‹ La charité aux premiers siècles du christianismeChapitre 5 sur 8 · IX · texte numérisé non relu

IX

(4) S. AuG. Sermo ix, 20, 21.

(5) Saint Igna.ce d'Antioche, Ad. Philippe. Jeûnez et donnez aux pauvres le surplus de vos repas. — Herma.s, 1. I, de past. — Origène, hum. 10, in levit. — Saint Ambroise., serm, 33 ; saint Jean Chuys., serm. de Jej unie, elc.y etc.

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ses règles sur le jeûne et l'abstinence, bien que ses lois fussent plus rigoureusement observées.

Surtout i'auinùne était recommandée à tous. Que le pauvre lui-même donnât son obole, sinon il ne satisfaisait pas à la loi divine. On sait de quels résultat* un elïbrt unanime et constant est capable.

D'autres occasions régulières s'oflVaient de faire l'aumône. C'étaient les Agapes, où le riche apportait plus qu'il ne lui était personnellement nécessaire ; le* anniversaires des morts donnaient lieu dans les familles à des repas où les pauvres trouvaient leur place ; ils pouvaient y venir nombreux, car ces réunions étaient une coutume générale, commune aux païens et aux chrétiens, et la présence de personnes étrangères à la famille n'avait rien qui pût surprendre. De môme parmi les cérémonies des funérailles il y avait un banquet. Quand il s'agissait d'une personne riche, membre d'une lamille puissante, on invitait parfois une véritable multitude, parents, amis, clients, voisins. Le christianisme n'avait aucune raison pour rejeter un usage cher à la société d'alors : il en détourna seulement la signiiicalion et l'usage, en en faisant un touchant prélexle à des libéralités qui, dans la pensée de leurs auteurs, étaient profitables à la fois à ceux qui on étaient l'objet et à l'àme du défunt. On a peine aujourd'hui à se figurer ce (jue pouvait être une cérémonie de ce genre. Quand Pammachus (i), riche patricien de Rome et ami de saint Paulin de Noie, perdit sa femme, non seulement il fit de grandes aumônes, mais il <.on\iaau re[)a.s funèbre tous les pauvres de Home. Sans cloute il faut ontendre tous ceux ((ue secourait l'Eglise. Toute la basilique de saint Pierre en fut renq)lie, et en outre le parvis, les degrés, et cela étant insufiisanl, ils couvrirent encore la place. Toute la ville <leUome, dit saint Paulin (j), était en aimable rumeur

(l) Pallin de Noi.t:, /:/>. xm.

(a) El&èue, IJe \ ita Cuiisi., i, 5j ; 2, jy.

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et en confusion. On leur servit un repas de pain et de viande, et sans doute aussi de vin, car le vin faisait partie des distributions habituelles.

Enfin, à côté de cette multitude de petits canaux qui alimentaient sans relâche le trésor des pauvres, de grands fleuves s'y déversaient : c'étaient les biens immenses des riches qui, bravant le scandale et les reproches de leurs amis, rompaient avec le monde, vendaient tous leurs biens et en abandonnaient le prix aux pauvres. Saint Paulin de Noie, pour n'en citer qu'un exemple, possédait en Gaule, en Italie, en Espagne, des domaines véritablement princiers. Il s'en délit successivement au profit de l'Eglise, des pauvres, et des bonnes œuvres auxquelles il consacrait sa vie.

De même encore les cimetières chrétiens furent souvent, à l'origine, établis dans des propriétés particulières où la tombe familiale devenait comme le noyau d'une vaste nécropole. Les églises, les bâtiments qui en dépendaient, furent de bonne heure des biens communs à tous sous l'administration de l'Eglise. Ces biens étaient déjà assez considérables au lu* siècle pour exciter la convoitise et entraîner la confiscation.

Et, néanmoins le diacre saint Laurent était dans la vérité lorsqu'au préfet Valérien, qui le sommait de lui livrer les trésors de l'Eglise, il présentait les pauvres, les boiteux, les aveugles, rassemblés : « Voilà nos trésors » , car toutes ces richesses n'étaient pas entre les mains de l'Eglise un instrument de jouissance ou de domination, mais de soulagement pour les corps et de salut pour les âmes, le visible témoignage de la fécondité chrétienne.

