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d'iiomtnc à hoininc. Et il est à remarquer que le» périodes les plus brillantes de la civilisation païenne ne nous apparaissent nullement comme les plus humaines. Les héros de l'Odyssée sont môme assurément plus pitoyables, plus accueillants pour les malheureux, plus charitables en un mot, que les Grecs du temps dî Pcriclès, ou les Romains du temps de Cicéron ou d'Auguste. Le sort des esclaves était à bien des égards moins dur en ces âges lointains (i).
Faut-il rappeler le dédain d'un Platon cl d'un Aristôle dans leurs jugements sur l'humanité ? Pratiquement leurs théories s'accordent assez bien avec la céalité. L'esclave, l'enfant, le iaiblc sont sacrifiés dan» leurs livres comme dans la société où ils vivent. C'est queux aussi, et surtout Platon, se placent uniquement au point de vue de la cité, sans nulle considération de respect dû à l'individu, simplement en tant ou'liomme. Malheur, selon les rêveries de Platon, à l'en ant débile, au malade. La cité ne doit conserver, le médecin ne doit soigner que ceux qui ont cliance d'atteindre à la >igueur ou de recouvrer toutes leurs forces. La république n'a pas besoin d'inhrmes.
Mais laissons là les paradoxes des philosophes. Peutêtre trouverons -nous la prahcpic un [leu moins ineiorablc, du moins sur quel(pics points (a).
Le bien comme le mal vient de l'idée exclusive de la cité. 11 faut reconnaître qu'Athènes, du moins au temps où ilorissaient les lois de Solon, mit tout en œuvre pour proscrire légalement la misère, en encourageant le travail. L'obligation pour les parents d'ap- 1)rendre à leurs enfants un métier avait pour sanction e droit de ceux-ci à ne pas noiirrir les vieux parents qui ne se seraient pas acquittés envers eux de ce dé-
fi) PLurviutiE, Vie de Solon, xvii, xxii ; Isogratb, Aréopage
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voir (i). Les citoyens pauvres, blessés au service de la pairie recevaient une pension alimentaire, le fils de ceux qui avaient été tués sur le champ de bataille étaient élevés aux frais de l'Etat (2). Devoir de justice, plus qu'inspiration charitable, et qui relève de l'esprit d'harmonie qui régit toutes les œuvres du génie grec plutôt que d'un souffle généreux d'humanité. La cité ne doit ni souffrir de membres parasites, ni se laisser déshonorer par la mendicité de quelques-uns des siens. Ethique et esthétique sont, en Grèce, inséparables. Athènes seule en Grèce accorda un léger subside quotidien aux citoyens que leurs infirmités rendaient incapables de travailler (3).
En fait d'assistance publique nous ne trouvons rien de plus.
Devons-nous donner ce nom aux distributions d*ar« gent et de denrées établies par Périclès et si justement critiquées, les théoriques ?
Quant à la charité privée, elle n'est aucunement organisée, car nous ne saurions ranger dans cette catégorie l'utile institution des éranies, sorte de sociétés de prêt mutuel, qui relèvent de la prévoyance plus que de l'assistance et de l'intérêt bien entendu beaucoup plus que du souci de venir en aide au prochain (4).
L'absence même de toute organisation indique assez que la charité n'était pas une vertu très répandue. Tout au plus la religion veille-t-elle à ce qu'une part des victimes sacrifiées aux dieux, dans certaines circonstances, soit réservée aux pauvres. Il en est de même de
(1) Plutarque, Sol., 65. Cette loi ne so trouve qu'à Athènes.
(2) Aristote, Panath. ; Isocrate, Symmach., 29.
(3) Harpocratiou, suivant Hesychius, s. v. Adunatos, LtsiAs, Peritôn adunaton; Eschine, Contra Timarch., p. 128; BcEGK, Econ. pal. des Athéniens, t. T, ch. xvii.
