I. Le palais vert
u. Fusil, stylet, fuite.
i5o LA gha:sson populaire
Mais, soit religion, soit superstition, avant de tuer, l'on invoque la Vierge comme ce vaillant et pieux Clément Paoli qui, dans la dernière guerre de Tindcpendance corse, ne manquait jamais de prononcer en abaissant son infaillible fusil \ersun ennemi : « Requic eterna Idd'io ti dà^. »
Les motifs de haine, de vengeance — la vendetta, ce chien du doge, disait-on jadis — se sont rapetisses avec les institutions ; la confiance dans la justice n'est point venue, le Corse est soupçonneux et ne peut se faire à l'idée que, poursuivi, il sera juge impartialement par tel magistrat appartenant à une famille d'un clan ennemi du sien.
D'aucuns veulent voir dans le bandit corse un vulgaire malfaiteur ou un frà Diavolo d'opérette. Il serait les deux, en ne le considérant qu'avec l'optimisme, très boulevardier mais trop peu renseigné, de M. Emile Bergerat^ ou la sévérité, judicieuse et juridique, de M. Paul Bourde 3. Mais nul mieux que M. J. Monti* n'en a expliqué la psychologie. En réalité, la vendetta est une sorte de duel à l'américaine, provoqué par toutes espèces de motifs, et le bandit un simple criminel, très conscient de son droit naturel mais pas du tout de ses devoirs sociaux.
Certes, comme Salomon et saint Louis, il rend parfois — et très sérieusement — la justice sous les chênes des forêts d'Aïtone, de.Valdoniello ou de Verde; mais la politique en a fait aussi un genre de fonctionnaire, à poigne, ([ui s'immisce trop volontiers dans les
I. « Que Dieu le donne le repos éternel. » 3. Cf. La Chasse au Mouflon.