‹ La chanson populaireChapitre 14 sur 50 · J ^ J IJ · texte numérisé non relu

J ^ J IJ

geii.til? Or. lé. ans, Beaugen.cy, ^'o.lre D;i.iiie

de Clé . ry. Yen dô . me, Yen . dô . me. ;r

Charles d'Orléans, le dernier des troubadours français, illustra le quinzième siècle ; ses chansons furent composées en grande partie durant sa captivité en Angleterre. Ajoutons encore le nom des poètes Molinet et Guillaume Coquillart.

On ne chansonna pas beaucoup Louis XI, on le craignait trop pour cela, mais on se rejetait volontiers sur ses victimes. La strophe sur le cardinal de la Balue, enfermé dans une cage de fer, semble être du temps, mais l'air nous manque :

(1) Ce carillon a été utilisé fort souvent par les chansonniers. En IGO.J Yilleroise laissa tromper par Guillaume III, qui vint assiéger Namur ; c'est à cette occasion qu'on fit le couplet suivant, cité par La Harpe :

Villcroi Villeroi A fort bien servi le roi Guillaume, Guillaume.

C'est toujours sur le même air qu'on trouve au commencement du dix-septième siècle le couplet :

Savo}"ard.s, Allemand.?, Qui vous rend si mécontents V Vendôme, Vendôme.

Maistre Jean Ballue

A perdu la vue

De ses eveschez :

Monsieur de Verdun

N'en a plus pas un,

Tous sont depeschoz (1468).

La bataille de Marignan, gagnée par François P*" (1515) a été chantée par maint poète du temps ; on trouve dans les œuvres d'Alione d'Asti une chaytsoti des myces sur la bataille de Marignan et sur le teneur (le timbre) de : Venez au pont des pierres Brugkelins et Gantois; malheureusement nous ne possédons pas cet air. Par contre on connaît fort bien la curieuse composition à quatre voix de Clément Jannequiu intitulée la Guerre, également sur la bataille de Marignan, remarquable pièce de musique imitative, à laquelle Verdelot ajouta une cinquième partie (1). La chanson suivante est une production de quelque soldat aventurier qui se trouvait parmi les combattants :

Le roy s'en va delà les mons, {hïs) Il menra force piétons, Ils iront à grant peine, L'alaine, Talaine, me faiilt Talaine.

Les Espagnols, nous vous lairrons, {Ins) Le roy de France servirons, Nous en avons la peine, L'alaine, etc.

A noz maizons a ung mouton, {hW) Tondre le fault en la saison Pour en avoir la laine, L'alaine, etc.

M'amie avoit nom Jhaneton, {his) Elle avoit un si joly c...

Point n'y avoit de laine ; L'alaine, etc.

(1) Le dixième livre contenant la bataille à quatre de Clément Jannequîn, avec la cinqui'eme partie de Phil. Verdelot (si placet) etc. Anvei's, Tiliiiann Susato 1545. (Bibliothèque nationale.)

LA CHANSON POPULAIRE. îl»

Celuy qui fist ceste chanson (h/s) Ce fust un gentil compagnon Vestu de laine, L'alaine, l'alaine, m'y fault l'alaine.

Le siège de Mézières par l'armée de Charles-Quint, en 1521, a en Thonneur de plusieurs chausoDs ; la ville était défendue par Bayard, et ne fut point prise (1).

On chansonna aussi Hesdin, emportée d'assaut par MM. de Bourbon et de Vendôme.

La bataille de Pavie (1525) perdue par François T^' que les Espagnols firent prisonnier, s'est conservée dans les archives légendaires de la France par cinq ou six chansons, dont la plus connue est :

Hélas ! la Palice est mort, Il est mort devant Pavie :

Hélas ! s'il n'estoit pas mort Il seroit encore en vie Ci).

Quant le roy partit de France, A la malheur il partit.

Il en partit le dimanche, Et le lundy il fut pris.

Il en partit, etc.

— Rens, rens toy, roy de France,

Rens toy donc, car tu es pris. —

Rens, etc.

