‹ La charité catholique en France avant la RévolutionChapitre 4 sur 28 · Madelaine. o. c, p · texte numérisé non relu

Madelaine. o. c, p

monastique avec ses vertus , avec son esprit de dévouement et de bonté, qui fait que le moyen âge surtout, depuis la formation de la nation française jusqu'à la constitution de la société moderne, est redevable au monachisme de deux des plus grands biens : la prière et l'aumône; « la prière, dit M. Ch. d'Héricault, qui apaise Dieu; l'aumône sous toutes ses formes cordiales et fraternelles, qui adoucit les douleurs de l'âme et du corps1. »

Les moines ont prié, agi, aimé, secouru. C'est toute leur histoire. L'association monastique formée pour le bien individuel de chacun de ses membres, pour leur salut spirituel, s'est trouvée être la plus grande institution de bien général et social. La conclusion de l'histoire du monachisme en Occident, si éloquemment écrite par M. de Montalembert , c'est qu'il n'y eut jamais , à aucune époque , des hommes non seulement plus vertueux, plus forts, plus libres, plus dignes, mais plus entreprenants, plus actifs, plus pratiques que les moines du moyen âge. En travaillant seulement à faire leur salut, ils ont rendu les plus grands services à la société, ils ont fait le plus de bien aux hommes.

Outre les services rendus à l'agriculture et aux populations agricoles, les ordres religieux avaient leur grande part dans la science et l'exercice de la médecine, qui étaient, à l'époque ancienne, un des attributs du clergé. Les cloîtres, et en particulier ceux de saint Benoit, produisaient un grand nombre de médecins aussi savants, pour le temps, que charitables. La bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier a recueilli une abondante provision de manuscrits médicaux provenant de la célèbre abbaye de Clairvaux -.

La bibliothèque de la Sorbonne en a conservé qui viennent du célèbre Pierre de Limoges. Tous nos grands dépôts de livres en contiennent ainsi un bon nombre d'origine monacale. Albert le Grand, Roger Bacon, Raymond Lulle, tous les trois religieux, sont aussi célèbres par leurs ouvrages de médecine que par leurs traités de philosophie. Jean de Saint -Gilles, qui quitta sa robe de docteur pour prendre l'habit de Saint-Dominique, avait été médecin de Philippe- Auguste. H enseigna avec éclat à l'université de Montpellier. Peu après lui, on voit le moine Pierre de Limoges occuper, vers L270, le poste éminent de doyen de la Faculté de médecine de Paris 3. La thérapeutique, cultivée surtout au moyen âge par les moines, ne fut pas délaissée par eux dans les siècles suivants. L'histoire de la chirurgie a fait une place d'honneur à un humble religieux, « dont le savoir, dit un docte médecin, l'a rendu aussi illustre parmi les

1 La Presse, 22 mars lsTU.

- D'Arbois île Jubain ville , les Abbayes cisterciennes, pp. I0J. L04.

3 Du Roulay. Histoire de l'Université de Paris, III , 398.

grands opérateurs qu'utile dans une des plus cruelles maladies » : c'est le premier lithotomiste, le frère Jacques de Deaulieu, natif du comté de Bourgogne. Il vint, à Paris en 1697, et s'y fit bientôt, par sa nouvelle méthode de taille de la pierre, une immense réputation. A côté de lui se place un autre inventeur, le prieur d'Acqueville, à qui un oculiste de renom, Saint-Yves, attribue la découverte de la pierre divine | vitriol bleu) pour les maladies d<'< yeux.

Un statut du chapitre général de Clairvaux nous apprend qu'il v avait des moines et des corners médecins dans les abbayes cisterciennes. Ce grand ordre de Citeaux, qui couvrait la France au moyen âge, mettait ainsi, dans toutes les contrées où il avait des maisons, des médecins à la disposition des malades pauvres. Il en était de même des autres ordres religieux, si nombreux et si florissants jusqu'au xvie siècle. Avant tout, la médecine monastique se consacrait aux pauvres.

