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CHAPITRE XIY

Un fait considérable de cette époque^ c est l'effort tenté par le gouvernement pour rendre la vie à Tagri* culture. Les déclarations royales qui se succèdent avec rapidité^ les unes générales^ les autres particulières à telle on telle province, ne marchandent pas les encouragements à ceux qui s occupent à défricher les broussailles et à les mettre en valeur^ de quelque manière que ce soit. On accorde aux grandes compagnies des subventions, des privilèges sans nombre; aux cultivateurs^ lexemption de la taille d^exploitation et Faffrancliissement de la dîme pour un certain nombre d^années; on abolit les contraintes solidaires usitées jusqu^alors contre les principaux habitants des paroisses pour le paiement des impositions ro^aies^ quand les collecteurs ne payaient pas ; on supprime le droit de parcours, et les propriétaires peuvent clore leurs héritages de murs, de haies vives ou de fossés ; on supprime le droit de main-morte et de servitude dans ' les domaines du roi et dans ceux tenus par engagement^ on décrète l'extinction générale du droit de sui-

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te qui voulait que quand ua taiiiable sortait d une élection pour aller demeurer dans une autre, il fût encore taillable dans la paroisse qu'il quittait pendant trois^ cinq ou dix anSj 8elon qu'il allait habiter une ?ii]e franche ou une ville tarifée. Les bras manquent^ on cherche à retenir par des dons^ par des concessions de terrains les familles prêtes à s'expatrier; on multi* plie les exemptions de la milice en faveur des laboureurs qui ont une exploitation un peu étendue; on dresse les règlements de police les plus sévè* res contre la mendicité et le vagabondage; on assure au bout de six ans la qualité de sujets français et les droits qui en découlent aux étrangers qui viennent se livrer aux travaux des défrichements, soit comme entrepreneurs, soit comme fermiers ou simples journaliers. L'entrais manque, on accorde aux riverains des côtes maritimes la liberté de cueillir et de ramasser le varech ; des livres répandus par les ordres du ministère apprennent les moyens d'améliorer les prairies sans engrais, de multiplier les fumiers, de défricher à peu de frais et de tirer promptement du proût des terres défrichées. Le commerce rural est étouffé, on permet la libre exportation des grains, des eaux-de-vie et des vins ; on crée des entrepôts , de nouveaux ports ; on aiguillonne sans relâche l'industrie, on établit des éeoles vétérinaires, on supprime Timpôt par tête des bêtes à laine; on restreint les drdts de traite vive; on invite les particuliers à faire Tessai en grand de la culture de certaines plantes, du lin et surtout de la garance qui était autrefois

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d*un produit considérable pour le royaume et dont

le commerce appartenait maintenant presque exclusivement aux Hollandais qui la vendaient fort cher à nos manufactures^ et on en distribue des graines que Ton fait venir à grands; irais de Smyrne. Enfin les agronomes, hommes de pratique ou théoriciens, qui vivaient ignorés, inconnus les uns aux autres dans leur province, au fond de la campagne, on s attache à les rapprocher, à les grouper^ on les met eh contact, on stimule leur activité, leur amour pour le bien public par la fondation des journaux agricoles et rétablissement des sociétés d'agriculture.

Dès 1760, les sociétés d* Agriculture sont instituées dans la généralité de Paris et de Tours. En 1761 , six autres arrêts du conseil d'État ordonnent l'établissement de pareilles sociétés dans les généralités de Lyon, d*Orléans, d'Auvergne, de Rouen, de Soissons et de Limoges. Le but de ces sociétés fut surtout d indiquer ' les procédés de culture en usage dans chaque province, de réj)andre partouL ceux qui pourraient être ou plus utiles ou sujets à moins d^inconvénients; d'assujettir les cultivateurs aux nouvelles méthodes en leur en expliquant les raisons et les effets, et d'exciter l'émulation de tous par des récompenses publiques, des distributions de prix, des concours, des expositions, des secours, des gratiiications, des subventions. Mais pour que ce but fut atteint, pour que les progrès réalisés par une société ne fussent point bornés au lieu de sa résidence, il fallait relier ensemble ces associations diverses, il &llait les &ire converger vers un seul point qui