« Je ne suis point roy de France,

Vous ne savez qui je suis. »

(1) Leroux de Lincy donne cinq chansons sur le siège de Mézières, dans ses Chansons historiques, vol. II, p. 68 et suiv.

(2) La naïveté de ce premier couplet semble avoir inspiré la chanson de Monsienr de la Palisse, faite vers la fin du dix-huitième siècle, par Bernard de la Monnoj'e. Selon nous, ce premier couplet ne fait point partie de cette chanson sur la bataille de Pavie ; ni sa tournure d"esprit ni la coupe rythmique de ses vers ne ressemblent en rien î\ ce qui suit, en un mot le même air ne pourrait s'appliquer à ce couplet et ;\ ceux (pii suivent.

((. Je ne suis, etc.

Je suis pauvre gentilhomme,

Qui s'en va par le pays. »

Je suis, etc.

Regardèrent à sa casaque, Avisèrent trois fleurs de lys.

Regardèrent, etc.

Regardèrent à son espée, Françoys ils virent escry.

Regardèrent, etc.

Ils le prirent et le menèrent

Droit au château de Madrid.

Ils le prirent, etc.

Et le mirent dans une cliambre

Qu'on ne voir oit jour ne nuit.

Et le mirent, etc.

Que par une petite fenestre

Qu'estoit au chevet du lict.

Que par, etc.

Regardant par la fenestre.

Un courrier par là passit.

Regardant, etc.

(( Courrier qui porte lettre,

Que dit-on du roy à Paris? »

Courrier, etc.

— Par ma foy, mon gentilhomme.

On ne sait s'il est mort ou vif. —

Par ma foy, etc.

K Courrier qui porte lettre,

Retourne t'en à Paris,

« Courrier, etc.

Et va-t'en dire à ma mère.

Va dire à ^loutmorency,

« Et va-t'en, etc.

Qu'on fasse battre monnoie

Aux quatre coins de Paris.

«. Qu'on fasse, etc.

S'il n'y a de l'or en France,

Qu'on en prenne à Saint-Denis.

«. S'il n'y a, etc.

Que le dauphin en amène,

Et mon petit fils Henry.

<c Que le dauphin, etc.

Et à mon cousin de Guise Qu'il vienne icy me requery,

<i Et à mon cousin, etc. »

Pas plus tôt dit laparolle Que Monsieur de Guise arrivy (1).

On fit plusieurs chansons sur la mort du connétable de Bourbon (1527), quelques-unes aussi sur le siège de Péroune (1536).

Les adieux de Marie-Stuart à la France ont été conservés par Brantôme, sous ce titre : Chansoii nouvelle faicte sur le département de la royne d^'Escosse, disant adieu à son père et à tous ses amys; Et se chante sur le chant de : Vienne qui pourra, cenir, il ne m' en chaidt quoy ne comment (timbre perdu).

Adieu mon père, mon amy. Adieu le noble roy François, Donné vous m'avés im mary, Le prince et roy des Escossois, Aller m'en fault a ceste fois Hors du païs, Puisque m'avés donné mary.

La chanson finit ainsi :

Les regrets que j'ay au pais D'aller parmy les Escossois,

(1) Leroux de Lincy, Chansons historiques, vol. II, p. 92.

•i-2 LA CHANSON POPULAIRE.

Je n'j' entents mot ne demy, Sinon de parler bon f rançois.

Quant je y pense maintes fois, Je ditzt ainsi :

Adieu mon père et mon amy.

Je prie à Dieu de paradis

Qu'il vueille apaiser la fureur,

Que tous royaumes soient unis,

Qu'il vueille amodérer le cueur

Du roy de France et l'empereur,

Soient bons amys :

Dieu nous doint à tous paradis (1).

Cette chanson, presque politique vers la fin, est loin d'avoir la grâce d'une autre pièce, également attribuée àMarie-Stuart, sur la mort de François II :

Las ! en mon doux printemps Et fleur de ma jeunesse Toutes les peines sens D'une extrême tristesse, Et en rien n'ay plaisir Qu'en regi'et et désir.

