LA CHARITÉ I
sîons Jk la charité des ûdèles ou à celle des Eglises et des exhortations à la pratique de cette vertu.
Toutefois, il est clair qu elle ne put s'exercer d'une manière identique en tout, soit pendant la période de formation, soit au temps des persécutions, et plus tard lorsaue l'édit de Constantin eût, avec la paix, donné à l'Eglise la liberté. SI y a donc lieu, sans entrer dans des détails historiques qui nous conduiraient trop loin, de distinguer deux ^andes périodes dans l'histoire des origines de la chanté. La première commence avec les apôtres et dure jusqu'à la paix de l'Eglise. La seconde s'ouvre alors et la fortune des œuvres charitables est liée aux vicissitudes de l'Empire.
On sait que la première Eglise de Jérnsalem s'organisa sur un type original, très particulier (i). qui ne pouvait convenir qu'à une société limitée. Elle a pour base la communauté des biens, pour principe U pauvreté volontaire. Néanmoins elle ne peut se suffire à elle-même, et c'est pourquoi nous mentionnons parmi les premières œuvres collectives le soutien de cette Eglise. Toutes les autres tiennent à honneur de lui envoyer des offrandes (a). Il est vrai de dire que l'Eglise de Jérusalem est un centre de prédication, d'où l'on part et où l'on revient. Elle a ainsi des besoins particuliers. Voilà donc une des premières formes ae la charité, et non la moins noble, puisque son objet, plus spirituel que matériel, est avant tout la diffusion de la parole divine et la propagation du salut par la vérité.
De même la coutume s'établit partout de nourrir les prêtres aux frais des Eglises, c'est-à-dire de la
(i) Actes, II, 44-46 ; iv, 31-J7.
(2) Sainl Paul, Ef>. ad Rom., xxvu. u5, a6. 37. Ai Philip., iT, 10 et suiv. Il ad Cor. vin, 6 at suiv.
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communauté des fidèles. C'est un droit dont saint Paul, qui n'en usait pas habituellement, établit à plusieurs reprises la légitimité (i). « Tout travail mérite salaire », dit-il. Ailleurs il recommande que le bon prêtre ait double part dans les agapes (2) ; c'est un principe sur lequel il revient avec insistance. On ne voit pas qu'aucune plainte se soit jamais élevée à cet égard, ni qu'aucune Eglise ait manqué à ce devoir.
Parmi les devoirs d'iiumanité que prisait le plus l'antiquité païenne, il faut mettre l'hospitalité. L'hôte était sacré pour l'hôte. Il était l'envoyé de Jupiter. Les liens de l'hospitalité étaient étroits, ses obligations nombreuses. Plus d'une fois sur le champ de bataille l'on vit des adversaires se détourner soudain l'un de l'autre (3) : ils s'étaient reconnus pour hôtes. L'hospitalité, en eflet, n'était pas seulement considérée comme un devoir général, elle était un lien social qui valait entre les familles de génération en génération. Les villes mêmes accordaient héréditairement le droit d'hospitalité aux descendants d'étrangers qui leur avaient rendu des services, et les citoyens de ces mêmes villes, en échange, avaient accoutumé de considérer à l'étranger certaines familles comme les hôtes naturels auprès desquels ils étaient assurés de trouver aide et protection .
L'Eglise ne pouvait manquer de conserver et de sanctifier une coutume traditionnelle, à la fois si touchante et si utile.
Aussi l'hospitalité est-elle recommandée à tous, mais en particulier aux évéques comme un devoir essentiel. Qui n'est pas hospitalier n'est pas digne de l'épiscopat.
(i) Saint Paul, II, Ad Thessal.f ir, 6, 7 ; m, 8, 9. (a)i4d Timoth., v, 17.
(â) Iliade, vi, 2a5.