Un trait de la chronique de Citeaux, rapporté par Léon Gautier, nous montre, dans un saint et savant moine de la famille de saint Bernard, tous les moines adonnés, comme lui, à la thérapeutique dans les monastères. « Il y avait à Clairvaux un moine savant dans l'art de la médecine. Les nobles et les grands de la terre demandaient continuellement ses services. Lui, préférant les pauvres, consacrait tous ses soins à leur guérison. Il ne se contentait pas de guérir leur maladie, il soignait de ses propres mains leurs chairs putrides, d'où coulait un sang corrompu. Il y mettait un si grand zèle qu'on eût cru que c'étaient les plaies de Jésus-Christ. Et c'était la vérité1. j>

Ce dernier trait du chroniqueur explique les merveilles de la charité dans le inonde chrétien. Aux yeux du vrai disciple de l'Évangile, tout pauvre était un autre Jésus-Christ; ses misères, sa nudité, ses plaies, étaient celles mêmes du Sauveur. Avec quelle tendresse alors les hommes qui avaient fait plus particulièrement profession d'imiter Jésus-Christ, ceux qui menaient la vie parfaite dans les cloître . secouraient et soignaient ces misères sacrées, qui étaient pour eux comme la représentation de la croix du Calvaire ! De quel amour saint et surnaturel ils aimaient les pauvres, les souffrants, les malheureux de tout genre ! Tout le secret de la charité catholique est là.

Les grandes époques d'épanouissement ou de réveil de la charité en France coïncident avec l'apparition de nouveaux instituts religieux. Les temps les plus féconds ce furent ceux de saint Bernard,

1 Exordium may. ordinis cisterciensis , dist. l\ . c. t.; apud BiM. Pati. cisterc, I, 130.

de saint Norbert, de saint François d'Assise, de saint Vincent de Paul et du bienheureux Jean-Baptiste de la Salle, ces grands fondateurs d'ordres et de congrégations, qui développèrent si admirablement les œuvres de charité.

Le xne siècle marque une époque nouvelle dans l'histoire des institutions charitables. On y voit les hôpitaux desservis, à partir de ce moment, jusqu'au XVIIe siècle, par des milliers de petites congrégations de frères et de sœurs qui suivent la règle de saint Augustin, plus ou moins modifiée par les grands ordres religieux des xie et xne siècles, ou qui dérivent du tiers ordre franciscain.

dette dernière association se rattache à la grande innovation que le xme siècle vit s'introduire dans la vie religieuse par la fondation de nouvelles institutions monastiques.

C'est un des traits les plus originaux du moyen âge que cette admirable création des ordres mendiants, personnifiés surtout dans les enfants de saint François.

lusque-là, il y avait des ordres religieux, adonnés à la vie contemplative et à la prière, qui exerçaient envers les malheureux toutes les œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle. Le régime de ces ordres les obligeait à posséder. C'était dans l'intérêt des pauvres qu'ils recevaient ou acquéraient les biens-fonds qui constituaient le patrimoine de la vie religieuse. Former des associations dans le but, non seulement d'honorer Dieu par la prière et une vie plus parfaite, mais aussi de rendre service au prochain en économisant et en travaillant pour les autres; c'était, assurément, une pensée généreuse et nouvelle dans le monde. « Mais il y avait quelque chose de plus hardi encore : c'était de s'associer pour vivre en commun dans un dépouillement volontaire et complet, pour s'occuper des intérêts des autres sans souci personnel de l'avenir, pour mendier ostensiblement le pain de chaque jour et pour donner ainsi à la pauvreté l'honneur d'une consécration volontaire, publique et solennelle1. » Tels furent les ordres mendiants, franciscains, dominicains, caFmes et augustins.