La seconde moitié du seizième siècle est envahie par les chansons huguenotes, comme par exemple celle des Gras tondus, sur l'air Lœtabundus, une séquence qu'on trouve dans tous les missels romains-français; elle a été pendant longtemps attri-

(1) Il j-a im pastiche, beaucoup plus connu que la vraie chanson que nous venons de citer :

Adieu, plaisant pays de France,

La nef qui disjoint nos amovu's

N'a ci de moi que la moitié,

Une part te reste, elle est tienne,

Je la fie à ton amitié,

Pour que de l'antre il te souvienne.

Meusnierde Querlon fit ce pastiche Tpour l' Antholoffie/rançaise, 3 volumes publiés par Monet, en 1765. Cet ouvrage a répandu dans le public lettré (qui les a acceptés) nombre de pastiches de ce genre. Les paroliers de Niedermeyer. dans l'opéra de Mark Btuart, ont eu soin de se servir du texte de Meusnier de Querlon.

buée à saint Bernard ; Dom Guéranger l'a rencontrée dans un manuscrit du onzième siècle (1).

0 gras tondus, Mal avez été secourus :

Longtemps y a.

Vos grans abus On le vena.

Vostre autel est ruiné, Vostre règne est bien miné,

II tombera.

Papistes, pharisiens, Vostre antechrist et les siens

Trébuchera.

Tout sorbonique pion.

Son beau liripipion

Desposera.

Rien n'y vaudront les ergotz Rien n'y feront leurs fagotz.

Christ régnera.

Vostre orgueil sera puny.

Et la beste de son nid

Desjonchera.

L'évangile que haïssez, Quand aurez fait plus qu'assez

Demeurera.

Vous l'avez long-temps banny, Mais puisqu'il est revenj-, Vostre joly pain benict

Se moysira.

Messieurs les Coquibus,

(1) Chants liturgiques d'Adam de la Bassée- par l'abbé Carnel, 1858, page 27

Que dira-on des abus Dont amassez du quibus ?

On en rira.

Savez -vous qu'on vous fera?

On vous deschassera,

Et Dieu à la fin vous punira ;

En Jésus on croira,

Son règne florira,

Et vostre Antéchrist confus sera.

Le siège de Metz en 1 552 a fait naître une suite de chansons, et la Ligue en a fourniune avalanche, dont rien n'est resté dans les traditions populaires ; c'étaient, à vrai dire, plutôt des pamphlets qu'autre chose.

C'est surtout à partir des guerres civiles et des guerres religieuses du seizième siècle que la chanson licencieuse envahit la cour et la ville : les recueils manuscrits en fourmillent, et quoique dans ces derniers temps on en ait fait paraître un certain nombre, la plupart sont d'une telle obscénité, d'un tel cynisme, qu'aucun gouvernement n'en pourra jamais autoriser la publication. Ces recueils portent le titre de clianmns anecdotes ou noëh de cour.

La Satyre Ménqjpée, à laquelle collaborèrent cependant deux poètes, Passerat et Rapiu, n'a rien donné à garder à l'immense chansonnier populaire français. Une pièce sur la mort du duc de Guise, tué en 1563 par Poltrot de Méré, est reproduite avec l'air dans les Pièces intéressantes et peu connues, t. III p. 247 (1). Cette chanson est curieuse, en ce qu'elle renferme le patron de la chanson à^ Malbrough, devenue populaire à partir de 1781.

Si le parolier de la chanson de Malbrough a utihsé l'idée et le texte de celle du duc de Guise, il n'en a pas été de même pour l'air, comme on va voir : la coupe des vers ne se ressemble

(1) Les Pièces intéressantes etjteu connues, pour servir à l'histoire et à la littérature, out été jjubliées en 1785 par de la Place.Svol, in-12.

nullement, et le même air n'aurait pu servir aux deux textes

Qui veut ou - ir chmi

Qui veut ou . ir chan.

r=h-r-rf

son? C'est le grand duc de (îui . se, Et bon boM bon bon

di dau di dan bon, quest uiorl

et en . ter

Qu'est mort et enterré, (bits)

Aux quatre coins du poêle,

Et bon bonbon bon,

Di dan di dan bon

Quat' gentilshom's y'avait.

