ia heLIa sua bar . ca La tua bél.Ia s^en.oe CHŒUR

f ff f f

- va Vie. Di pes.ca-re in quà, Lafua bella sua bar.

4^ [» pr-Pr^^'' i-^ ^^'r ' ^ ^

ca

GoLla beUa.s'e.O'd . va .' Fi. de. lin lin là!

Ghe cosa vol' ch'io peschi,

O Federi ?

L'anello che iTii casca Colla bella sua barca, ec.

Si daro cento scùdi

O Federi !

Sta borsa riccama Colla bella sua ec.

Non bogliù cento scudi

0 Federi 1 Ne borsa riccama Colla bella sua ec.

lo bogliù bacciù d'amor

O Federi !

Che quelle me paghera ?

Colla bella sua ec.

O pêcheur de la mer, — 0 Frédéric ! — viens pêcher là — avec ta belle barque, — ta belle s'en va.

Que veux- tu que je pêche ? — 0 Frédéric ! — La bague qui me tombe du doigt. — Avec ta belle barque, etc.

IIO

LV CHANSON POPULAIRE

Je le donnerai cent écus, — O Frédéric ! — et celte riclie bourse, — Avec ta belle barque, etc.

Je ne veux pas les cent écus, — 0 Frédérie ! — Ni la riche bourse, — Avec ta belle barque, etc.

Je veux un baiser d'amour, — O Frédéric ! — Quelle est celle qui me paiera ? — Avec ta belle barque, etc.

Gomme on le voit, l'invention est pauvre de ces vers qui semblent bâclés par quelque lazzaroni napolitain sur une gaie mélodie qui ne manque d'ailleurs pas d'intérêt.

Et voici que, comme en écho, ce sont les jeunes garçons et les jeunes filles de la Balagne * qui, le vaste couffin au bras, s'en vont par les champs d'oliviers aux teintes si vaporeuses faire la ciieillelte des olives tout en lançant à pleine voix cette chanson — d'une joie aussi ensoleillée et d'une pauvreté aussi grande que la précédente — chanson qui nous fut communiquée par M""" la Marquise Piccioni, la fille du grand poète Salvator Vialc :

Allegretto

Ç\\ i ^>j.>lîtJ.Jj^J JW jiiii

Tre fna.ri

oa

n sen.vao

per

j'^ij^ jJj.^jjniiJ-JIJ ^'^ ^'

da

Tre ma.ri

ao

Da . ri s eo.vaD per

1. Territoire qui va de Sainl-Florenl à quchiucs kilomètres au sud de Calvi (côte occidentale). A noter, pour l'origine de ce chant, que Calvi fut toujours fidèle aux Génois qui la blasonnèrent : Seinper fidelis !

4^ J. IIT r M ^^^'M Piff

un . da

S'eQ.yaD per un.da per cie . lo se .

^'liJ i^^ p\i\n.^i'} m

ren'I^r ri.tro . va la sua a. ma. Ca beu

Ce n'anderemu dalla bell'osta (bis)

Dalla beU'osta di questu pai.

Ce n'anderemu sta sera a durmi.

Purtate pane, salami e bino Purtate pane in quantilà Ghe u fnarineru lu pagherà.

Trois matelots s'en vont par la mer — S'en vont par la mer et le ciel serein — pour retrouver leur bien-aimée.

Nous sommes ceux qui iront chez la belle hôtesse, — chez la belle hôtesse de ce pays, — C'est là que nous irons ce soir dormir.

Apportez du pain, du saucisson et du vin, — apportez (lu pain en quantité — car le matelot le paiera.

Le châtaignier 1 est, en quelque sorte, a l'arbre à pain » (le la Corse et les façons d'accommoder la châtaigne sont innombrables, depuis le pisticcine grisce (pain de

I. Le châtaignier qui pousse, naturellement, jusqye sur les terrains les plus arides, est vraiment «l'arbre à pain» de la (^orse ; grâce à lui, au temps des guerres de l'indépendance, les ancêtres purent conjurer la famine. On prétendit même, chez nos économistes de la fin du xviii' siècle, que les ressources fournies

112 LV CHA?JSON POPL'LA.IRE

châtaignes) jusqu'aux/rf7e//c Calde ! Calde ! (beignets de farine de châtaignes) que hurlent aux passants les revendeuses d'Ajaccio ou de Bastia. C'est ainsi que dans les pays forestiers d'Orezza, de Gervione, d'Alesani ou de Rostino, les repas de noces comptent, traditionnellement, vingt-deux mets différents, tous apprêtés avec de la farine de châtaignes.

Néanmoins, pas de chants spéciaux pour la récolte de ce fruit précieux. « Tzo! crie la jeune fille qui, les pieds nus, tricote sa chaussette et chasse devant elle l'ane ou le mulet condamnés à charrier au moulin le blé, le maïs ou les châtaignes. Tzo ! et la voix pure de la jeune fille fredonne un vocero. Elle chemine résignée, pauvre et triste, mais pleine des souvenirs du temps passé... Elles chantent, les jeunes filles, et leur voix est triste comme celle de la petite meunière, comme les accents que le berger envoie aux monts, au maquis, à la mer * ! » Pourtant, lorsque la récolte des châtaignes venues qui met en fête les villages, elles vont en groupes, elles chantent, les jeunes filles, des airs plus gais, — et bien italianisés comme celui-ci qui nous fut rapporté par nos vieux amis les hardis et savants aéronautes corses Capazza et Livrelli :

par le châtaignier faisaient négliger les autres produits agricoles et industriels de l'ilc, aussi — prudence ou bionvcillance — le Conseil d'Etat de France défendit, par arrêté rendu en 1771, la culture du châtaignier en Corse ! Mais, heureusement, l'arrêté ne put être appliqué.

I. Les (Corses d'aprh l'histoire, la li'gende et la poi'sie, J.-E. llossi (passim).

Page 1