(4) FoucART, Des associations religieuses chez les Grecs. Thiases, Eranie, Qrgeons, in-8", 1873. v. dans Daremberg et Saglio, Diction, des antiquités, art. Eranos,
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ce que les satiriques appellent le souper d'Hécate, dont profitait Diogène le cynique, c'est-à-dire le pain, les œufs et autres menus aliments déposés dans les carrefours devant les statues de la déesse (i). Les auteurs anciens nous parlent bien de libéralités exercées soit par des hommes publics vis-à-vis de leurs concitoyens pauvres (a), soit par des souverains étrangers vis-à-vis d'un autre peuple (3), mais la meilleure volonté ne
Eeut découvrir aans ces actes d'autre mobile que l'amition et le souci de la popularité ou des sacrifices utiles à la politique internationale. Nous ne prétendons pas qu aucun Grec ne pratiquât une bienfaisance désintéressée, nous sommes même convaincu du contraire, mais, quoiqu'il en soit, il nous est impossible de ne pas constater nue cette vertu observa trop bien chez eux la modestie et la discrétion qui en sont la parure. Rome ne nous oiïre pas un spectacle plus consolant. Quel génie rude que le génie romain ! Sans doute, vers la (in de la République, quelques esprits d'élite ont discerné à peu près tous les devoirs ae l'homme envers l'homme ; Cicéron les a définis en termes tels que plus tard saint xVmbroise, dans son De ofjiciis chrétien, ne dédaigne pas de leur faire de larges emprunts. Mais il fautarrivr jusqu'au temps de Séncquc, de Pline le Jeune, d.^ Trajari pour voir l'iiumanité entrer d'une manière un peu aécisive, bien qu'insuffisamment encore, dans l s lois, et s'insinuer timidement dans les mœurs. Pline s'excuse encore dcr sentiments qui nous paraissent tout naturels. Et qui pourrait affirmer qu'à cette '"î^.î'î l'ambiance des idées chrétiennes n'ait pas accéléré ml acheminement vers la douceur, la justice, la pitié? Nous ignorons si Sénèquo connut personnellement saint Paul. Mais son propre
(i) Luc, Dial. des morts, i, i.
(a) l^LUT.. Vie de Simon, lo, Péricllis, 9,
(3) Demélrlus Poliorcèlo, Sparlorus, roi do Pont, un roi d'I'lprNptc dont on ignore le nom, font à Alhi^nes des présenta d« blo.
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frère le connaissait bien. Dans le monde même de la cour, dès le temps de Néron, on le soupçonnait par les écrivains anciens, Tacite, Dion Cassius, et les découvertes archéologiques de M. de Rossi l'ont démontré, les païens, sans le savoir, coudoyaient les chrétiens.
A Rome, l'esclavage est plus dur, plus dégradant qu'à Athènes. L'étranger n'est pas seulement le barbare, il devient l'ennemi, hostis. L'enfance est plus exposée encore qu'en Grèce, par suite de la différence des tempéraments. L'esprit proprement romain est aux antipodes de la charité.
L'assistance se présente à Rome sous deux formes, l'une publique, l'autre privée.
La première consiste en distributions de blé, gratuites ou à prix réduit. Plus tard on y ajouta de la viande de porc, des vêtements. Les citoyens seuk y prennent part. Ils ne font d'ailleurs, en principe, que jouir de l'antique droit par lequel le vaincu doit contribuer à l'entretien du vainqueur. Ce blé, en effet, est fourni par les provinces. Donc ici encore aucun sentiment de pitié pour les malheureux. A l'origine tous les citoyens sont admis à profiter de cet avantage. Si
Î>lus tard, en bon administrateur, Jules César réduit e nombre des participants, ce n'est point pour grossir la part des plus pauvres, mais par une préoccupation, d'ailleurs fort juste, d'économie. Alors, comme pour recevoir le blé gratuit, il faut se faire inscrire chez le prêteur, il s'ensuit que les moins favorisés de la fortune s'astreignent seuls à cette formalité un peu humiliante, et le droit du vainqueur devient peu à peu le droit des pauvres à l'assistance. L'assistance publique est ainsi créée de fait, et l'on voit que les distributions de blé n'ont pas été l'instrument de corruption officielle que les déclamateurs veulent nous y montrer. Il y a beaucoup à redire au mot fameux : Panem et circenses. La masse du peuple de Rome vaut mieux que la réputation qu'on lui a faite d'après les moralistes rhéteurs et les poètes satiriques. Au total la proportion des secourus
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e«l h peu de chose près la même qu'à Paris et la dcpen»e un peu moms forte pour chacun. Le secours était insuftisant pour nourrir son homme et, surtout s'il était chargé de famille, il devait chercher dans le travail un supplément nécessaire (i). Seulement, cette asiistanc*, qui ne fut pas créée pour son objet propre, est absolument rudimentaire, inorganique. L'intelligence n'y a guère plus de part que le cœur. Les distributions de terre n'apparaissent jamais que comme des mesuret politiques ou économiques. Il y a d'ailleurs lieu de distinguer soigneusement entre les diverses lois agraires qui agitèrent Rome h tant de reprises (2). Aucune prévision qui vienne en aide au vieillard, à la veuve, à l'infirme, à l'enfance abandonnée.