Quat' gentilshom's y'avait, (bia) Dont l'un portait son casque, Et bon, etc.

Et l'aut' ses pistolets.

Et l'aut' ses pistolets, (bis)

Et l'autre son épée,

Et bon, etc.

Qu'a tant d'Hug'nots tué.

Qu'a tant d'Hug'nots tué, (bis)

Venoit le quatrième,

Et bon, etc.

Qu'étoit le plus dolent.

Qu'étoit le plus dolent, (bis) Après venoient ses pages, Et bon, etc.

Et les valets de pied.

Et les valets de pied, (bis) Avecque de grands crêpes, Et bon, etc.

Et des souliers cirés.

Et des souliers cirés, (bis) Et des beaux bas d'estame,

Et bon, etc.

Et des culott's de piau.

Et des culott's de piau, (hia)

La cérémonie faite.

Et bon, etc.

Chacun s'alla coucher.

Chacun s'alla coucher, (bis) Les uns avec leurs femmes, Et bon, etc.

Et les autres tout seuls.

L'air de Vive Henry /F est cité par Damersan, Castil Blaze et d'autres écrivains, comme étant le même que les Tricotets, sur lesquels on aurait appliqué les paroles : c'est une erreur bien facile à rectifier, preuves en main. Voici l'air des Tricotets (1).

rr-fri

La véritable origine de Vive Henry IV est l'air de la Cassandre (2), imprimé en toutes notes dans V Orchésographie de Tkoinot Arbeau, 1588.

Afin de rendre la comparaison plus saillante, nous donnons

(1) L'air des Tricotets se trouve noté dans le second vohime des Rondes et Chansons à danser, publiées par Ballard en 1724, page 191. Cet air est également dans les Parodies nouvelles et Vaudevilles inconnus, p. 32. Ballard, 1730 ; in-4:° obi. Il y a peu de recueils de chansons anecdotes manuscrites où les Tricotets ne soient notés, et toujours de même, ainsi que nous les donnons.

(2) Ronsard, dans plusieurs de ses pièces de poésie, chante une maîtresse sous le uom de Cassandre, mais nous ne pensons pas que ce soit là qu'il faille chercher l'origine de la chanson de Cassandre ; ces chansons de Ronsard ne peuvent s'adapter à cet air

LA CHANSON TOPULAIRE.

les deux airs en regard, en observant toutefois que l'air de Cassandre dans l' Orchêsographie commence ainsi :

mais les trois premiers ut doivent être des rc; c'est évidemment une faute d'impression, car l'air est bien en ré mineur, ton dans lequel il finit.

Vive Hen.ri qua . Ire, Vi . ve ce roi vail . lanl!

¥f^rf

{Air de Cassandre).

r rrir r«rr '^ ^'^r r r

Ce diable à qua . (re A le tri.ple fa - lent De boire f I se

f^-n\''^^'i îîf ly

bnt.(l)

bat - tre. Et d'être un sert ga

On lit dans les Curiosités historiques de la musique par Fétis : « Tout le monde connaît la romance Charmante Gahrielle;

(1) Le premier couplet a été fait probablement tout au commencement du 17« siècle ; le second couplet fut ajouté au commencement du règne de Louis XVI ; les autres couplets sont de Collé.

l'air n'est point de Henri, comme on l'a cru; Du Canrroy en est l'auteur (1). »

C'est court, clair et net, mais on aimerait en avoir quelque petite preuve, si mince qu'elle fût.

Les œuvres qui nous restent de Du Canrroy sont, comme celles de ses contemporains , des chansons à quatre ou à cinf[ parties en style de contre-point.