On vit alors des milliers et des milliers d'hommes s'éprendre d'amour pour la pauvreté, à la suite de Dominique, et surtout du glorieux pauvre de Jésus-Christ, François. On les vit, sous une grossière robe de bure, pieds nus, la besace sur l'épaule, s'en aller partout, mendiant leur pain pour eux et pour les pauvres comme eux, prêchant la charité, la justice et la paix, et disant au monde, par leur exemple et leur prédication, le bonheur dans la pauvreté et par la pauvreté : « Bienheureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient, »

1 Auguste Ric^e, les Ordres religieux, p. -..

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On pouvait, surtout avec un esprit malveillant, reprocher aux anciens ordres leurs richesses et leur luxe, et oublier les grands services qu'ils avaient rendus, et qu'ils continuaient à rendre; mais il était impossible de ne pas admirer, dans la ferveur de l'institution primitive, ces moines mendiants qui faisaient profession de ne vivre que d 'aumônes et de ne rien posséder en propre.

« A la distance qui nous sépare des temps où l'on voyait ces choses, ajoute M. Riche, et avec les habitudes de notre siècle, il n'est pas facile de se rendre bien compte du service rendu aux pauvres et à toute la société par les ordres mendiants. Mais en se reportant à l'époque où ils parurent, et en suivant leur marche à travers les siècles, on voit qu'ils exercèrent en réalité une influence immense et presque tout entière au bénéfice du peuple. » Pauvres volontaires, et n'ayant besoin que de peu, ils purent soulager plus efficacement la pauvreté, en même temps qu'ils la firent aimer ou accepter. Fin pratiquant la charité, ils prêchaient la résignation; ils rendirent l'aumône plus féconde en la partageant avec les malheureux. Et plut à Dieu qu'ils fussent encore là aujourd'hui, comme ils étaient au milieu des peuples chrétiens pendant les siècles de foi , et que les lois leur permissent de mendier encore pour continuer de prêcher au monde la sainte pauvreté !

L'action de saint François d'Assise fut sensible en France. Les hérésies perfides des Albigeois et des Yaudois menaçaient de pervertir un grand nombre d'esprits. Leurs sectateurs se présentaient avec les dehors de la pauvreté évangélique. Mais Dieu avait envoyé à l'Église saint François d'Assise, <r véritable pauvre, qui aima la vraie pauvreté et la fit aimer de tout son siècle. » Pour en répandre mieux l'esprit, François fonda le tiers ordre régulier, à l'imitation de celui que saint Norbert avait institué un siècle auparavant. « La fondation de ce tiers ordre, dit Léon Gautier, réveilla partout l'amour éteint , et l'on se passionna partout pour le service des pauvres. On voit alors, sur tous les points de la chrétienté, surgir à la fois plusieurs milliers de petites congrégations religieuses consacrées au seul soin de^ pauvres malades. Les villes en possèdent plusieurs; souvent les villages en ont une '. » Avec la règle de saint Augustin, le tiers ordre franciscain fut, en effet, la source où elles s'alimentaient principalement. Les confréries du tiers ordre, établies partout, développaient l'esprit d'association, et contribuaient ainsi à la multiplication de ces petites communautés, mi-religieuses et mi-séculières, d'hommes et de femmes, qui se fondaient, sous l'empire de l'esprit général de charité, pour le service des Maisons-Dieu.

1 La Charité, p. 96.

Beaucoup de ces petites congrégations particulières, qui desservaient les hôpitaux d'une ville ou d'une contrée, ont disparu avec le temps ou au milieu de la tourmente révolutionnaire du siècle dernier. Quelques-unes ont traversé toutes les crises et subsistent encore. Telles sont les sœurs Augustines de l'Hôtel- Dieu de Paris.

