‹ La chanson populaireChapitre 40 sur 50 · CHANTS GUERRIERS, NATIONAUX ET PATRIOTIQUES. — LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHANTS GUERRIERS, NATIONAUX ET PATRIOTIQUES. — LA RÉVOLUTION

La plus ancienne forme de la chanson guerrière a été le hardit, déjà cité par Tacite, mais dont il ne nous reste rien d'authentique.

Si les historiens ne nous le confirmaient, il serait moralement certain que dans les temps les plus reculés , l'engagement des combattants avait lieu au milieu des cris, des hurlements, des vociférations, et non par un chant rythmé régulier, entonné par la troupe des guerriers.

Le soi-disant hymne patriotique légendaire de la France, la Chanson de Roland, n'a probablement jamais existé, du moins on ne possède sous ce titre qu'une chanson de geste de plusieurs milliers de vers (1). Lerecueil formé par les ordres de Oharlemagne renfermait-il une chanson de Roland? On l'ignore. Nous ne savons même pas si ce recueil se composait de chansons de geste ou de chansons en langue vulgaire. Les paroles d'Eginhard semblent plutôt désigner des poèmes : Barbara et antiquissima carmina, qiiibus teterum regum actus et bella canebantur, scrlpsit memoriœque commandavit (2).

Ou a le droit de supposer que nombre de chansons guerrières

(1) Burney, dans son histoire de la musique, émet l'opinion que la chanson de V Homme armé aurait pu être le thème original de la chanson de Roland.

(2) Nous ne parlons pas de la chanson apocryphe de Roland, faite par le marquis de Paulmy vers la fin du siècle dernier, donnée de confiance par de La Borde, et reproduite naïvement depuis par plusieurs écrivains, peu familiers avec la musique ancienne. Une chanson de Roland curieuse est celle donnée par Chappell dans le premier volume de sa Popular Music, page 7, d'après Croth, quoiqu'elle ne soit certainement pas de 106G, ce qui est bien aussi l'avis de Chappell. On peut voir aussi la-dessus les notes du même auteur, vol. II, page 7G4,

ont dû être prodnites par les soldats Gaulois et les Francs, célébrant la gloire et la vaillance de leurs capitaines, ou rappelant les victoires remportées par leurs ancêtres (1).

Le vin des Gaulois et la danse de l'cpée, en dialecte de Cornouailles, cité par M. de la Villemarqué, malheureusement sans la musique , a une couleur assez sauvage pour être du sixième siècle ; ce qui suit n'est qu'une traduction, bien entendu :

Mieux vaut vin blanc de raisin que de mûre!

Vin blanc et sang rouge et sang gras, Vin blanc et sang rouge !

C'est le sang des Gaulois qui coule,

Le sang des Gaulois ! J'ai bu sang et vin dans la mêlée terrible,

J'ai bu sang et vin !

Sang et vin et danse, à toi, soleil !

Sang et vin et danse !

Nous sommes trop éloigné de ces époques, pour nous rendre compte bien exactement de ce qui pouvait enthousiasmer les masses au sixième et au septième siècle.

Le chant de la première croisade, cité dans l'Introduction, n'est certainement pas un chant guerrier, mais plutôt nue Invocation composée par quelque moine. Quant au fragment reproduit par E. de Coussemaker, dans son Histoire de l'harmonie au moyen ngej et que Hildegaire (neuvième siècle) cite comme ayant été chanté et dansé par les femmes qui battaient des mains :

De Chlotario est canere rege Francorum,

Qui ivit pugnare in gentem Saxonum

Quam graviter provenisset missis Saxonum,

Si non fuisset inclytus Faro de gente Burgundiorum, etc.

(1) Les historiens allemands attribuent à Henri le Lion, mort en 1195 ce mot : « le chant est l'aiguillon des combats. »

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c'est bien plutôt un récit historique qu'une cliauson, et nous sommes d'avis avec E. de Coussemaker, que ce n'est point là la forme de la chanson originale. Toutes ces improvisatious de soldats aventuriers, de reistres, de soudarts, etc., dont nous possédons un nombre assez considérable de pièces, sont des chansons historiques, dont aucune n'a jamais été adoptée et popularisée comme chaut patriotique français. Ces pièces de circonstance surgissaient à chaque combat, comme à chaque bataille gagnée : par exemple, aucune d'entre elles n'a la brièveté de la Casquette du père Bugeaud, improvisée par nos soldats sur la sonnerie des clairons, lors de la i^rise de la Smala d'Abd-el-Kader.

Si nous ne pouvons citer aucun chant patriotique français ancien, il en est ainsi pour les autres nations de l'Europe ; il est même à remarquer que les chants nationaux des peuples civilisés sont tous relativement modernes.