Ajoutons que Fétis, dans sa nouvelle édition de la Biographie des musiciens avoue qu'il n'est pas certain que Du Caurroy soit l'auteur de Charmante Ga-hrielle. Ce sont de ces fantaisies de l'imagination que l'historien devrait s'interdire, dont l'abus a été poussé à l'extrême dans les écrits de Castil Blaze, où il est bon de vérifier tout à nouveau.

Parmi les chansons sur Henry IV, données par Leroux de Lincy, se trouve la suivante, bien connue d'ailleurs par sa grâce charmante ; elle est anonyme, mais c'est évidemment l'œuvre d'un vrai poète :

Chanson nouvelle sur la réjouissance des bons Franqois , à l'honneur du roy de France et de Navarre.

Et se chante sur le chant : Montmorency, te souvienne de Pienne.

Voicy la saison plaisante,

Florissante, Que le beau printemps conduict ; Voicy le soleil qui chasse

Froide glace, Voicy l'esté qui le suit.

Voicy l'amoureux Zéphire

Qui souspire Parmi les sentes des fleurs ;

(1) Un renseignement aussi précis nous avait séduit, en i^ubliant notre 1"='' voL des Echos du temps imssi', où cette erreur est reproduite. Dans ce même volume on trouvera, p. 44, l'origine du refrain Cruelle départie.

Yoicy Flora sa mignonne,

Qui hiy donne Un baiser tout plein d"odeurs.

Voicy Pomona la belle,

Qui près d'elle Voit son amy Verturanus ; Voicy Vertumuus qui, d'aise,

La rebaise Mille fois le jour et plus.

Voicy Vénus Cji;hérée,

Bien parée, Qui tient Mars énamouré, Ses grâces et mignardises

Bien apprises Des combats l'ont retiré.

Voicy du Sainct Mont Parnasse ;

L'humble race De Jupiter, qui descend ; Voicy toute ceste plaine

Desja pleine De son doux fruict plus récent.

Voicy des nymphes cent mille

A la file, Qui sortent des eaux et bois, Chantant toutes ensemble.

Ce me semble.

Le noble sang Bourbonnois.

Dieu vous gard', troupes gentilles,

Dieu gard' filles.

Dieu vous gard' toutes et tous.

De gi'âce où allez-vous, belles

Immortelles ?

S'il vous plaist, dictes-le nous.

Nous allons chassant discorde.

En concorde Maintenant icy vivons :

Nous t'offrons, à ta vaillance,

Roy de France, Et Mars vaincu te livrons.

Roy généreux, franc et sage,

Ton partage T'est si justement acquis, Que par l'Union perverse

Qui renverse Jamais ne sera conquis.

Jouis donc des verds boccages

Et rivages, Jouis des fruicts de nos champs.

Nous sommes de ton lignage

L'héritage.

Malgré l'Espagnol meschant.

Cette pièce, donnée par Leroux de Lincy, avec la date de 1595 est bien antérieure (1) : on la trouve avec l'air noté dans la première édition des Voix de mile, publiés par Chardavoine en 1576. C'est donc sous Henri III qu'elle a été composée, et on l'a ressuscitée pour Henry IV. Il y a en efifet quelques vers qui ont subi des changements. Dans la version de 1576 on lit :

Voicy des nymphes cent mille

A la file Qui sortent des eaux et des bois.

Et chantent toutes ensemble Le noble sang des Valoys.

Tandis que la version de 1595 dit :

Chantant toutes ensemble,

Ce me semble, Le noble sang Bourbonnois.

Dans es Voix de ville la pièce finit ainsi :

Nous sommes de ton lignage

L'héritage, Malgré les hommes meschans.

(1) Nous remarquerons une autre erreur de date dans les Chants historiques franrais de Leroux deLincy ; au vol.II, p. 27-2, la chanson du Franc archer a la date de 1562, tandis qu'elle est imprimée déjà dans rOd/;ecato« de Petrucci, 1502.

En 1595 on, lit

Nous sommes de ton lignage

L'héritage, Malgré l'Espagnol meschant.