L'institution la plus complète en ce genre est celle des sœurs hospitalières de Lyon. Elle remonte au xve siècle. « D'abord recruté parmi les filles repenties, le corps des hospitalières reçut bientôt dans ses rangs des personnes d'un passé exemplaire, qui se dévouaient au soin des malades. En 1526, un costume leur fut donné par les administrateurs, que l'on désignait alors sous le nom de recteurs, et, après quelques années d'assiduité à leurs devoirs, lorsque leur persévérance et leur zèle prouvaient la sincérité de leur vocation , elles étaient admises à prononcer au pied des autels le serment de se consacrer aux pauvres malades, et elles recevaient une petite croix d'argent sur laquelle était gravée l'image de Notre-Dame-de-la- Pitié, patronne de l'Hôtel-Dieu1. » Ces sœurs croisées, au nombre de huit cents, desservent aujourd'hui encore tous les hôpitaux de Lyon. Elles ont conservé intact le caractère mi-religieux, mi-séculier de leur fondation.

Au milieu du développement de la vie monastique, qui assurait aux pauvres des secours multipliés, des ordres religieux avaient été spécialement fondés pour le soulagement de misères particulières. Tel était l'ordre des Trinitaires, pour la rédemption des captifs, institué au commencement du xme siècle, dans le nord de la France, par saint Jean de Matha avec saint Félix de Valois, et l'ordre semblable de la Merci, établi peu après, en Espagne et dans le midi, par saint Pierre Nolasque, pour la délivrance et le rachat des chrétiens captifs sous le joug des infidèles.

Tel était encore l'ordre hospitalier de Saint-Antoine de Viennois, fondé, à la fin du xne siècle, par un gentilhomme dauphinois, Ga>ton, pour soigner les pestiférés atteints du mal que l'on appelai! alors feu sacré ou feu de saint Antoine 2.

L'ordre de Saint-Lazare, ordre religieux el militaire, placé sous le patronage du bienheureux pauvre de l'Evangile, avait pour mission spéciale de soigner les lépreux. Introduit en France sous Louis VJI, il y établit un grand nombre de maisons pour ces malheureux qui étaient le rebut de la société.

Les grands ordres hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, des chevaliers de Rhodes el de Malte, des chevaliers de Saint -Lazare,

1 De Witt, lu Charité e/i Franc*, p. -2"j4.

2 V. Advieile . Histoùc de l'Ordre hospitalier dt Saint- Antoine dt Vienrufi

ordres religieux el militaires, fondés au \ie el au \n° siècle par les croisés, à Jérusalem, pour recevoir el soigner les pèlerins, les voyageurs, les malades, les pauvres, el les défendre à main armée contre les infidèles, eurent l»i<jniôi de nombreux établissements en France sous le nom de prieurés <•( de commanderies. Eux aussi tiennenl une place importante dans les annales de la charité par les nombreux hôpitaux qu'ils desservaienl '. 11 y avait, à côté «les frères, des sœurs hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem, adonnées aux mêmes œuvres charitables.

Un autre ordre, d'un caractère différent, a eu un rôle considérable dans l'histoire de la charité au moyen âge. c'est l'ordre hospitalier du Saint-Esprit, fondé à la fin du xne siècle par Gui de Montpellier, dans la ville de ce nom, et dont le siège fut de bonne heure transféré à Rome, à l'hôpital de Sainte- Marie. Établi pour le soulagement de toutes les misères, il se répandit bientôt, grâce surtout à l'appui des papes, dans une grande partie de la chrétienté.

11 ne parait pas avoir jamais eu un caractère militaire. C'était un ordre moitié séculier, moitié ecclésiastique, régi par un grand maître laïque, assisté de visiteurs généraux, et ayant sous son autorité les commandeurs des maisons-mères, ou hôpitaux-chefs, de qui relèvent à leur tour les recteurs et maîtres des maisons filiales. Le pouvoir des supérieurs y était tempéré par l'institution des assemblées capitulaires.