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pût refléter dans la France entière les travaux de

chaque province. La Gazette du Commerce (1763) prit cette initiative. Déjà chaque société d'une généralité se décomposait en plusieurs bureaux épars qui relevaient du bureau central. C est ainsi que pour ie Limousin il y avait un bureau à Angouléme et un bureau à Brives qui correspondaient avec le bureau ceiUial de J.iiiiages. La Gazette du Commerce eut pour objet de réunir en un seul faisceau tous les bureaux de France et d'en être le moniteur. Libérale dès ses débuts, elle se prononce ouvertement pour la liberté commerciale, elle répand des principes nouveaux d'économie politique, elle publie avec uue grande impartialité et une grande indépendance les mémoires qui lui arrivent des provinces, elle se crée de tous côtés des correspondants qui la tiennent au courant du mouvement qui s'opère dans les campagnes. Il est à regretter que beaucoup de ces correspondants, soit par timidité, soit pour d'autres raisons cachées, aient cru devoir garder Fanonyme comme en Poitou et en Aunis. Leurs lettres y perdent cette saveur de vérité, cette force de persuasion que donne une ' signature à la parole écrite. Dans la généralité de Limoges, les noms de Tieiihard et de Cabanis, père, pour Brives; de Montalembert de Gers et de Munier pour Ângoulème y apparaissent très fréquemment.

De Montalembert de Cers, major et commandant du château d 'Ângoulème, était directeur du bureau d'agriculture de cette ville. Semi-libéral, semi-féodal, emporté vers les idées nouvelles en même temps retenu par les idées anciennes, il est un de ces types que Ton

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renconU'e à chaque insUmt dans cette époque de tranftitioD. Il représente dans TAngoumois cette noblesse intelligente qui, par le raisonnement^ par un sentiment d'équité^ se trouve entraînée vers les réformes sociales et que des préjugés de naissance et d'éducation enchaînent forcément à la routine. Il sent que le prodocteur est tout, il se rallie à lui, et il le défend avec véhémence contre les marchands et les accapareurs : « C'est de notre concert^ écrit-il^ que doit résulter Tutilité générale. » Mais retenu malgré lui par des liens qu'il ne saurait briser^ excité peut-être par les prérogatives auxquelles il tient de race^ il ne peut être logique jusqu'au bout. Parle-t-on d*abolir les droits de champart^ de dîme, de mouture , de fournage, ou k retrait féodal qui &cilite laccroissement des grands dofuaines aux dépens de ceux du paysan ; il se dresse contre Tattaque et se fait à outrance le champion de la féodalité. En lui pourtant, c*est moins l'intérêt que iorgueil qui parle haut. Quoiqu'il en soit^ on ne saurait trop remercier de tels hommes qui ont été comme les pionniers du grand mouvement libéral qui emportait la société à la rénova* tbn*

Nous l'avons dit^ dès la fin de la première année^ la Gastette du Commerce avait pris une teinte politique^ et peut-être, contre son gré, avait-elle subi Tinfluence d'hommes comme Treilhard qui dévoilait en public et marquait au fer rouge les abus féodaux de quelque nature qu'ils fussent, et anticipait sur les événements ftiturs en réclamant des réformes rachcales , immédia-

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tes. Pâriniles correspondants courageux quiadressamt

à la Gazette des articles empreints de la plus généreuse indignation contre les privilèges^ lois^ coutumes ou règlements arbitraires, il faut citer celui du Poitou, — surtout celui de 1773 — auquel heu n'échappe de ce qui révolte le sens commun et de ce qui porte atteinte aux principes de justice ou de liberté. 11 y a en lui du révolutionnaire dans la noble acception du mot; «es lettres exhalent le cri d'une grande àme et d'un esprit solide. Est-ce Dumoustier de Lafond? Est-ce Jouyneau- Desloges? Est-ce Ingrand, Thibeaudeau, ou bien Creuté de Lalouche? Q)iielqii'il soit^ saluons-le.

Le gouvernement s'émut de cet impétueux mouvement qu'il n'avait pas prévu, et, dés 1765, M. Bertin, ministre d'Etat, avertitofficiellement les sociétés d avoir à éviter les questions étrangères à l'agriculture. Ces questions, ajoute-t-il, ont produit quelquefois des dissertations très bien faites, mais académiques et tenant plutôt aux lettres qu'à ragriculture. Ne penseriez-vous pas, coutimie le ministre, qu'il y aurait un tenue au delà duquel les sociétés se prescriraient à eliesHuêmes de ne pas s*étendre.