C'était un passe-partont, comme on en a vn bien d'autres depuis.

Les compositeurs de musique, ainsi que nous le dirons plus amplement dans le chapitre des madrigaux , se gardaient bien denégliger les chants populaires. Dans l^Ballet de la rei}ie,l6S2, les airs de danse sont d'un lourd extrême pour des oreilles d'aujourd'hui, mais dès qu'on entend l'air de la Clochette à la fin de la première entrée, l'attention se réveille : c'est que cet air de la clochette est un ancien carillon :

îîrXxl'r

Si le peuple avait ses Voix de ville, airs des rues, les grands seigneurs et les grandes dames avaient leurs airs de cour, beaucoup plus guindés et beaucoup moins amusants.

L'air de Cette Anne si belle se trouve dans un recueil d'airs de cour, publié en 1615, par Pierre Ballard; on le cite parfois comme timbre de chanson. Son origine première est un ballet fait à l'occasion du mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche (1615). Guédron en fit la musique; quant aux paroles personne ne reconnaîtrait Malherbe dans ces vers de mirliton :

(1) L'air de la clochette a été utilisé dans ces derniers temps par des pianistes qui en ignoraient évidemment l'origine.

^zÉt

Cotte An - ne si bel - le. Qu'on van . te sj

fort,

Pour.qcjoy ne vient- el. le? Vraj.nient elle a tort.

Son Loiiys soupire Après ses appas, Que veut-elle dire De ne venir pas?

S'il ne la possède Il s'en va mourir, Donnons y remède, Allons la quérir.

Assemblons Marie, Ses yeux à vos yeux, Nostre bergerie N'en vaudra que mieux.

Hastons le voyage :

Le siècle doré En ce mariage Nous est asseuré.

A partir de Louis XIII, les noëls de cour ou vaiidemlles satin'ques abondent dans les recueils manuscrits. C'est en réalité la chronique scandaleuse rimée, couplets infâmes sur les rois, les reines, les princes, les princesses, sur Richelieu, Mazariu, Colbert, etc. Tous les grands noms de France y sont chansonnés. Ces pièces s'étendent parfois jusqu'à cent ou cent cinquante vers, dont le style est à la hauteur de la pensée, quoique certains poètes s'en soient mêlés, comme Blot par exemple. Cette littérature d'égout continue jusqu'à la révolution, la régence de Philippe d'Orléans lui ayant encore fourni un contingent volumineux.

Ou songeait d'autant moins à faire la recherche de ces col-

lections manuscrites pour les détruire, que tout grand seigneur un peu huppé possédait un recueil de ce genre, et que le comte de Maurepas, ministre sous Louis XV et sous Louis XVI^ avait fait faire à son usage un exemplaire des plus complets, qu'on peut voir à la Bibliothèque nationale.

A la date de 1617, on trouve le couplet suivant sur Concini, marquis d'Ancre , depuis maréchal de France ; la chronique scandaleuse prétendait que la reine lui avait accordé ses faveurs. Le roi Louis XIII le fit assassiner par Vitry, capitaine de ses gardes.

Sy h Reine al -loif a - vnir Un en.fant dans le ven .

fc-

-• — lâ tre, Il se.roif bien noir, Car il se.roil (VAn -

m # zat

rer 0 ffiie-ri . don des eue. ri . dons don.dai

ne, 0 gue-ri don des guo -r\ — dons don . don (1). La mort de Richelieu, 1642, fit éclore ces couplets :

Ri - che - lieu dans les en . fers, Fa . vo -

ry de Lu .ci - fer, Est dans ces lieux comme en

(1) Guéridon était un personnage imaginaire, un villageois parlant par distiques et par sentences ; soiivent répété dans les chansons, ce mot fut pris ensuite dans le sens de Vaudeville.

iË

Fran-ce, On le (r;ii - te d'E- mi . non- ce: Lam .

pons,. lam - pons.

cles<i lam

pons.

A la moitié du chemin Caron lui donna la main, Passant le plus grand monarque Qui fut jamais dans sa barque.