Le God sai'e the king anglais, après bien des contestations, est finalement attribué à Henri Carrey, qui s'est suicidé en 1743.

Le Rakotzy a été fait en l'honneur du patriote hongrois qui mourut en 172.5. D'après une note allemande, le thème de cette marche n'aurait va le jour que vers la fin du dix-huitième siècle, en souvenir du prince Ragoczj^ (1).

(l)Les Hongrois avaient (ou ont peut-être encore) un petit hautbois d'un son très perçant, appelé fifre de Ragoczy {Raijoczy Pfeife), instrument avec lequel on appelait le peuple aux armes. On peut voir quelques anecdotes sur Eagoczy dans les Pihces intéressantes et peu connues (par de la Place), t. V, p. 351.

Ici se place la Marseillaisej en tête de laquelle l'autenr inscrivit la note suivante^ quand il publia ses Chant'^ français: (1)

c( Je fis les paroles et l'air de ce chant à Strasbourg, dans la nuit qui suivit la proclamation de la guerre, fin d'avril 1792; intitulé d'abord Chant de l'armée du Rhin, il parvint à Marseille par la voie d'un journal constitutionnel, rédigé sous les auspices de l'illustre et malheureux Dietrich. Lorsqu'il fit son explosion quelques mois après, j'étais errant en Alsace, sous le poids d'une destitution encourue à Huningue, i30ur avoir refusé d'adhérer à la catastrophe du 10 août, et poursuivi par la proscription immédiate qui, l'année suivante, dès le commencement de la Terreur, me jeta dans les prisons de Robespierre, d'où je ne sortis qu'après le 9 thermidor (2). »

On connaît les paroles de Klopstock, s'adressant à Rouget de risle : « Vous êtes un homme redoutable, vous avez renversé plus de cinquante mille Allemands. »

Le grand Joseph Haydn dota son payp, l'Autriche, d'un hymne national en 1797 (3).

(1) h(i chants ffanqais mis en musique par Rouget de Lisîe. Paris, chez V auteur, 21,2^0.8sage Saunier. Une seconde édition publiée par Maurice Schlesinger ne renferme que 48 chants français.

Rouget de Lisle a composé la Marseillaise sur son violon ; il en jouait bien ou mal, nous l'ignorons ; voici à ce sujet une lettre inédite, adressée à Pleyel : ce Dej^uis que tu m'as promis un autre violon, mon cher ami, je ne rêve plus que duos : on devient bête à la campagne, et j'y aurai moins de peine qu'un autre. Si tu ne m'as pas oublié fais-moi le plaisir de remettre au porteur l'instrument que tu me destines. S'il n'est pas prêt, dis à mon liomme quand il pourra l'aller prendre. Sois sûr que j'en aurai le jîlus grand soin. »

« Adieu, j'ai quelque espérance de te placer un piano à tambourin, J. R. de Lisle, aux Thermes, vendredi 6 mai. »

(2) Nous ne perdrons pas notre temps à citer les nombreuses protestations et prétentions relatives à la paternité musicale de la Marseillaise. Il vient d'en éclore une nouvelle : Le chant de la Marseillaise, son véritable auteur, par Arthur Loth, 188G. Cette fois, c'est au moins un Français, M. Grisou de St-Omer, qui aurait fait une Esther renfermant la Marseillaise.

(o) Ce thème, comme on sait, a été utilisé par l'auteur dans l'im de ses quatuors, à moins cependant qu'il n'ait vu le jour dans le quatuor avant de recevoir des paroles.

Gott cr - hal . te Franz den K;ii ser, Un^sern Lan . ge le - be Franz der Kai ser In des

gii - (en Kai- sit Franz; Glû-kcs liells-tem Glanz;

Ihm c!

blù . h en I. or. béer

Uei - ser, Wo er geht zum Eh . ren Kranz! Gott er.

hal-te,Goft er- hal te un- sern gu ten Kai- ser Franz!

Traduction. — Dieu conserve l'empereur, notre bon empereur François, et lui donne longue vie ; les lauriers fleurissent pour lui partout où il marche. Dieu conserve notre bon empereur François.

M. Tapperta découvert dans un Processioual de Prague, quatorzième siècle, la phrase suivante :

gdalena)^J J J J f^ ^

(Mi

hï est

spes

nie

Campenhout, un Belge, composa en 1830 la Bmhanconm , devenue le chant national de la Belgique :

#-ri:r^^Ti:f^^r^ir uuît

(1) Les quatre premières notes sont les mêmes que dans Gaudinette, Toy. p. 8'2 .

LA CHANSOX POPULAIRE.

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Ce n'est également que depuis 1830 que la Russie a son hymne national, composé par Alexis Lvoff.

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