De cette ciicuiaue ministéheile que Ton croirait avoir été conçue de notre temps^ il résulta un changement complet de direction dans les comptes-rendus des sociétés provinciales d'agriculture et aussi dans la rédaction de la Gaiette du commerce. Loin de prendre l'initiative comme elle l'avait fait jusqu'alors, ce journal n'eut plus que le droit d'indiquer des remèdes aux plaies sociales^ sans en scruter les sympt6mes> sans

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en sonder les causes premières. Aussi, en 17f>6, la Gazette du Commerce ne présente-t^elie plus ni caractère humanitaire, ni caractère politique; e^est à peine une revue d'économie agricole, proii&e et futile. Son seul mérite est de maintenir encore parmi les sociétés rélan vigoureux qu'elle leur avait imprimé tout d abord. Sans diriger, elle sert encore de point de ralliement; mais la vitalité lui faisant défaut, les sociétés de province s'éteignaient une à une et seules, celles de Tours^ de Paris, de Metz et de Lyon, pleines de bon vouloir, allaient droit leur chemin, selon leurs aspirations et leurs convictions^ sans sUnquieter du ministre en vogue.

En 1769, la Gazette du Commerce ^ usée par Tineilie, change tout à coup de nom et devient la Gazette de VAgricaUure. Les ministres lassés, à bout d expédients, ne sachant leur voie, lui avaient sans doute lâché la bride, car on la voit reprendre aussitôt le caractère de libéralisme bien tranché qu*elle avait affiché dès ses débuts et poursuivre avec ardeur ses errements de 1 764. Sa rédaction est même peut-être plus frondeuse, plus iiardie qu'alors. Ce ne sont pas des enquêtes, des expériences, des tentatives qu'elle demande à Tinitiartive privée, ce sont des réformes qu'elle réclame de Tadministration elle-même. Ses articles soulèvent des questions de principe qui doivent plus tard devenir l'essence de la révolution. Elle ne craint pas d'aflicher ce sentiment du droit et de 1 égalité qui sera la base de la société nouvelle.

Après quelques années, usée à son tour, elle est

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obligée de pilier les articles des feuilles provinciales et surtout les affidies du Poitou^ et bientôt, comme sa devancière, elle meurt d* inertie. En 1783, ce n'était plus qu^un bulletin de commerce rempli de monotones et infiructueuses digressions sur l'agriculture.

Quelqu'ait été son destin, cotte icuille a parcouru une noble et généreuse carrière^ et à ce titre le gouvernement qui l'a soutenue a droit à notre reconnaissance. 11 avait donné à la France une force vive, qui durant près de trente années d'épreuves sans pareil les> réveillait dans les recoins les plus ignorés de nos provinces un mouvement que depuis on n'a pas su dépasser. C'est d'elle que sont sorties ces feuilles provinciales^ les éphémérides de Limoges, le journal de Sain Longe, les affjches de Lyon^ de Nantes^ de Bordeaux, de Poitiers, d^Orléans, de Normandie^ dé Marseille, de La Rochelle^ qui, mêlées d histoire, de morale, de littérature, d'actualités, de réflexions sur la jurisprudence, sur les différentes parties de réconomie politique et rurale, préparèrent le peuple à la révolution imminente qui couvait sourdement; qui surent, malgré mille obstacles, malgré la lamine et la misère, resserrer les liens de fraternité entre les populations et donner aux idées nouvelles des hommes tout armés pour les feire triompher.