LA ClIARITfi 19
Saint Paul en ses épîlrcs le déclare sans restriction (i). Mais cette hospitalité, spiritualisée par le sentiment religieux, est plus large encore que chez les païens (2). Elle doit en ell'et s'étendre à tous les frères, et au delà des frères à tous les étrangers, quels qu'ils soient. Le mot de Plante, si souvent cité incomplètement : « L'homme est un loup pour l'homme qu'il ne connaît pas », n'a plus d'application dans la société chrétienne. Les païens en étaient frappés. Plus d'un peutêtre fut attiré au christianisme par l'admiration qu'inspirait aux païens la façon dont les chrétiens pratiquaient cette vertu. On raconte que saint Pacôme, centurion dans une légion romaine et encore païen, aborda un jour avec ses compagnons d'armes dans une ville où il ne connaissait personne. L'accueil qu'il y reçut fut si cordial et si large que, surpris, il s'informa. On lui dit que les habitants étaient pour la plupart chrétiens, et c'est ainsi qu'il fut amené à la foi. Les persécutions multiplièrent singulièrement les occasions d'exercer cette vertu. On sait comment l'Eglise de Jérusalem fut dispersée par la force. Souvent ceux mômes qui échappaient h la mort étaient privés de leurs biens, exilés. D'autres devaient se cacher. Beaucoup étaient donc contraints de chercher loin de leur demeure et de leur ville un asile sur. Il en fut de même au temps des persécutions ariennes (3). En toutes ces circonstances il n'y avait pas seulement libéralité, mais héroïsme à recevoir les fugitifs et les
(i) Saint Paul, ad Rom., m, i3 ; ad Tini., m, 2; ad llebrae, xiii, 3, 3. — Joiian., Ep. ad Gai, 5-ii.
(3) Lagtaî^cb, De vern culiu. G, 11, cité et connnwilé par roUcnier. Les origines do lu charité catholique, p. 35 1 et guiv., marque bien la diiïérencc entre l'hospitalité païcnno cl rhospitalité chrétienne. iVut-clro ne rend-il pas entiorcnicnl justice ^ la première.
(3) El'skdb, évoque do Samosate, erro d»^gulsé en soldai pour remplir partout ses fbnclions épiscopales. Tiuodoret, Ilist. Ecc.y 4, 12.
proscrits. Un exemple montrera bien ce que pouvait être l'hospitalité lorsqu'elle était exercée par de puissants patriciens. Lors de la persécution arienne de Valens. la sainte femme Mélanie ne nourrit pas moins de 5 ooo moines cachés par ses soins et cela pendant cinq jours (i). Ce fut bien autre chose encore lors des invasions barbares, quand des populations entières fuyaient, épouvantées, le ravage et le massacre (2). Les élises, les monastères étaient particulièrement désignés pour recevoir les étrangers. On lit dans saint Paulin De Noie la description des appartements qu'il avait fait aménager pour les hôtes. « Le laïc, écrit saint Jérôme, en recevant un, deux, ou quelques étrangers, remplit le devoir d'hospitalité, mais l'évêque, s'il ne les reçoit tous, est inhumain [^) ». Aussi, comme à Noie, les églises aménageaient-elles, auprès du temple, un bâtiment destiné à recevoir les étrangers et les voyageurs. C'était une lourde charge pour elles, et l'évéque, assisté de ses prêtres et de ses diacres, veillait en personne à leur non fonctionnement. Souvent des appartements étaient disposés dans la maison même de l'évêque. « Il est possible, écrivait saint Ambroise, que Jésus-Ghrist lui-même soit dans l'étranger, comme il est dans le pauvre (4) ». « Recevez Jésus- Ghrist à vos tables, disait de son côté saint Grégoire, afm d'être reçu par lui aux banquets éternels ; donnez l'hospitalité à Jésus-Ghrist, qui vous la demande dans la personne des étrangers, de crainte qu'il ne vous méconnaisse comme étrangers au jour du jugement (5) )).
(i) Paulin DsNoLE. Ep. 29, ii.
(2) Saint Jér6mb, Ep. ad Gaud.. 2, 16. Ad. East., I, i4. Cf. S. AuG. De excidio Urbis.
(3) Saint JéRÔMS, Com. in ep. ad Tù., i.
(4) Saint Ambr,. De ofj. i, ao.