LA ClIAnilÉ

CIIAPITIŒ II

lA CUARITÉ APRÈS l'iÎDIT DE CONSTAMLf

Nouveau caractère de la charité. — La diaconic. — Maison» pour les orphelin», les vieillards, les malades, les voyageurs. — La Basiléidc. — L'empereur Julien imitateur du christianisme.

Lorsque l'Edit de Constantin eût donné a l'Eglisc" la paix et la liberté, la charité prit un nouvel essor. Elle change in<^nie de caractère dans une certaine mesure. Les appels réitérés des évèques et des Pères à la libéralité publique, les reproches parfois véhément» qu'ils adressent au zèle refroidi d'une partie du peuple cnréiien, indiquent un certain amollissement, fruit de la paix et de la sécurité. La charité devient plus administrative et moins personnelle. On s'en remet davantage au clergé et aux évèques du soin de soulager \o^ Sauvrcs. L'on donne encore, et beaucoup ; les cxempl(»5v e riches patrimoines abandonnés au profit des œuvre» charitables et de l'Eglise sont fréquents, mais le con» tact entre le lidèle et le pauvre est moins journaliePr moins conslanL

Quelle que soit l'admiration qu'inspirent la multitude el rinfj^énicuse orf;anisalion des œuvres qui se fondent alors de toutes |)arls, on se prend parfois à regretter l'élan enthousiaste et irrésistible qui, aux temps de la

rerséculion, jetait le pauvre et le riche dans les bra» un de l'autre.

Sovons juste toutefois. Les moyens qui convenaient à une société plus ou moins restreinte ne suflisaient

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plus sans doute à la multitude chaque jour grossissante de ceux qui embrassaient le christianisme. Sans abandonner ces moyens, profitables à ceux qui donnaient autant qu'à ceux qui recevaient, il était nécessaire, pour tirer le meilleur parti des ressources considérables <lont disposait l'Eglise, de les grouper davantage, de les répartir avec plus de science et de méthode. 11 n'est pas douteux que la charité d'oeuvres qui se crée dès lors ne fût davantage capable d'atteindre la masse des pauvres, de faire face d'une manière plus efficace aux besoins variés de la misère, en un mot de remplir son objet avec plus de sûreté et bien plus complètement.

un des motifs de ce changement se trouve aussi dans la modification qui se produit dans les biens de l'Eglise. Les biens immeubles, rares et précaires avant le règne de Constantin, affluent au contraire à partir de cette époque. Constantin lui-même, aux biens confisqués qu'il rendit à l'Eglise, ajouta des maisons, ^des terres, des jardins et d'autres possessions semblables (i). Les legs des fidèles, qui devaient être acquittés par les héritiers sous peine d'excommunication, vinrent rapidement grossir ce patrimoine.

Il était donc naturel que l'Eglise, fidèle à son esprit, cherchât à utiliser au profit des pauvres ces ressources îiouvelles.

La diaconie, appelée dans l'Eglise grecque ptochoiro^ phium se transforme (2). Elle devient un véritable bureau de charité. Les maisons sont réparties par quartiers. Le pauvre y trouve chaque jour, à heure fixe 43t non loin de son domicile, la table prête. On lui distribue également les vêtements dont il a besoin. Ces pauvres sont inscrits. Avant de donner aux passants qui viennent solliciter les diacres, il est de règle que leur subsistance soit assurée. Peut-être môme des iiabitations furent-elles construites à l'usage des pauvres

(i) V. Du Caj.ge, Glossariam au mot Diaconia, {2) TOLLEMEU, p. 554-5.

La ClIARTTÉ ii^

& l'cntour des diaconies (r). Les fermes appartenant à l'Eglise devaient fournir autant que possible aux besoins des diaconies. Certaines lermes étaient attribuées à certaines diaconies (2). Les repas, qui se prenaient dans la maison, étaient précédés ou suivis d'exercice? religieux. On se réunissait pour cela dans la chapelle ou l'oratoire, car chaque diaconie en était pourvue. L'une de ces chapelles a été retrouvée au cours des fouilles exécutées au Forum Romain dans les années 1 901- 1902. C'est une véritable église, richement décorée de colonnes en marbre et de peintures, la célèbre Sancta Maria antiqua.

