‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 59 sur 79 · CHAPITRE IX Le rituel funéraire · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX Le rituel funéraire

Malgré ses origines, le Corse n'est point fataliste, et pourtant la mort ne l'effraye pas. Le mépris hostile dans lequel il la tient, ne serait-il pas dû au caractère grandiose et poignant dont il a revêtu les funérailles?

p]n Corse, ce ne sont plus, en effet, nos convois dolents où les « croque-morts * » ne témoignent pas moins de tristesse polie que u messieurs de la famille », ce n'est plus le banal discours, plus ou moins biographique, débité sur une tombe, mais les sanglots de toute la famille, de tous les amis, de tout le village et des regrets farouchement exprimés en vers, — et en vers chantés.

Il n'est pas nécessaire de dire ici les cérémonies mortuaires des temps héroïques, car tous ceux, sans exception, qui décrivirent la Corse, relatèrent exactement les mêmes rites, en consulter un c'est les avoir tous lus -. Rappelons seulement que les chants fu-

I. De même (\no dans les villes llamaiidcs du nord de la France, les hommes font, en Corse, partie de confréries qui ont pour objet de procéder aux enterrements. Les membres revêtent une sorte de cagoule, de couleur différente selon les confréries, et à tour de rôle portent le cercueil.

a. Cf. Pierre <le Corse, Grégorovius, Galelti, Mérimée, P. de Saint-Victor, Al. Dumas père, Feydcl, Fée, Valéry, Tomasco, Ortoli, Marcaggi, J.-K. llossi, etc., etc.

nèbres furent communs à bien d'autres peuples. Les Hébreux en usaient et Jcrémie appelait les pleureuses des « sages » ; Egyptiens, Perses, Phéniciens, Etrusques, Germains, Celtes, Irlandais, Ecossais, Napolitains, Grecs, Valaques et Sardes ont consacré à leurs morts des chants spéciaux, ainsi que cela se pratiquait, au surplus, chez les Hindous, les Chinois, les Hurons ou les Africains. L'explorateur allemand Beckler a même rapporté de la Nouvelle-Galles du Sud un chant que les aborigènes exécutent en dansant autour de leurs morts, exposés sur une table, soit le caracolu et la taula ^ des Corses. H y aurait un bien curieux livre à écrire, synthétisant les principales coutumes et les superstitions les plus marquantes de chaque peuple, en remontant aux origines ; peut-être, alors, l'humble étude des « folk-lore» donnerait-elle, définitivement, le principe de la première civilisation... Mais voici le chant australien, noté par Beckler :

Vit j iJ PiJ nu jTi

ff

{'[ Ljif I

^ I fj

Page 1