La première création qui présente le caractère d'une sage philantropie est l'institution alimentaire de Trajan en faveur des enfants de familles nombreuses. Encore la préoccupation de la dépopulation n'est-elle pas étrangère à cette initiative. La fondation de l'impératrice Faustine en faveur des jeunes lilles pauvres est également à louer. L'avantage de ces exemples venus d'en haut fut de susciter d'heureuses imitations, eu moins en Italie.
La charité privée existe sous la forme de aporiaîe, ou petits présents, vivres, vêtements, menue monnaie,
(i) Sur toute cette question délicate et controversée, voir DuRUT, Hist des /?omams, l. V, p. 190 et (tgb ; Lallbmand. Histoire de la charité, t. I, p. ia3 et suir., et notre élude dans le Dictionnaire des Antiquités, article mendicalio, mendiai; cf. Ibid. article Annone de Ilumbert.
fa) Celte question est très bien trall(^c, au point do vue ■pécial qui nous occupe, celui de la charité, dans Monnier llist. de l'Auistance publique, ch. 11, De très bonnes mesures furent prises i^ l'égard des distributions do terres par J. Closar et par quelques empereurs. Signalons à l'hoDUCur do Til>èrc qui ne passe point pour avoir élé fort généreux, l'inlrlligent« création des caisses de prêts gmluils. Tacite, Ann. vi, 17, SviroRB, Tib. 48; Dio Giesivs, lvui, 31.
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que les patrons font journellement à leurs clients. Mais cette assistance privée est faite avec dédain, sans discernement, par les soins d'un subalterne, quelquefois tout de travers, souvent à contre-sens, parce qu'elle aussi a dévié de son origine. Elle représente, €n effet, la juste compensation que primitivement le patron accorde au client en échange des mille services qu'il reçoit de lui à la guerre, au forum, au tribunal. Peu à peu le sens de cette libéralité s'est perdu. La sportule devient une honteuse mendicité. Ce ne sont plus les clients légaux qui l'obtiennent, mais la foule des parasites, des flatteurs, des aventuriers, des paresseux. On voit jusqu'à des sénateurs riches s'abaisser à solliciter la sportule auprès des intendants de sénateurs plus influents et plus riches qu'eux-mêmes. Plate manière de faire leur cour, où l'avarice trouve son compte.
Ici encore, où est la charité ? Quelques faits isolés, très rares, comme des distributions de vivres oflertes au peuple par des particuliers en temps de disette, c'est absolument la seule trace qu'en offre l'histoire romaine jusqu'au temps de Trajan. On ne saurait ranger au nombre des secours d'assistance proprement dits les congiaria, les donatiua, dons de joyeux avènement, présents de fêtes, offerts par les empereurs aux mêmes citoyens qui pi rticipaient à Vannone et souvent à un plus grand nombre. Q«iant au soin avec lequel la plu-
Ï)art des empereurs veillent à l'approvisionnement de a ville en grains, il ne peut être considéré à son tour que comme une preuve de bonne administration.