La maison de charité était présidée par des diacresou des prêtres. On trouve aussi parmi les administrateurs, des laïques, qui sont parfois de grands personnages désireux de consacrer au service des pauvres la lin d'une carrière glorieusement remplie à celui de la patrie. Ils ne sont responsables que devant leur conscience et ne doivent de comptes à personne.

Puis ce sont des fondations de toutes sortes.

Aux enfants s'ouvrent le Bréphotrophiam, l'orphannirophium ou orphelinat. On ne sait pas bien exactement en quoi dilféraient ces deux sortes d'établissements. On a supposé que peut-être les premiers recueillaient les enfants trouvés ou tout à fait abandonné.* et sans ressources, tandis que les seconds étaient spécialement réservés aux enfants de naissance libre (3). Les directeurs de ces maisons furent légalement constitués en tuteurs des enfants qui y trouvaient asile. C'est à eux que revenait le soin de faire valoir le bien de ces enfants. Ils pouvaient les aliéner dans de certaines conditions et en faire fructilier le produit de la manière qu'ils jugeaient la plus avantageuse pour leurs pupilles. La loi confiante dans leur zèle et leur inté-

(1) Adrîani vita, Labbe, p. l'^'n,

(2) V. Toi.LEMEH, p. 5.'i5 el suiv, ^3) Code Jusùnien, t. I, lit. 3. 3j.

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grité allait jusqu'à les dispenser de toute reddition de compter. « Parce que, disait l'empereur Marcien, il y aurait quelque chose d'injurieux et d'inique à exposer aux vexations d'habiles machinations des hommes qui par crainte de Dieu, s'empressent de sustenter des înineurs privés de leurs parents et de moyens de subsistance, se consacrant à les élever avec une affection toute paternelle (i). »

En regard des orphelinats, nous pouvons placer les asiles de vieillards, gerontocomia. Nous savons peu de chose sur ces maisons, mais il n'est pas douteux qu'elles ne fussent assez répandues, car nous en connaissons à Rome et sur le mont Sinaï. La première fut fondée par le pape Pelage II qui de sa maison, dit le Liber Pontificalis, avait fait un hôpital pour les vieiltards pauvres (2). La seconde avait été construite sur le mont Sinaï par un certain Scaurus, et les Registres de pape saint Grégoire contiennent une lettre du Pontife à l'abbé du monastère, au sujet de secours en literie et en argent qu'il adresse à cet établissement (3). La célèbre loi de Justinien qui règle la situation légale des hospices de tous genres et à laquelle nous en devons la précieuse énumération, mentionne les gerontocomia (4). On en peut conclure qu'ils étaient plus nombreux que les textes conservés ne le laisseraient deviner. Cela est du reste infiniment vraisemblable (5).

La visite des malades à domicile fut toujours conseillée par les Pères et nous savons par l'exemple de tsainte Paule entre autres que ces conseils n'étaient pas vains. « Noble rejeton des Gracques et des Scipions, écrit saint Jérôme, elle prodiguait ses biens à ceux que la maladie retenait sur leur lit de douleur. Elle allait, furetant avec une ardente curiosité, les plus humbles

(i) Liber Pontif.

(a) Registres.

(3) Cod. Jast. liv. I, tît. a, 19.

(4) Saint Jkroms, Epist. ad Eustoch, Epîtaph. Paal»,

(5) Saint Jkromc, Epist. 54, De morte Fabiolx,

réduits de la ville de Home, estimant qu'elle avait reçu un dommage personnel, lorsque quelqu'un avait pu la prévenir en procurant des soins aux infirmes et aux pauvres (i). n

Néanmoins les hôpitaux proprement dits ne pouvaient qu'être infiniment avantageux à une foule de pauvres qui ne trouvaient chez eux ni le conlortable, ni l'hygiène, ni la continuité de soins désirables. Le premier hôpital de Rome ne fut fondé qu'assez tard,

far l'illustre Fabiola. Il faut lire dans saint Jérôme admirable peinture d'une charité qui s'attaquait de préférence aux plus horribles maladies, aux inlirmités les plus répugnantes. C'est justement pour ce genre de maladies que des hôpitaux étaient le plus nécessaires : (( Combien de fois l'a-t-on vue portant sur ses épaules des pauvres dégoûtants de saleté ? Combien tfe fois l'a-t-on vue laver des plaies qui répandaient une puanteur telle que personne ne pouvait même les regarder ?... Non, quand j'aurais cent bouches, cent langues, et une voix de fer, je ne pourrais énumérer tous les noms des maladies auxquelles Fabiola procura tant de soulagement (a). » Pour cette fondation, elle avait abandonné tous ses biens qui étaient considérables.

