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2. \o\t cliap. \ III, a* pari. La lettre suivante fui adressée à railleur par M. Lucciana en lyoa.
o. Voir cliap. 111 el \ , i" part.
des mélodies. Les Italiens, les Provençaux, les Espagnols, tous les peuples chantent autour de nous, et dans ce concert harmonieux, nous seuls nous refusons do faire entendre notre voix. Pourquoi ? On invoque la politique,
— on en fait partout, même à Paris, — les guerres civiles,
— l'Italie et l'Espagne en ont eu de très obstinées. — Aucune de ces raisons n'est la vraie. »
Moi aussi, dans un élan de foi patriotique, j'ai alïirmc un jour — c'était à la distribution des prix du lycée de Bastia — que la poésie populaire corse devait forcément exister :
« Toutes nos anthologies, disais-je alors, sont de date récente et composées dans un but de curiosité littéraire. Aussi l'on n'y trouve que de maigres indications sur les hommes et les faits marquants de notre histoire. Il est impossible d'admettre que dans les victoires ou les défaites de la Patrie, la Muse populaire soit restée muette. Eh quoi ! après des luttes sanglantes et obstinées, le peuple aurait arraché le pouvoir des mains des seigneurs sans chanter son triomphe ! Il aurait ensuite perdu deux biens inestimables, Tindépendance et la liberté, et la poésie ne serait point venue apporter à son infortune quelque soulagement ! Ce serait un fait anormal, unique dans l'histoire, en contradiction flagrante avec nos mœurs. » Puis, je faisais un appel à toutes les bonnes volontés pour combler cette regrettable lacune. Savez-vous ce que j'ai reçu ? Quelques sonnets italiens sans caractère. Et pourtant, dans le même discours, je disais expressément : « ... Trouvera-ton un portrait plus vivant de nos mœurs que dans ces poésies où le peuple se peint, à son insu, avec ses qualités et ses défauts ? Par l'influence des littératures étrangères, l'écrivain perd beaucoup de son caractère national. Il s'observe, d'ailleurs, toujours ; il n'est jamais aussi étudié que lorsqu'il veut paraître naturel, jamais autant sur ses gardes que lorsqu'il semble se livrer : on l'a nommé avec raison un personnage de théâtre. L'homme inculte ignore les
finesses. Qu'une forte passion le solJicile. et il se montrera avec sa figure franchement gracieuse ou terrible, Parcourez nos poésies italiennes : on les croirait nées dans un boudoir. Ce ne sont que sonnets asthmatiques s'eflbrçant de pirouetter avec grâce et tombant à plat dans de pauvres rimes affolées, que madrigaux entortillés qui voudraient bien être tendres ou spirituels et ne sont que prétentieusement ridicules. II y règne comme un souffle énervant du chevalier Marino et de ses détestables élèves. On chercherait en vain au milieu de ce fatras de froides antithèses une pensée virile ou gracieuse, une scène historique, un simple tableau de genre, un trait de mœurs, quelque souvenir de nos glorieux combats. Rien, rien que de fades bouquets à Chloris et des élégies ennuyeusement plaintives. Lisez, au contraire, nos voceri. Dès les premières lignes, vous serez émus, car vous vous trouverez là en présence de sentiments vrais, profonds, que vous réprouverez souvent, mais dont vous ressentirez toujours l'irrésistible puissance et ces chants enflammés, où nos montagnards exhalent leurs douleurs et leurs haines, vous renseigneront sur les causes de la vendetta beaucoup mieux que de longs volumes... »
Eh ! oui, ces chants funèbres sont admirables et c'est bien, mais c'est peu, de le reconnaître... après Paul de Saint-Victor ^ qui à cause de son enthousiasme romantique, fit peut-être l)caucoup de mal à la Corse puisqu'on ne peut plus — depuis sa prestigieuse variation sur les thèmes de Tommaseo et de Fée — connaître que les voceri et les bandits !
Mais en Corse il n'y eut pas, il n'y a pas que des bandits. Des citoyens y ont défendu leur liberté, y ont
1. Jhjinincs cl Dieux (cli. wiii. Les \ occr.-vtriccs de la Corse), P. de Saint-Victor.
combattu et des héros y reposent dont le souvenir demeure ; les mères y bercent leurs petits et les amoureux y ont rame épanouie ; les sages y conseillent et les turbulents y font de la politique ; les travailleurs y peinent et les paresseux y rêvent... Tout cela se chante. Or, en Corse on chanta et l'on chante autant et plus que partout ailleurs, mais, comme dit Mistral,
Cantan que pèr vautre, ô pastre e gènt di mas '
ces chants sont pour les humbles et ce sont d'humbles chants.
Ne valaient-ils pas d'être notés ?
Et n'est-ce point, au surplus, dans ces monuments légers, dans ces temples de vision, dans cette histoire de rêve « les Gha>ts Populaires » que les peuples reflètent leurs douleurs et leurs joies, leurs espoirs et leurs rancunes, leur esprit et leur cœur ?
£. Nous ne chantons que pour vous, o pâtres et gens des mas. (Mirèio).