L'Ordre comprenait, avec les frères et sœurs chargés du soin des œuvres de charité corporelle, des prêtres et clercs qui remplissaient les fonctions spirituelles. « Il recevait encore des oblats, c'est-à-dire des enfants offerts par leurs parents pour être élevés dans une maison de l'ordre, et s'y consacrer plus tard à Dieu par les vœux de religion, et aussi des oblats ou donnés d'âge mûr, qui s'engageaient au service de l'ordre, soit pour un temps déterminé, soit pour la vie, avec la totalité ou une partie de leurs biens. Enfin il y avait aussi des serviteurs à gages. »

L'originalité propre de l'ordre hospitalier du Saint-Esprit, au milieu de tant d'institutions charitables, c'était d'abord le caractère d'universalité des œuvres de charité qu'embrassait le nouvel institut : malades, orphelins, enfants abandonnés, pauvres, vieillards, femmes en couches, pécheresses repentantes, pèlerins et voyageurs, toutes les classes de nécessiteux trouvaient un asile dans ses maisons ; c'était ensuite « la forte hiérarchie, si favorable à la discipline religieuse, qui reliait toutes les maisons à la maison principale de

' Farochon, les Chevaliers de Rhodes ri >l>- M,//(f Hospitaliers 'I'' Saint-Jean de Jérusalem .

Rome par l'intermédiaire des maisons mères ou coinmanderies magistrales de chaque pays ou grande province ».

Jusqu'au xvi° siècle, l'Ordre ne cessa de s'étendre; outre les nombreux hôpitaux, maladreries, prieurés et maisons conventuelles qu'il possédait en tout pays, cl particulièrement en France; il se ramifiait dans une multitude de confréries locales du Saint-Esprit. Les souverains Pontifes avaient concédé aux supérieurs de l'ordre le pouvoir de l'ériger partout avec les mêmes privilèges qu'à Rome. Les frères hospitaliers du Saint-Esprit en usèrent pour fonder à côté de leurs maisons conventuelles un tiers ordre formant confrérie. « Partout où s'établissait un hôpital , on voyait naître en même temps une ronfrérie, et les églises du voisinage, jalouses de la posséder à leur tour, formaient bientôt comme une couronne autour de la maison hospitalière. » C'est ainsi que l'Ordre, du xme au xvne siècle, couvrit la France, et surtout le Midi, la Bourgogne et la Franche- Comté, de nombreux hôpitaux et de confréries plus nombreuses encore '.

A côté des ordres religieux proprement dits, on trouve encore diverses associations, animées de l'esprit chrétien, qui coopéraient aussi aux œuvres de charité. Tel était l'institut des Béguines, d'origine flamande, une des créations les plus originales du moyen âge, et qui montre le mieux la pénétration de la société religieuse et de la société laïque à cette époque. Leurs maisons, principalement établies dans le nord de la France, formaient autant de communautés de femmes de tout âge, filles ou veuves, et de toute condition, réunies dans un même enclos, qui menaient, sous une règle simple, et chacune dans leur petit logis, une vie mi-séculière et mi-religieuse. Leur occupation principale consistait dans les exercices de piété et de charité.

On disait d'elles :

Que moult font grandement pénitence

Et tiennent bien en leur couvent

Religion et chasteté;

Et sont pleins d'humilité ,

Et font aumônes volontiers.

Pour les pauvres, les béguinages étaient, comme les couvents, des maisons de secours, toujours ouvertes à ceux qui avaient faim et qui n'avaient pas de vêtement.

Les pieuses femmes qui vivaient en commun dans ces saintes

1 M. l'abbé P. Brune, Histoire de l'Ordre hospitalier du Saint -Esprit , corrigé par M. Léopol Delisle (dans Journal des savants, juin 1803 ), qui montre qu'il faut en rabattre un peu de la trop grande extension attribuée à l'Ordre par M Brune, sur la foi d'un - rtain nombre de pièces Mopedes.

retraites, occupées principalement de leur salut, s'adonnaient aussi aux œuvres de miséricorde spirituelle. Toutes devaient travailler de leurs mains et assister les pauvres. Un de leurs emplois était d'instruire les petits enfants. Plusieurs d'entre elles avaient pour fonction spéciale de leur faire la classe tous les jours.