Les hôpitaux étaient sensiblement plus anciens en Orient où on les désignait par le nom de nosocomia. Il y en avait un àConstantinoplequand saint Jean Chrvsoslôme devint évêque de cette ville. Il y en établit six autres. Une loi d'IIonorius et de Théodose nous apprend quel développement le service hospitalier avait pris à Alexandrie : a Pour les infirmiers (parabolani), délégués au service des malades, nous ordonnons qu'ils soient établis au nombre de six cents. On les choisira parmi ceux qui ont ac(|uis le plus d'expérience dans ce genre de service. » Il y en avait donc plus encore dans la seule Alexandrie. Leur choix était abandonné

(i) PiLLA.D. Dial., ch. vni.

(a) Cod. Théod. liv. xvni. Cor. JusL i. lit. 5, 16.

à l'évêque sous les ordres duquel ils demeuraient (i).

Peut être ces infirmiers constituaient-ils une sorte d'ordre religieux (2). Saint Jean Ghrysostôme n'acceptait que des hommes qui ne fussent point engagés dans les lois du mariage (3).

Nous avons dit plus haut en parlant de l'hospitalité que cette forme de la charité ou tout au moins de la bienveillance (sociale était celle dont les civilisations antiques avaient eu la plus claire notion. Toutefois cette vertu était demeurée toute privée. L'étranger inconnu était abandonné à lui-même. Athènes est la seule ville où l'hospitalité ait été exercée publiquement. Il y existait dès une date inconnue mais certainement lointaine des xenodochia ou maisons pour les étrangers que leurs affaires ou la curiosité attiraient dans la capitale de l'Attique. Des magistrats, appelés proxènes, étaient chargés au nom de l'Ltat d'y présider à l'hospitalité publique (4). Il y^ avait aussi à Thèbesun hospice avec des lits. Il était situé près du temple de Junon et consacré à la déesse. Il est probable que c'était une sorte de refuge pour les voyageurs sans asile (5). De pareilles attentions pour les hôtes étrangers sont bien dignes de l'aimable génie du peuple Grec. Malheureusement les exemples que nous venons de citer sont les seuls connus. On peut conclure que ces institutions étaient rares. L'auberge était une médiocre ressource pour le voyageur, et des anecdotes bien connues prouvent que la sécurité même était loin d'y être absolue. Sous le règne de Constantin et de ses fils, l'Eglise fonda partout des xenodochia. L'utilité de ces maisons n'est pas douteuse. Une homélie de

(i) C'est l'avis du savant Godefroy, dans son commentaire du Code Théodoisen. V. Tollemer, p. 77. (1) Paixadius, loc. cit.

(3) Xé>îoph. Hist. Grecque, v, 4.

{!\) Thucyd, III, 68.

(5] Saint Jean Chrïsostome, m act. Dom. 45, 3.

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saint Jean Chrysoslôme (i) nous apprend à quel point elles étaient nécessaires. 11 en existait une à Conslantinople. Or, le nombre des étrangers qui s'y présentaient était tel qu'elle était loin de pouvoir les accueillir tous. Aussi le saint évêque, dont l'éloquence ne se lasse jamais de l'aire appel à la charité personnelle et directe, exhorte-t-il ses ouailles à créer cnacun dans sa maison un xenodochiani, c'est-à-dire une chambre pour les étrangers, avec un lit, une table, un flambeau. Pour toute rénumération il leur recommandait de ne solliciter que des prières. Pammachiuset Fabiola consacrèrent une partie de leurs richesses à la fondation d'une hôtellerie à Ostie, où l'incessant va et vient des voyageurs du monde entier rendait cette création plus utile que partout ailleurs. Aussi fut-elle bientôt célèbre et assidûment fréquentée. Des moines la desservaient (a). Pammachius lui-même, en robe de bure, ne croyait pas s'abaisser en servant de ses propres mains les étrangers qui venaient frapper à la porte de son xenodochium. Peu à peu, on en rencontre de semblables sur tous les points du monde romain. Chaque monastère dut en posséder un à côté de ses bâtiments propres, ainsi qu'un hôpital et souvent aussi un orphelinat où les enfants étaient instruits dans l'agriculture et les métiers.

