HORTENSE, FRUCTUEUX
HORTENSE, à port, en tombant assise à gauche, près du bureau. Ah ! mon règne est fini. {Elle s'arrête à rêver.)
FRUCrui£U.x. Mon Dieu ! mon Dieu ! je vas donc r' a voir une blouse sur mes épaules ! j' vas donc sentir mes pauvres pieds dans des sabots ! je vas-t'y respirer, mon Dieu! {Appelant.) Cousin^!... {Plus fort.) Cousine! {Hortense le regarde.) Crjyez-vous que la mère Druon soye couchée ?
HORTENSE. Pourquoi?
FRUCTUEUX. C'est qu'elle vend des blouses. . . ei j'irais me faire beau toutde suite, moi!
HORTENSIA. Pauvre Fructueux!... [Se lovant.) Dis-moi, tu n'as jamais enlendu dire qu'on ait revu dans le pays ce fils du baron, ce mauvais sujet...
FRUCTUEUX, avec un peu d'embarras. Lui I ce... voas voulez dire... ah ! oui... Non ! on ne l'a pas re\u !...
HORTENSE, rentrant dans sa pensée. Ce n'est donc p. s une inîluence qu'il subit I Allons! allons ! il faut abdiquer, car j'ai beau faire î je sens bien (|ue je serais plus heureuse avec Fructueux pour mari. .. [Avec douceur.) Frurlucux ! voiià longtemps que tu ne m'as parié de ton amour !
FRUCTUKUX. avec transport. Ah I Catherine !.. . {S' arrêtant brusquement et à part.) J'allais-i-y être bête I...
HORTENSE. Eh ! bien ?
FRUCTUEUX , tranquillement. Je ne vous ai plus rien dit d'amoureux, parce queje... je n'avais plus rien à vous dire.
HORTENSE. Comment?
FRUCTUEUX, cherchant ses mots. Dame î écoutez donc, tout s'use a la fin ! Et d'ail-
* Le Baron, Hoiteose, Fructueux.
leurs, j'ai bi^^n vu que je ne serais jamais votre affairo. Vous \oulez l'rtre une îÇ'aiule dame (tvous le scrrz, un jour ou l'autre, n'importe commeni ! ftloi, j'ai mes goûts que vous savez ; et, comme il m'est i ien plus aisé de les contenter, eux, que de contenter les vôtres...
HORTENSE, blessée. Et qui aimcz-vousraainteni^ni ? Serait-ce. . . la clianvricre ?
FRtCTUKUx. Eli ben, oui, la chanvrière !
HOaTE^sE, à elh-nième et en marchant à pas m<cadés. Quoi! il ne me resterait pas même... lui ! un ami d'enfapce ! lui ! que je croyais à moi ! que j'aime maUré moi !
FRUCTUEUX, à jxirt, Crédié I la v'ia-t-y inie'lo(|uér; bigr«i ! la (ihante-Toujours m'avait cousciilc bellement.
HOUTENSK. Fructueux I
rRUCTUEL'X. Caiheiiue !
HORiENSF.. parlant comme une paysanne et sapui/ani dea deux mains à l'êpatile de Fructueux. T'-ouviens-ruqued' noi' temps, la veille d' la iNoël, au soir, av.mt la messt-, on buvait toujours uue goutte d'anis en dépicbant une flamique ?
FRUCTUi'LX. Ail ! grande coquette, si je m'en souviens! queu gai usomeii' qu' c'était donc ! (Hortense emidit deux verres de liqueur.)
lîOHTENSE. Va d' 1'; uis, mon petiot t Y n* mauqu' qi e la flamiquo. ..
FiUCTUEUX. Y uiauque aut' chose , oublieuse qu^^ t'es 1 Y manque tn lin cœur de ce temps-! à !
HOiiTENSE. Et r lien d' même, pis qu' t'aime la Rose I
FRUCTUEUX. Moi !
IioKTENSE. Oui, toi ! [Le rrgardant doucement.) Ose donc dire on brin qu' tu n' l'aimes point, et que tu ne la préfères point à la pauv' Catherine, même qu.ind Catherine veut r parer Ja peine qu'a t'a faite et d'venir ta femme .. dès que tu voudras.
FRUC t UEUX. Catliei iue I Catherine, vous n' vous fi hez f«oint d' moi?
HORTENSE. J* paile franc, mais si tu ne m'aimes pis ..
FRUCTUEUX. Ah ! taisez- vous I laissez-moi tranquille! allez- vousen! Non, *je veux dire... quoi 1 vous, ma T-mme !
HORTENSE. Oui, Fructueux, nous seronsfermiers, lu m'aimeras bienei came consolera.
FKUCTLEUX. Et avec ça , (Jatheau ! les champs I le grand air I des blouses bien larges et...
HORTENSE. Pourquoi donc disais-lu ne plus m'aimer ?
FRUCTUEUX, s arrêtant et à part. Ne ven-
' Fructueuï, Hortense.
LA CHAKVRIÈRE.
dons pas la Chante -Toujours I [Haut,] Par
HORTENSE. Comment?
FRUCTUEUX. Il y a quinze jours, est-ce que vou^ n avez pas reçu dans votre chambre un hom.ue que la nuit qu'il faisait a empêché de reconnaître ! Et même, comme le baron pouvait le voir en remontant ici, ne l'avczvous pas fait cacher un instant là, sur la terra>se, où je VA vu, n)oi, du dehors !...
HORTENSE. C'était Carpentier. ..J'avais mes raisons pair n'être point vue allant chez lui, et j'avais à lui parler secrètement de mes iolérêis. ..
FRUCTUEUX, dont le front se rembrunit.
Vos intérêts. ..
HOUTi NSE. Je te comprends, Fructueux ; mais, sois iranquillj; mmi plan est honnête : ma retraite sera honorable.
FRUCTUEix. Mais... si le baron ébloui veut ^ous r'tenir?
HORiENSE s il veut me retenir?... (Un peu d' hésitation.) Allons! [Elle continue de lui parler bas. Enlne de Galoubet par la gauche j il porte son fusil en bandoulière.)