Pour nous résumer, tout concourt dans la société antique à endurcir l'homme contre son semblable : droit du vainqueur, esclavage, pouvoir paternel, idée de cité. La loi de ces civilisations est l'égoïsme, Egoïsme
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élevé à la hauteur d'un principe. Un égoïsme, entendons-nous, collectif et qui exige souvent des sacrifices individuels, et même l'héroïsme, mais source cependant de bien des maux pour l'humanité. En effet, il prévient et interdit les sentiments altruistes, défend aux sentiments généreux de franchir les bornes de la cité. Et par cité, il ne faut pas entendre l'ensemble des hommes vivant dans une môme ville ou une même contrée, mais les seuls citoyens, c'est-à-dire une petite aristocratie. Ni l'étranger ni l'esclave ne jouit des avantages que la cité fait aux siens. L'étranger peut mourir de faim sans qu'aucun secours oublie lui vienne en aide. En temps de disette, on le chasse. C'est qu'il n'y a pas encore de prochain, mais seulement des concitoyens. Le fameux : Homo sum, /lumanam nihil a me alienum puto, est une belle pensée de philosophe et de brave homme, mais sans aucun rapport avec les mœurs contemporaines. C'est à la parabole du bon Samaritain que remonte l'introduction dans le monde de l'idée de prochain.
CIIAl'lTKE I
ta CaARITÉ AUX TEMPS APOSTOLIQCES ET AVA>'T L*ÉDIT DE CO.NSTANTIN.
I. OITrandes à l'Egliso do Jérusalem, au clergé. — II. Hospitalité. — III. Esclavage. — IV. Les prisonniers, les cou damnés aux mines. — V. L'enfant abandonné, l'orphelin. — VL La veuve — VIL Les pauvres en général. Diacres et diaconesses. Dlaconies primitives. Ressource» do U charité.
Donc il s'en faut de peu que dans le monde grécoromain la charité ne trouve lablc rase. Elle ne s en de-
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veloppera que plus a Taise et la matière ne lui manquera pas. Nous n'avons pas retracé le tableau de la misère antique, mais nous savons qu'elle était grande,
Une des maximes de la charité chrétienne est de se faire «toute à tous ». A la lettre, celte maxime est tout un programme. Et en effet, l'on est frappé de la souplesse et de la précision avec lesquelles, dès les temps apostoliques, la charité s'applique à tous les besoms, à toutes les misères, comme si un plan d'ensemble eût été d'avance proposé et aussitôt exécuté. Est-il besoin d'en chercher une explication ailleurs que dans l'esprit même de la charité, clairvoyante parce qu'elle aime, secourable efficacement parce que la vraie charité, comme la foi sincère, est active?
Que l'Eglise ait eu dès l'abord une perception très nette des devoirs de la charité, cela ressort de la seule lecture des Actes et des Epîlres. Tout ce que l'on trouve dans les Pères, dans les Cons Ululions aposloliqaes (i), n'est que le développement des mêmes idées, des mêmes enseignements. Et, d'autre part, que la cha rite ait tenu une des premières places parmi les préoccupations des disciples du Maître qui avait dit : « Celui qui aura donné un seul verre d'eau froide à £ause de moi ne perdra pas sa récompense », qu'elle ait été de bonne heure organisée, réglementée par eux, les mêmes livres ne permettent pas d'en douter. Lorsque saint Paul se présente aux apôtres de PEglise de Jérusalem, ceux-ci, après avoir vériûé ses titres à leur confiance, l'admettent dans leur société, pour évangéliser les gentils, « à cette seule charge qu'il n'oubliera pas les pauvres (2) ». Et, en effet, il n est guère d'épîlres de saint Paul qui ne contiennent des allu-
(i) Nous emprunterons beaucoup aux Constitations apostoliques. Bien que ce document soulève une foule de discussions, il est certain cependant qu'il représente la tradition des premiers siècles et nous l'expose avec des dotait» que l'on diercberait vainement ailleurs.
(3) Ad Calai, n, 9, 10.