£n 1770, la société d agriculture de Brives, stimulée par Treilhard et M. de Cabanis, tenait régulièrement des séances publiques, fondait une bibliothèque, cher-

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chait le moyen d'établir pour chaque année^ dans toutes ieâ paroisses^ des prix, que l'on adjugerait aux métayers qui auraient le mieux préparé les terres à recevoir les semences ) et, en dépit de roppositioïi tracassière de ces esprits vanil^x et meaquins qui se raidissent en tout temps contre le courant de la science, elle sUmpoeaît des sacrifices pour étendre et multiplier les écoles dans les villages* On objectait en vain « que, dans Tétat de choses actuel, il était nuisible que les paysans sussent lire^ écrire et ciiiffrer^ paice que tous ceux qui savaient lire et écrire étaient autant de sujets perdus pour l'agriculture, en devenant recors, sergents, huissiers, gardes des fermes ou enfin maîtres d'écoles dans leurs communes où, en formant des élèves qui leurressemblaîent, ils ne faisaient que perpétuer i ignorance et la iainéautise« >» M. de Cabanis, en indiquant les deux causes de la décadence des filatures et des bergeries limousines, « le défaut de ressources et le défaut de lumières », répondait énergiquement : il est du devoir de nos sociétés de faire disparaître ce dernier obstacle en même temps que le gouvernement s'occupe du soin de faire disparaître le premier. Ce n'est qu*en éclairant les pas du paysan qu on peut exiger de lui qu'il s engage dans la route qu'on lui propose. Sans les écoles de village, les sociétés d'agriculture sont presque entièrement inutiles, et les écoles vétérinaires qu'on ne peut trop encourager ne produiraient que la plus petite partie des bons eÛ'ets dont elles sont capables.

Le bureau de Limoges, sous l'impulsion féconde de Turgot qui iournissait, en partie, à ses dépenses, avait

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ouvert (les concourâ sur les questions d'agronomie les plug utiles à traiter. Un des prix les plus importants qu*il décerna fat remporté par M. de Saint-Péravy, de la société d agriculture d'Orléaus^ à propos d une question qui soulève encore une des sérieuses difficultés de

réconurni(^ sociale : quels sont les effets des impôts indi" recU sur les revenm des propriétaires des biens-fonds. Turgot ne dédaigna pas de &ire lui*mèmedes rapports détaillés sur les ouvrages remarquables des concurrents.

Un autre prix d*une yaleur de 600 livres fut proposé sur la manière f'estvner eaKbctement le revenu des biens^ fonds dans les différents genres de cuUure. Il ne fut pas adjugé, la société n'ayant pas trouvé que les écrivains concurrents eussent atteint le but.

Une médaille d W fut décernée à l'abbé Roziw pour la manière de brûler et de distiller les vins la plus avan^ tageuse.

Un prix consistant en une somme de 800 livres pour V Histoire du Charançon et les meilleurs moyens de le détruirey fut adjugé à M. Joyeuse, écrivain principal de la marine.

Un prix de même valeur fut accordé à un traité sur la comparaison de Vemfl&i des dhevaua> et de eehi des

boeufs dans la culture.

M. Legentil, prieur de Fontenet, à Montbard, obtuit un prix pour son travail sur les substances fossiles propres à suppléer la marne en Limousin,

Le départ de Turgot n'interrompit point les concours ; nombre de mémoires furent encore couronnés. Citons,

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en dernier lieu, une question sur les avantages ou les désavantages de Vincintration, amenée naturellement par la déclaration du roi qui ordonnait de transporter les cimetières iiors des villes.

Des dix sociétaiies qui eom]>osaienl le bureau d^Angoulème, M. Etienne Munier est le seul qui ait marqué sa trace. On peut dire de lui assurément qu'il résume dans sa carrière les élans, les idées et les travaux de notre ancienne société d^agriculture. 11 était ingénieur. 11 était né à Vesoul ; éta[)li dans notre ville, vers I 760, il ne la quitta que pendant quatre ans^ de 17-86 à 1790, ayant été appelé comme inspecteur en chef dans une des circonscriptions de Paris. Mous le retrouvons^ en 1812^ à Ângoulême^ sollicitant le rétablissement du bureau depuis longtemps disparu, et s'occupant^ malgré son extrême vieillesse, à publier ses observations sur les 'améliorations de Vagri^ culture dans le département de la Charente, opuscule qui présente avec autant de justesse que de netteté le tableau exact de nos progrès depuis quarante ans, tableau qu'il complète par ce mot tranquille : la révolution a &it du bien à ce pays.