Lampons, etc.

D'Ancre, ce grand maréchal.

Dès qu'il vit le cardinal Tout aussitôt il s'écrie :

Chauffez-nous, je vous en prie.

Lampons, etc.

« Mais je ne vois point de Thou, Ah! saint Mars où estes-vous?

Vous estes en purgatoire, Et moy dans la fosse noire. »

Lampons, etc.

Les versiculets suivants furent faits sur Richelieu qui avait régné plus effectivement que le roi Louis XIII, de même que Mazarin durant la réofence d'Anne d'Autriche.

te

Veux - tu Sf

la dif - (é . ren . ce,

Qu'il > a do son E - ini . nen .ce A . vec le

dcffunct Car

di . nalV l.a ré.ponse en est

lou . (e près . te IJiin «on .dm . soit >oii

ts^-^

Et laii-tre montoit sur sa bes

te.

En 1643 , le prince de Condé, descendant le Rhône par une pluie battante, improvisa le couplet qu'on va lire; sou compagnon de voyage, M. de la Moussaye, homme d'esprit, riposta immédiatement par une seconde strophe :

Ca rus a

eus Mu-sae . us

ah bo- ne

us, quod tem . pus! Lan - de.

ret

te.

Imbr

mus

pe - ri - tu - ri,

Lan-de.ri . n.

Securse sunt nostrïe vitiB Sumus enim Sodomitfe

Landerirette, Igné tantum perituri,

Landeriri.

En 1648 mais surtout en l'année 1649 ce fut une véritable inondation de Mazarinades^ ou en a compté plusieurs milliers ; voici deux ou trois des plus douces, la plupart d'entre elles sont trop salées et trop poivrées pour que nous puissions les citer :

AIR DES ENFARINES.

(«iyn(i car. di . nal, que la for . (u - nt- Qui te .lève

j-j-r-Tr^^^i^^^i J J J J

en un si haut rang. Ne le fasse ou.bli . er ton

^ ^-li^'l^

sang Et que tu es de la Com . mu .ne; Car on sait

f^^Ff

fort bien dans ces lieux Quel le peut ê . tre ta fa

mil - le, Car on sait fort bien dans ces

lieux Quel est ton père et tes aV . -eux.

Fais en sorte qu'il te souvienne Qu'un Italien comme toi (1) Dans la minorité d'un roi, Après avoir bien fait des siennes, Fut enfin, par revers du sort, Quoique favori de la Eeine, Fut enfin, par revers du sort, Justement puni de la mort.

Sur l'AIR des TRIOLETS

^ ér

Il faut chas- ser le Ma. za . rin Qui vo - le

tout l'or de la Fr

ce,

Fut - il plus

(1) Concùii, maréchal d'Ancre.

■il

mi

fort, fût -il plus fin, Il faut chas . ser le Ma.za

J ^ fj J' I J J' n 1 1 1 j j [

rin Qu'il re . tour- ne de - là Tu- rin, Pour è . Ire

plus en as- su. ran . ce: Il faut chas - ser le Ma-za.

- fin, Qui vo. le tout l'or de la

Sur l'AIR ,lo JOCONDE

Ki . che - lieu Ma. za.rin, Fleu . ry, Mé.de.cins

em.pi. ri . ques, De plu. sieurs maux nous ont gué

ff j.j'j J|p.p ,^^^^IP r r

ri Par di-ver sespra.ti . ques: Ri.che-lieu saignait Man.cî-

-ni. Purgeait par ex. cel.Ien . ce, M;iis à la

lî*^

diè.'te ce . lui - ci Bornait son or. don.nan . ce.

Parmi ces grivoiseries plus on moins spirituelles, on trouve quelques chansons sur Lully, entre autres celle-ci, datée de 1662:

En grand fu - reur la Chan.ce. lie - re Uil à Lui.

ly un jour: Ne fait, tes plus l'a - mour

^IJ JUr rl^.

Comme la Les.di . guiè. res. Et craignez les gar

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