(5) Grbs., Hom. in évang. Cf. S Jean Chrya. Uom. 45, in Act, Apo$t,
lA CnyiRJTÉ
Si 1 hospilalllc est une vertu qui fait honneur à l'an iiquilé païenne, en revanche, l'esclavage est la lare de cette civilise. tion. On & reproché au christianisme de ne lavoir pas supprimé. Accusation absurde ! L'Eglise n'était pas maîtresse du pouvoir civil, et même quand des princes chrétiens occupèrent le trône, on ne pouvait changer du jour au lendemain les bases de la société. Or, celle-ci était fondée sur l'esclavage. D'ailleurs, quel danger n'y eût-il pas eu à libérer tout d'un coup les millions d'esclaves non préparés à la liberté qui couvraient le sol de l'Empire romain ! Tout ce que l'Eglise pouvait en faveur des esclaves, c'était d'améliorer leur siluiition matérielle et morale, de les relever, de favoriser leur afTranchisscrneiil, et ainsi de préparer avec prudence la suppression définillve de l'iniquité dont une moitié de l'humanité était victime par le fait de l'autre. Elle trouva d'ailleurs, il faut le reconnaître, un auxiliaire dans le progrès des mœurs. Sénèque parle des esclaves en des termes que n'eût même pas compris le vieux Calon. Pline aimait les esclaves nés dans sa maison, qu'il avait vus grandir et vieillir à son service. Auguste châtiait sévèrement ceux qui se rendaient coupables à leur égard de sévices trop scandaleux. Il n'est pas jusqu'à Néron qui, l'un des premiers, n'ait adouci les lois en leur faveur (i).
Le premier, le plus grand bienfait que le christianisme ait apporté à l'esclave est de lui avoir reconnu
(i) Pour Aristote l'csclavago est de droit naturel. Pol. vu, 2, Le principo môme do l'esclavage avait ct»^ contesté par des philosophes grecs, au lémoignago tlii im'ino Arietote, PoL, l. IH. Arislole recommande l'huinanilr à leur (^pard. EhOn. I, 5, Cf. Cato!«, De se rustica, ii ; Sk?(i;que, fi'/)ù<. 47 ; de Ira, lU, 4o, de CUmentia, i, i8 ; De bcnej. vu, js ; Bp. 67.
2 3 LA CHÀRITB
l'égalité spirituelle absolue avec son maître. « Il n*y a parmi nous ni hommes libres, ni esclaves», dit saint Paul. Et nul n'a mieux que lui défini les devoirs du maître envers le serviteur, les devoirs de celui-ci envers son maître. Ses instructions remarquables devraient demeurer éternellement le Gode qui régisse leurs relations réciproques (i).
L'esclave devient, religieusement parlant, le frère de son maître. Il n'est plus question du droit de vie et de mort. Les principes les plus élémentaires du christianisme deviennent pour l'esclave une sauvegarde contre toute espèce de violence, de brutalité, d'injustice, de mépris. Il est le serviteur. Gomment la femme esclave eût-elle continué d'être le jouet d'un maître à qui la religion prescrivait la chasteté dans le mariage et prêchait la continence absolue comme l'une des conditions de la perfection ?
u Dans la maison d'un homme juste, qui vit de la foi et qui marche vers la maison céleste, dit saint Augustin, ceux qui commandent servent ceux auxquels ils paraissent commander ; car ils commandent non par esprit de domination, mais par le désir charitable d'aider ceux qui leur sont soumis et de pourvoir miséricordieusement à leurs besoins (2) ». « Que le maître qui a un chrétien pour esclave l'aime comme un fils et comme un frère à cause de la communauté de la foi, les services exigibles d'un esclave demeurant saufs (3). »
Mais les prescriptions générales ne sont que la base de règles étroites et précises. Que les dispositions attribuées par les Consiituiions apostoliques à saint Pierre et saint Paul soient ou non d'une date postérieure, elles n'en ont pas moins une grande autorité documentaire :
^(1) S. Paul, Ep. ad Ephes. vi ; ad Colas, n
(2) De civ. Dei, 19, i4. Les Pères de l'Eglise abondent en conseils d'humanité, de fraternité à l'égard des esclaves, mais aucun peut être n'y revient aussi souvent et ave« une chaleur de creur plus persuasive que l'évêque d'Hippone. (ô'j Gonst. Apost. 4, II.