A Paris, il y avait « l'ostel des escoliers du béguinage ». C'était un des principaux bâtiments de cette petite cité cloîtrée. Une sentence, rendue en 1 i32 par le prévôt de Paris, rappelle que la maîtresse ou supérieure de la communauté est « chargée du gouvernement et administration tant du béguinage et des béguines, et escolliers estant en icelui '. »

Au xvp siècle , ces pieuses communautés , formées surtout de femmes et de filles de la bourgeoisie, se répandent dans les hôpitaux de la Flandre, de l'Artois et de la Bourgogne. On les y appelle. Ainsi Nicolas Rolin , chancelier de Bourgogne, qui fonda le célèbre hôpital de Beaune en 1441, en fait venir de Malines pour le desservir. Quelques-unes, comme celles-ci, formèrent par la suite de véritables petites congrégations religieuses. La congrégation de Sainte- Marthe, de Beaune, avait acquis, au xvne siècle, une telle réputation pour la bonne tenue des hôpitaux que, lorsque la municipalité de Châlons voulut, en 1632, procéder à la réforme de son hôpital, elle s'adressa à la congrégation de Beaune pour avoir deux de ses sœurs. Le maire et les échevins de Chàlons finirent par obtenir des patrons de la Maison-Dieu de Beaune, héritiers et successeurs de Nicolas Rolin, l'établissement définitif « de telles filles si vénérables » dans leur ville.

C'est un des caractères de la charité aux âges passés, que celte multitude et cette variété d'associations religieuses ou séculières , formées pour le service des maisons hospitalières et le soin des pauvres.

Ainsi, l'Hôtel- Dieu de Châteaudun avait été fondé par une association de prêtres, au commencement du XVe siècle; « ils vivaient en commun, sous le nom de Frères condonnés, parce qu'ils s'étaient donné mutuellement leurs biens, leurs personnes et leurs cœurs, à l'instar de la primitive Église. Des villages entiers leur étaient affiliés pour pratiquer les œuvres de miséricorde, et le grand développement de cet hospice fut dû à l'effort commun des prêtres et des fidèles 2. »

En dehors des congrégations ou communautés religieuses qui desservaient les Maisons-Dieu, existaient des confréries de laïques ayant, comme celles-ci, un but charitable. Les unes exerçaient l'hospitalité, les autres vaquaient à la visite des malades. Souvent

1 Léon le Grand, les Béguines tir Paris, 1893, in -s

2 Do Witt . il 7;;.

(était l'affluence des pèlerins à un sanctuaire célèbre qui déterminait les personnes généreuses de la ville à former des associations pour subvenir aux nécessités de ces pieux étrangers. Le plus souvent, c'était le désir de s'employer au service des pauvres et des hôpitaux de la localité. Ces pieuses agrégations pullulaient dans la vieille France. Elles en sont l'honneur.

<r Les frères et les sœurs de charité dont tout le moyen âge, jusqu'au xvne siècle, se trouve rempli, dit M. Léon Gautier, suivaient généralement la règle de saint Augustin; mais ils ne formaient pas une seule communauté, gouvernée par les mêmes lois et dirigée par les mêmes chefs. Autant de Maisons-Dieu, autant de communautés différentes. C'était là la vie de cette organisation; ce fut aussi une cause de sa ruine. Cette ruine commença au XVe siècle pour ne s'arrêter qu'au xvnc. »

A cette époque un grand changement s'opère.

