‹ La chanvriere: comedie en trois actesChapitre 28 sur 38 · SCÈNE IL Les Mêmes, FRUCTUEUX · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Les Mêmes, FRUCTUEUX

FRUCTUEUX, paraissant à gauche. [Il est étrangement habillé, moitié comme un paysan et moitié comme un bourgeois, coiffé d'un chapeau de paille à larges bords et chaussé de souliers vernis. Sur son habit bleu à boutons d'or est suspendu un carnier de grosse toile, etc.) Ma cousine et monsieur le baron, la compagnie , c'est pour vous dire que monsieur le maire est en bas.

LE BARON. Veribois! lui!

FRUCTUEUX. Et qu'il m'a dit, en venant, de vous dire, qu'il venait vous dire. .. de venir... c'est-à-dire, monsieur le baron, qu'il vous invoque à une partie de billard.

HORTENSE, CM ^arow. Irez- VOUS?

LE BARON, il se lève. Certainement!... J'y vais!...*

FRUCTUEUX. Et même qu'il joue avec soimême en vousaiten iant.

HORTENSE, au Baron. Vous savez cependant que nous sommes à 'a veil e de Noël... Me fer< z-vous la grâce de m'accompagner à la messe de minuit?

LE BARON, oh ! nous verrons! Nous allons voir. . .

FRUCTUEUX. Il commence à tomber de la neige. .. que j'en ai déjà mes escarpins trempés!

LE BARON. Ce pauvre Fructueux, je lai vu tantôt, en habit de mal et en souliers vernis ; il promenait gravement sa vache Catheau...

FRUCTUEUX. Dame! monsieur le baron, ça aime l'air, les bestiaux, comme vous et moi; et l'hiver, quand le temps le permet... après ça, si je promène ma vache en habit cérémonieux et en chaussures lui>antes, c'est que je n'ai pas même di quoi acheter une blouse et dessabois ! Ma cousine ne veut rien me donner pour ça... Et elle ne veut pas que je travaille! J'ai une maison à moi, et elle aime mieux que ça ne me rapporte rien que de. ..

HORTENSE, l'interrompant. Comment astu racheté Catheau, alors ?

FRUCTUEUX. Avec mes économies... [à part) et celles de Rose !

LE BARON, lui donnant de Vargent. Eh bien ! tiens, Fructeux, voilà de quoi t'acheter des habits à ton goût, mon garçon !

FRUCTUEUX. Ah ! merci bien, monsieur le baron ! Crédié I voilà un trait à la Napoléon ! C*est que, voyez-vous... j*ai mis dans mon idée de rentrer dans ma vie de paysan, et je

^ Le Baron, Fructueux, Horteosç.

veux me désaccoutumer au plus tôt de toutes vos manières de bourgeois, et de vos habits, et de vos. ..

LE BARON, lui frappant sur Vépaule. Tu es un brave garçon, Fructueux !

HORTENSE. En voilà assez !* Monsieur le baron, voire cher magistrat vous attend, il va croire queje vous retiens... n'augmentez pas, je vous prie, la rancune qu'il me garde.

LE BARON. Je descends; au revoir, Fructueux.

FRUCTUEUX. Au revoir, monsieur le baron. ( Le Baron lui tend la main, puis passe devant Horlense sans lui rien dire.)

HORTENSE , comme pour le rappeler.

Georges !

LE BARON, .se retournant et froidement.

Qu'est-ce ?

HORTENSE. Rien ! [Le Baron sort par la gauche, ueuxiéme plan.)

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