Enfin de tous les établissements de charité, le plus grandiose, celui qui laissa dans tous les souvenirs l'empreinte la plus profonde, est la fameuse basdéide, œuvre de saint Basile à Césarée. 11 mit tant d'ardeur à la créer au'on l'accusa d'y avoir épuisé toutes les ressources des Eglises. Il se justifia d'ailleurs de ce reproche. La basiléidc était à la fois un Xenodochium où l'on recevait les étrangers et les passants, un hôpital f pour les malades, et un hospice où l'on donnait du

(i) Saint Jkrômk. Epht. 84. VU. Fait, ad Oceon.

(a) Saint Uasilb, He^ulse Juaius traclatat. iiilsrrog. ir,

XlXVllI, LUI.

travail à ceux qui y étaient admis, forme d'assistance particulièrement remarquable à cette époque, et l'une de celles qui échappent le plus aux reproches spécieux et souvent justifiés que l'on adresse à l'assistance quelle qu'elle soit. Les produits de ce travail étaient vendus au dehors, et le bénéfice contribuait à l'entretien de l'établissement. Celui-ci était une véritable ville, nous dit- on, avec toute une population de médecins, d'infirmiers, de porteurs pour les infirmes, de guides pour les aveugles. Enfin il y avait dans la basiléide une léproserie. C'était la première fois que €es tristes victimes de la plus affreuse maladie voyaient se tendre vers eux des bras compatissants, la première fois qu'ils étaient traités en hommes et non en fléaux de l'humanité, la première fois qu'ils se voyaient accueillis en frères et non plus repoussés avec horreur. Cette institution seule suffirait à témoigner du changement qui s'était fait dans les cœurs depuis l'avènement du christianisme (i).

L'éloge le plus éloquent que nous puissions citer de cette extraordinaire diffusion de la charité, nous ne l'emprunterons pas à quelque Père de l'Eglise, mais au plus implacable, ennemi du Galiléen, à celui qui, pour rénover le paganisme expirant, tenta de lui infuser les vertus de la religion nouvelle, à Julien l'Apostat Sa lettre au grand prêtre de Galatie, Arsace, est bien connue, mais elle est toujours bonne à rappeler, et l'on peut dire, toujours d'actualité t « Pourquoi nous reposer comme s'il n'y avait plus rien à faire ? Que ne tournons-nous nos regards vers ce qui a grandi la secte impie des chrétiens, leur bienveillance envers les voyageurs, les soins qu'ils donnent à la sépulture des morts et la pureté qu'ils simulent... Fais donc MeYêT dans toutes les cités de la Galatie des hospices

(i) Sur la Basiléide: Sozomène, Hist. Eccl. vi, 34. — Saint GnéG. de Njlz. Fun. oraiio in laud. Basilii magni., orat, xlîii, ê3. — Saint Basile, Ep. xciv.

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pour les voyageurs, aliii que tous jouissent de notre libéralité, non seulement ceux nui professent notre religion, mais les autres encore, du moment qu'ils sont tombés dans le dénuement. Voici les moyens que j'ai adoptés pour subvenir aux frais du service : j'ai ordonné de répartir dans toute la Galatie trois cent mille boisseaux de froment et soixante mille setiers de vin. Le cinquième appartiendra aux prêtres chargés de cet office, et le reste sera pour les étrangers et pour les mendiants. Car c'est une honte pour nous que parmi les juifs, personne ne mendie et que les impies Galiléens nourrissent non seulement leurs pauvres, mais encore les nôtres, et que nos proches mêmes soient abandonnés par nous qui devrions les secourir ;^ i) ».

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