LA CHARITÂ 33
« Moi Pierre, cl moi Paul, nous avons ordonné que les esclaves travailleraient cinq jours, et que le samedi et le dimanche, ils chômeront dans l'Eglise pour y recevoir les instructions de la religion... Qu'ils cliumenl aussi durant toute la grande semaine (la semaine sainte) et durant la semaine suivante... la fête de Noël... le jour de l'Epiphanie, aux jours des apôtres... au jour de saint Etienne... aux jours des saints martyrs... (i). » Il est inutile d'insister sur l'amélioration spirituelle et corporelle que ces ménagements assuraient aux esclaves.
L'Eglise s'eiïorçait de réduire le nombre des esclaves (a). Elle conseillait d'en acheter le plus possible, de leur apprendre un métier, au moyen duquel ils pussent gagner leur vie, et alors de les affranchir (3). (( L'esclave, qu'on voulait affranchir, on le conduisait dans l'église en le tenant par la main. Aussitôt, on taisait silence. Alors le maître lisait la formule voulue. Celait une espèce de requête dans laquelle il exprimait l'intention d'affranchir son esclave. Les motifs devaient y être exposés. Us se réduisaient ordinairement à dire que l'esclave avait toujours et en toutes choses servi avec fidélité (4). »
Nous verrons plus loin tout ce que l'Eglise fit encore pour l'esclave lorsque l'esprit chrétien put pénétrer à îlots dans la législation romaine.
Remarquons, pour terminer, qu'en réhabilitant le travail des mains le christianisme relovait du même coup la situation morale de l'esclave à ses propres yeux et à ceux de l'humanité.
(i) Ibid., 8, 33.
(a) Saint Jean Gurts. Hnm. do, in l ad Cur^
(3) Ibid.
{k) Atci. Serin, ai, 6. V. une do ce» fornuilcs d'affratirhi»- •emoiit, la seule ({u'oa [)Ossède, dans Eiinodius, t. 1\, LiLI. Max. p. 3ij9, !'• col.
34 K-A CHARITé
ÎV
Parmi les plus abandonnés, parmi les plus maltraités étaient les prisonniers. Nul ne songeait à eux. Soulager la misère de celui que la justice des lois a séparé du reste de l'humanité, s'eflorcer d'ouvrir sa conscience endurcie à quelques lueurs de moralité, de religieux espoir du pardon, commencer sa réhabilitation à ses propres yeux par l'intérêt qui lui est témoigné, ce sont là autant d'idées qui ne venaient pas à l'esprit des païens. Et c'est même un des motifs pour lesquels on déconseillait les mariages entre païens et chrétiennes, a Un païen, écrit TertuUien, souffrira-t-il que sa femme aille se glisser dans la prison pour y baiser les chaînes des martyrs (i) ?» Ce lut d*abord en effet aux prisonniers pour cause de christianisme que les fidèles songèrent en nénétrant dans la prison. Ils y étaient assez nombreux' et assez maltraités pour justifier ce choix.
Ce qu'étaient ces abîmes de douleur et d'abjection, la vue de la prison Mamertine, qui n'est peut-être autre que le fameux Tullianum où avant saint Pierre furent ensevelis vivants Jugurtha et Vercingétorix, peut en donner une idée. Il faut s'y représenter les malheureux pressés les uns contre les autres, dans la fange et Tordure, sans qu'un rayon de lumière ou une bouffée d'air pur les vînt jamais ranimer ou rafraîchir, nourris, si ce mot convient ici, de quelques bouchées d'un pain grossier qu'on leur jetait d'en haut. Ce n'était pas là une exception. Lyon, Vienne, l'Afrique, l'Egypte possédaient des prisons semblables. La prison de Saragosse, que nous décrit Prudence (2), ne le cédait en rien au Tullianum. Quand il s'agissait de prisonniers chrétiens, l'ingéniosité des bourreaux trouvait encore
, (i) Tkrt., Ad ux., a, 5.
y (a) Hymne V.
lA CHARIlâ aO
moyen d'en aggraver Vhornur, Au sortir de la torture, les membres brisés et le corps épuisé, on jeta «aint Vincent au fond de ce cachot dont le sol avait été parsemé de tessons et de cailloux pointus (i).