C'est à M. Muuier que l'on a du les premières graines bien mures de topinambour qu on ait recueillies en France^ dans le dessein de renouveler cette plante que l'on ne propageait que par tubercules. C'est lui qui a dirigé^ exécuté les travaux d'embellissement de la ville d^Ângoulème, projetés par Tadministration du

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comte d'Artois, et qui on adressé les plans et les devis. Il avait été, en 1767, le concurrent de l'abbé Rozier pour le prix destiné au meilleur ouvrage sur la fabrication des eaux-de-yie, et leurs mémoires se trouvent imprimés dans un même volume, publié à Lyon en 1770. Trois aus après, il obtint un prix pour une machine à battre les grains, qu'il avait inventée, et il fut cité avec huiiiiL'ur pour son traité sur les brouettes qui servent aux travaux de l'agricuitui^. Noyé dans un torrent d affaires qu^il ne pouvait négliger, il trouve néanmoins le temps d envoyer des articles aux principaux journaux agricoles, d'entrer en correspondance suivie avec le bureau de Brives et d'appuyer les réclamations de Theilliard contre la répartition de la taille et la manière de percevoir la dime, dont la quotité formait au moins un quart, quelquefois le tiers du revenu réel que l'on pouvait tirer de la terre.

En 1779, il publia deux volumes sur l'Angoumois, essai d'une imthode générale propre à étendre les connaissances des voyageurs, livre d'une grande sincérité, dans lequel il se montre observateur attentif, bomnie de progrès et instruit, appliqué à introduire dans les procédés d^agricuiture des réformes appuyées sur Texpériénce qu il prend seule pour guide. La misère incurable^ l'égoïsmequi mine le royaume, rabaissement de tout un peuple, voilà le sentiment qui perce à chaque page et qui fait le profond intérêt de ce recueil. 11 s'y révèle une aspiration vivace, persévérante vers l'améliuration de nos institutions.

Munier s^éteignit à Angouléme, le 17 septembre

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1820, h l'Age de 90 ans. On a de lui encore : T Moy*

velle Géographie à Vusage des deux sexes, contenant un précis historique sur l origine des divers peuples. Paris^ 1804. 2 vol. in-8\ — 2'' Noiiee sur les brûleries du département de la Charente. Angoulême, 1816. In-go. — Notice sur la culture des pommes de terre. Angottlème, 1616. In-8^

I^es mémoires^ les prix^ les concours se succèdent. Loin de se confiner dans leurs bureaux et de se hox ner à la pure théorie^ en attaquant par leurs écrits soit la routine agricole, soit la routine politique, les sociétés d^agriculture vont au £ait, et quand elles ont dévoilé un abus^ loin de s^arrèter là, elles tâchent de le détruire^ elles agissent. Si elles commencent par fonder des prix^ dès qu elles ont une solution aux questions posées, elles s'obstinent à la faire prévaloir. Elles envoient note sur uote au gouvernement, et à force de ténacité, elles arrivent souvent à ce qu'elles ont souhaité. Le gouvernement obéré sent que c'est par le peuple^ par le producteur qu'il peut échapper à la banqueroute, au péril immînent; il le reconnaît, il le voit; effîrayé des tableaux sinistres <ue Ton met sous ses yeux^ sa préoccupation principal est d'entretenir l'abondance et le bas prix des grains , de répandre à foison des secours^ de glorifier Tagri*culture et do rdever une condition que la masse des nobles et des bourgeois semblait encore flétrir. Et eependant^ quelques ehaarités que Ton répande, la

