‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 55 sur 79 · I. Les Corses, J.-E. Ilossi · texte numérisé non relu

I. Les Corses, J.-E. Ilossi

a. Chant de berger cité par M. Jérôme Monli dans Quand j'clais bandit : « II y a un purgatoire, — comme je posséderais trop peu, — pour restituer — et pour avoir l'absolution. — chaque anné(^ je donne un agneau - - pour tous les dommages — ([ue je causerai à celui-ci ou à celui-là, — aux maîtres, auv gardiens — et aux chrétiens. »

De profanais devant toutes les lombes, toutes les croix, tous les clochers qu'il rencontre. Il se moque toujours, et avec malice, de son curé, mais il lui est dévoué, il l'aime. Enfin, estimant que la religion est affaire de conscience, toute personnelle, il ne la mêle point aux choses de la vie.

Avec de pareilles ouailles, le rôle sacerdotalqui pourrait être difficile est devenu aisé, car, là-bas. le curé et les desservants vivent de la vie paysanne, se mêlent aux travaux, aux joies et aux douleurs des paroissiens. Le prêtre est l'ami, bien plus il fait très bon ménage avec l'instituteur : il est aussi le conseiller et avant d'aller au juge de paix on s'adresse à lui d'abord, au bandit ensuite ^ C'est qu'il n'exploite pas — ainsi qu'en Bretagne, en Auvergne et dans les Pyrénées — une crédulité qu'il serait peut-être difficile de demander aux Corses dont l'esprit est si pratique. Au fond, pour le vieux Corse, l'autorité spirituelle du prêtre rappelle celle, toute cordiale, des caporali, ces magistrats plébéiens, — mais elle est plus douce encore.

On comprend, dès lors, avec quelle solennité familiale on célèbre les grandes fêtes religieuses; elles sont d'ailleurs un juste prétexte à réunir familles et amis.

Une fête surtout est charmante, — Noël. Mais à rencontre des chants si curieux qui, en Provence, en Lorraine, en Bretagne ou dans le Poitou, caractérisent ce jour d'allégresse populaire, on ne trouve en Corse

1. Cf. Quand j'étais bandit, J. Monti ; En Corse, Paul Jiourde ; Les Corses, J.-E. Rossi, etc.

LA CHA>^SON POPULAIRE

que des <( noëls » purement italiens. Nous ne donner rons donc ici que le plus caraetérislique, nous le devons à l'obligeance de M-, l'archiprêtre Casanova, de Bastia :

Andantino

Dor . mi, dor. mi bel Bam.bin,

i' CjJJ-l M'^'

• M z±zm

Re di . vin, Dor-mi,dor mi fan. ciul.lin,

Fa la nan-na ra.ro fi . g'I'Oj ^^ ^^^

ciel, ra . ro bel gra-zi.o . so g"i . glio

é^j J^'^r r irr r i^' û

Fa la uaD.oa ca. ro fi

mJ hl^l J

glio Re del

•iel , ra.ro bel grajeijo . so gfi . g^lio

HFFHAIN

Dor . mi , dor . mi , dol . re a . mo . re ;

4M g iJ p I''' ^j' I j^,

dor. mi, dor. mi 0 mi.o de . sir

ro e dol . ce a. mor

0 par

gro . let

to fior!

j, JJ^ I ;, j I ^

Ge . su dim.mi

che bra . mi tut

J^ JL J^ lJr4

to tutt

io t'of

fro il cor

Perchi piangi, Banibinel ?

Forsi il gel Ti tu noja, o l'asincl ?

Fa la nanna, o paradiso

Del mio cuor

Ridentor, Ti bacio il viso, ce.

Dors, dors, beau Bambin, — roi dlivin ; — dors, dors; petit enfant. — Fais dodo, cher fils, — roi du ciel, — si, beau — efc si, gracieux. Refrain : Dors, dors, doux amour ; — dors, ô mon désir. — O cher et douxamour, — ô petite fleurette jolie I — Jésus, je t'offre mon cœur.

Pourquoi pleures-tu, enfantelet ."^ — Est-ce le froid, — ou l'àne qui en sont cause .^ — Fais dodo, ô paradis — de mon cœur, — ô Rédempteur, — je te baise le visage.

A part ce couplet, les dix-sept strophes de cette ((Chansonnette spirituelle dans laquelle on médite sur l'enfant Jésus » ne sont ni meilleures ni pires que

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celles des cantiques habituels par quoi les églises se sont malheureusement déshabituées du grave plainchant.

Mais l'audition de tels noëls peut offrir certaine originalité et une exquise impression ; c'est ainsi que nous nous rappelons ce vieux curé de Valle-di-Uostino qui, à Noël, pour louer Dieu et remercier ses ouailles, venues en foule à la messe de minuit, quitta sa chasuble, s'avança jusqu'au milieu de la pauvre église el, d'une voix chevrotante qu'il s'efforçait de rendre puissante, se mit à chanter, en corse, une paraphrase de VAdes te fidèles ! cependant que le sacristain, à tour de bras, tirait quelque sons d'une antique guitare...

Et quel étrange, farouche et beau rappel du Moyen Age lorsque, le Yendredi-Saint, on célèbre la Passion à Sartène. — Revêtus de cagoules noires, blanches ou bleues, les pénitents processionnent le soir par la ville illuminée; à leur tête, le catenaccio (l'enchainé) — un sartenais toujours — drapé dans la cagoule et la cape des ténèbres, pieds nus, traînant une lourde chaîne rivée à sa jambe droite, iléchit sous le poids d'une croix immense. Et c'est un grand honneur que d'être catenaccio, car on accomplit ainsi un vœu, on mérite la rémission de ses péchés, et bien souvent des bandits, pour expier leurs crimes (leurs u faute », disent-ils) viennent solliciter celte faveur que souvent le clergé leur accorde.

Puis, c'est, sur la place Porta, un moine qui, au retour de la procession, monte sur l'antique perron de l'église et là, à la lueur des torches, exhorte le peuple ; à ses côtés, est un Christ, grandeur nature, articulé, et le moine lui fait faire les gestes de son discours et donner de rédemptrices bénédictions.

DE l'Île de corse i23

Rappelons que l'Eglise est encore, eu Corse, ce qu'elle fut aux époques des grandes chevauchées ; c'est ainsi que les dominicains du monastère de Gorbara accordent souvent le droit d'asile aux bandits qui viennent le leur demander. Comme ces demandes sont discrètes, les gendarmes évitent d'inquiéter les Pères, on ferme les yeux et tout se passe de la meilleure façon.

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