Il était interdit sous les peines les plus sévères de laisser pénétrer personne jusqu'aux prisonniers.
Cependant il était expressément recommandé aux chrétiens de ne négliger aucun moyen de parvenir auprès d'eux. Pie I, pape en i4a. enjoignait à l'évêque de Vienne « de visiter les prisons des saints, de crainte qu'ils ne vinssent à s'attiédir dans la foi ». — « Si un cnrétien, lisons-nous dans les Constitutions apostoliques, est condamné par les impics aux jeux de l'amphithéôtre et aux mines pour le nom de Jésus-Christ, ou pour sa charité envers lui, ne l'y abandonnez pas d'un dédaigneux oubli. Ne restez pas indifférent à se» souffrances. Envoyez-lui, au prix cle votre travail et de vos sueurs, des aliments, de l'argent, pour adoucir la brutalité de ses gardes et alléger l'accablante position de votre frère (a), n Et nous savons en elTet que « bien que le préfet s'informât curieusement de ceux qui demandaient à les voir, la charité parvenait à triompher de ces minutieuses précautions et à procurer assidûment aux prisonniers de grands soulagements (3) )i. Les chrétiens pénétraient donc dans les prisons, pansaient les plaies des martyrs, leur procuraient des lits, des habits (4) . Les diacres, en particulier, s'y employaient •u péril de leur vie, et des prêtres ne craignaient pas d'y célébrer la sacrifice et do munir les confesseurs du viatique qui les devait soutenir dans les supplices (5).
Il) Prudence. Làc cit.
(a) Consl. Apnst. y, i.
(31 EL'5èl5E. //. E. 7. 10.
<4) Saint Cti-r. Kp. ii. Le sovc-rc TcrluUien (/)<? y^j/un. la)le plaint m^mc qu'il arrivait que l'on fît bonne cluVc dans le» prisons. (]el excès même prouve du moins lellitacilô di* lèlo cliarilablo des cliréliens.
(5) Suint CiPR . Ep. 5 et C.
-a 6 LA CHARITÉ
On était heureux de recevoir la communion de la înain d'un évêque ou d'un prêtre en prison pour la foi.
Mais le plus beau miracle de la charité est celui qu'opérait souvent, les Actes des martyrs en font loi, le spectacle même de la charité et le zèle des prisonniers : Plus d'une fois on vit les geôliers et les soldats, saisis d'enthousiasme en présence de tant d'amour, embrasser la foi de leurs victimes et demander pour eux-mêmes les chaînes de ceux qu'ils avaient mission de garder.
Il s'en faut de beaucoup que la mort fût le châtiment de tous les chrétiens qu'atteignait la persécution. Un grand nombre étaient réservés à un autre genre de supplice, non moins cruel peut-être que l'amphithéâtre et qui exigeait la longue patience et la persévérance journalière sans espoir humain, sans l'espoir aussi de la prompte récompense que la mort promettait aux martyrs. Nous voulons parler des mines. C'était le châtiment réservé, notamment durant les persécutions du m* siècle, aux évêques et aux prêtres qui avouaient leur qualité (i). Mais beaucoup d'autres partageaient leur sort. Il y en avait aussi que l'on condamnait aux travaux publics ou que l'on astreignait à d'humiliantes fonctions, comme le pape Marcel qui finit ses jours palefrenier dans les écuries de l'empereur (2). Beaucoup certainement furent frappés de peines de ce genre, puisqu'à peine arrivé au pouvoir, Constantin publia un édit pour leur rendre la dignité et leurs honneurs, et l'énumération qu'il donne de leurs emplois serviles est tristement curieuse (3).
Ce qu'était le régime des chrétiens condamnés aux
(i) Les fidèles coupables de s'être assemblés soit dans les -églises, soit dans les catacombes, étaient punis de mort. Cette différence de traitement, qui étonne à première vue, provient de ce que les persécutions du m* siècle ont un caractère l^lutôt politique. V. Alla.rd, Les Persécutions du m' siècle.
(2) Labbe, Conc. I, p. 946.
(3) EusÈBB, De vita Const., a, 34 Cité par ToUemer ,p. i53.