‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 62 sur 79 · Galette · texte numérisé non relu

Galette

/i. Sorte de gauffres.

Ô. Réconfort.

l34 LA CHANSON POPULAIRE

Il va deux sortes de ces chants : le lamento ou complainte, pour les morts naturelles, le voccro ou l'appel, pour les morts violentes.

Lamento ou vocero, c'est la plus proche parente du défunt qui le chante, improvisant continuellement les strophes poignantes ou véhémentes; s'arrête-t-elle un instant, une autre lui succède, improvisant de même, et ainsi de suite. Alors que le rôle de la femme semble ordinairement effacé, il est prépondérant dans les funérailles et rappelle la place d'honneur que l'antique Rome accordait aux présidentes, pleureuses-chanteuses. Ces femmes sont les « vocératrices », et plus qu'un honneur cette quasi-fonction, de tous temps, leur parut un devoir. Aussi, l'improvisation des chants funèbres est-elle, pour la femme corse, l'objet d'une constante méditation ; dès son plus jeune âge elle a ardemment écouté les anciennes, a répété les strophes entendues, s'est essayée à en ajouter d'autres et s'est fait, elle-même, une instruction lyrique; puis l'amour filial, familial, est son seul maître et lui rappelle gravement qu'un jour viendra où il lui faudra pleurer la mort d'un être aimé.

Ces chants funèbres sont exécutés pendant la veillée mortuaire. Nous en avons entendu un, à Sartène en 1887, et l'épouvante que nous ressentîmes à ces hululements sauvagement modulés, ponctués par des cris de rage et des sanglots déchirants, notre épouvante fut telle que l'idée ne nous vint même pas de noter le lugubre chant.

Jadis, pauvres ou riches, les morts reposaient pêlemêle dans la fosse commune, Varca. Depuis longtemps, la plupart des familles prennent une concession au cimetière et un très grand nombre gardent leurs

DE l'Île de corse i35

morts dans des mausolées élevés au bord des routes et dans les propriétés privées, mausolées qui donnent à certains environs de villes et de bourgs, un aspect arabe ou ottoman. Le paysan corse, lui, par humilité religieuse, voulant être piétiné après sa mort, se faisait autrefois enterrer au seuil des églises, so scaccagliosiy parce que les fidèles ont « les pieds boueux » ; du moins c'est ce qui nous fut conté, naguère, à Zicavo, dans l'hospitalière demeure des ducs Abbatucci, ces grands chasseurs, cependant que d'autres — et surtout l'érudit sous-préfet d'Arles, M. François Ceccaldi — nous ont donné une autre version qui écarterait ce symbole d'humilité voulue. On enterrait dans l'intérieur des églises, qui contenaient chacune quatre caveaux ou arche, Varca, destinés aux hommes, aux femmes et aux enfants, puis aux étrangers. Les corps étaient simplement roulés dans un linceul, procédé pratique dans des petites localités où les inhumations étaient rares ; les morts profitaient de la sainteté du lieu qui les protégeaient bien. Mais, en somme, n'était-ce pas là très belle, très fraternelle et très humble égalité dans la Mort?...

Page 1