CHAPITRE XI Vendetta, banditisme et bandits
La vendetta — et son corollaire, le banditisme — qui est toute la réputation, fâcheuse, de la Corse, doit son origine aux exactions commises dans l'île par les Génois. La justice partiale de ces mercanlis batailleurs obligeait les insulaires à s'en remettre à soi-même du soin de régler tous différends ; et comme ce règlement n'allait jamais sans effusion de sang, le justicier improvisé s'enfuyait dans la montagne — « prenait le maquis » ou gagnait le « palazzo verde ^ », selon les expressions consacrées — afin d'échapper à toute répression légale comme aussi pour se mettre à l'abri de représailles ; il devenait un bandit et jamais cette appellation n'eut un caractère infamant.
D'ailleurs, où était le mal de se servir de ses armes quand les évêques-comtes du Xebbio portaient l'épée et officiaient, deux pistolets posés sur l'autel ? quand les théologiens corses déclaraient sainte la révolte de 1729, alors que Frà Filippo Bernardi disait œuvre pie le meurtre d'un Génois ? Et l'habitude se prit de régler, radicalement, soi-même ses petites affaires. (( Quand on a un ennemi, enseigne un dicton corse, il faut choisir entre trois S : schioppetto, stilctto, strada^. »