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souC^rance locale a est pas adoucie ; quelques défiriehements que Ion fasse, les réeoltes diminuentd'aimée en année d'une manière sensible. La rareté des denrées s'accuse tous les jours par la hausse des prix. La liberté générale donnée au commerce des grains n'enrichit que les riches. Le pain manque^ et^ si Ton s'en rapporte aux calculs des économistes, pins d'un quart de la population doit s en passer. Un ya plus de proportion entre le prix des choses utiles à la vie de l'homme, blés ou marchsmdises quelconques^ et le salaire des ouvriers. 11 n*y a plus de proportion entre le nombre des cultivateurs et celui des consommateurs. La campagne se dépeuple sans cesse. En effet, pourquoi cultiver la terre. La terre ne nourrit plus celui qui la cultive. Amaigrie, privée d'engrais, elle ne donne chaque année qu une récolte insuflisanle à l'année, et les inondations, les sécheresses, les froids terribles qui se répètent sans relâche, détruisent jusqu'à ce dernier espoir. D'ailleurs, l impôt monte. Pourquoi cultiver? Le laboureur qui aura soigné son champ, sera puni par l'augmentation de sa taille ; il est un peu aisé, il paiera pour son voisin pauvre qui ne peut pas payer et pour son voisin riche qui est un noble, un privilégié. Ije fisc lui prendra ses deniers, le décimateur ses gerbes et sa vendange; l'huissier saisira le bétail et jusqu'aux solives et aux planches de sa maison. Le privilégié, il est un fléau pour le canton où il a du bien, il tue Tagriculture. Le besoin réduira bientôt le paysan surtaxé à lui vendre sun héritage; et lui qui est oisif à la ville, qui ne travaiile pas, qui n'est pas agriculteur, il achète

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successivement le patrimoine des malheureux et il forme ainsi des métairies d'une vaste étendue qui ne rapportent rien. Le métayer sans argent, mal payé, se faiiguera-t-il à améliorer un domaine qui n est plus le sien? Mieux vaut quitter le pays. Les familles disparaissent. Et dans le même temps nos papeteries ruinées, nos filatures grevées de droits énormes^ gênées par les bureaux des douanes intérieures, se ferment une à une^ laissant des milliers d'ouvriers sans aucune ressource. misère disperse au loin tout ce peuple avide de travail ; elle le jette dans les grandes villes où le commerce est du moins alimenté par le luxe; elle en fait des soldats, des matelots, des laquais, des terrassiers le long des grandes routes qu'on ouvre, et des bandits. La mortalité est grande parmi cette population qui souffre la faim. La misère croît toujours, et le nombre des en&nts trouvés suit les progrès de la misère. La royauté, à deux pas de la banqueroute, promet des reformes, réduit ses dépenses, supprime les receveurs des domaines, diminue le nombre des receveurs généraux, adopte des résolutions destinées à rétablir l'ordre dans la comptabilité, maiselle n'entend toucher ni au système des impositions ni à Tancien ordre social ; et avouant seulement un déficit de 112 millions, elle augmente Timpôt territorial d'un vingtième et présente Fimpôt du timbre qui frappe les afliches, les journaux, les papiers de musique, les lettres de voiture, les registres des négociants, les brevets, les certificats d'études, les quittances de rentes. Devant le danger qu'elle s'est créé à force d'abus

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et d'injustices^ en présence du mal^ qu'elle est impuissante à réparer^ on la voit céder aux obsessions d'un clergé rétrograde qui proteste formellement contre l'application des vingtièmes aux possessions ecclésiastiques, renouveler les édits de Louis XIV et de Louis XV en sa faveur^ et proroger même pour les provinces données en apanage les surséances accordées en 1770, qui le dispensaient de fournir et le dénombrement de ses biens et Tétat de ses revenus. On la voit, troublée et irrésolue, passer tout-à-coup de la timidité à la violence, irriter les plaies par des mesures extrêmes, signer des lettres de cachet contre les membres du parlement qui se refusent h enregistrer tout impôt qu'il n'ait été consenti auparavant pai* les états généraux dont la convocation est devenue nécessai^ re ; puis bouleverser la hiérarchie des différents tribunaux du royaume par la formation des grands bailliages, frapper d'interdiction toutes les sénéchaussées ; exiler et emprisonner les gentilshommes et les conseillers qui prêtent leur appui au parlement, et livrer enfin la nation au despotisme ministériel en établissant une cour plénière, cour suprême exhumée du moyen ftge et chargée uniquement de Tenregistrement des lois et des impôts. A ce dernier édit, Tindignation éclate, la bourgeoisie a les armes à la main et donne Texemple de l'insurrection. Le peuple exténué, immolé aux courtisans, harcelé par le froid «t la fidm, se soulève et revendique aussi ses droits à la libel lé politique. Le sani; coule. Le gouvernement, sans impôts, sans emprunts, se trouve obligé de sus-

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pendre le paiement des bons du trésoi*, et force lui est de rappeler le parlement et de eonvoquer les états généraux.

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