Humblement occupé de ses œuvres d'assistance spirituelle et corporelle, et sans songer en rien à la gloire des inventions, Vincent de Paul se trouve être l'auteur de la plus grande révolution dans le régime hospitalier. On a voulu faire honneur à son génie d'avoir compris que le défaut d'unité dans l'assistance des pauvres, dans la distribution des secours, pourrait compromettre la durée des institutions charitables. On a dit que, au lieu de mille petits ordres, saint Vincent de Paul avait voulu en fonder un seul qui desservirait à la fois mille maisons, avec le même esprit et la même méthode. L'humble et bon saint ne forma point de conception aussi vaste. Mais il eut clairement la vue des besoins nouveaux du temps , et l'institution des Filles de la charité, bien modeste, bien petite à ses débuts, répondit, avec la bénédiction de Dieu, à cette pensée de rénovation du service des hôpitaux.

Avec le concours de l'admirable femme, Mllc Legras, que la Providence lui donna pour auxiliaire, Vincent de Paul fonda un ordre religieux nouveau dans l'Église, un ordre uniquement voué aux emplois de la charité, et un ordre qui, avec le temps, en suscita d'autres semblables, et servit comme de modèle à toutes les congrégations modernes. Dans l'admirable épanouissement de la vie religieuse, au milieu de la multiplicité des ordres de femmes, l'Eglise n'avait pas encore eu la sœur de charité. Jusque-là les vierges consacrées au Seigneur s'enfermaient dans les monastères pour y mener la vie contemplative. Toutes les religieuses étaient cloîtrées. Mais voici la Fille de Saint -Vincent-de-Paul qui vient offrir un nouveau type de vertu et de générosité. « Vierge sans cloître, religieuse dans le monde, modèle de vie contemplative au sein de la vie la plus

active, épouse de Jésus-Christ et servante des pauvres à la fois, la sœur de charité est la dernière et la plus merveilleuse des inventions du génie chrétien '. »

Saint Vincent de Paul n'avait songé d'abord, sur les conseils de Mlle Legras, qu'à former de bonnes et pieuses servantes pour assister les dames des confréries de charité, dans le soin des malades et des infirmes. Cette modeste école d'infirmières, à la fois instruites dans la pratique de leur état par leur sainte directrice, et dans la divine science de la charité par leur maître spirituel, est devenue la congrégation des Filles de la charité.

(Juoi de plus admirable que le développement et l'office de ces humbles servantes des pauvres, que le peuple appela d'abord les sœurs grises, à cause de leur pauvre robe de bure, et qui ont fini par s'appeler du beau nom de sœurs de charité! « Servantes des pauvres, sœurs de tous les malheureux , elles deviennent aussi les anges gardiens de l'enfance, les mères des orphelins, les filles des vieillards, les institutrices de la jeunesse, les protectrices des fous et des forçats. Infini est le champ de leur charité; leur vocation n'a d'autre borne que l'extrémité des affections humaines. Vincent de Paul les a faites pour toutes les misères, pour toutes les détresses. Ni l'école avec ses ennuis, ni l'hôpital avec ses horreurs ne suffisent à leur dévouement; elles courent au-devant de la peste aussi bien que sur les champs de bataille; et il n'y a ni climat ni distance qui les arrête2. »

Au bout de vingt -cinq années d'expérience, Vincent de Paul leur avait donné leurs règles, aussi bien pour les maintenir dans leur vocation , que pour assurer la perpétuité de l'institut. Ce sont ces règles, approuvées par le saint-siège, qui ont créé un ordre religieux tout nouveau dans son esprit et dans ses manières d'être.

Vouées par état au soin des malades, à l'instruction des enfants, répandues dans le monde par leurs emplois, les Filles de la charité ne sont pas, à proprement parler, des religieuses ; elles n'ont ordinairement pour monastère, comme le veut leur institution, que les maisons de malades; pour cellule, qu'une chambre de louage; pour chapelle, que l'église de la paroisse; pour cloître, que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux; pour clôture, que l'obéissance; pour grille, que la crainte de Dieu, et pour voile, que la sainte modestie. Mais, plus exposées au dehors que les Carmélites ou les Clarisses, elles sont obligées de mener une vie aussi vertueuse, aussi pure, aussi édifiante que de vraies religieuses dans leur monastère.

C'est dans l'esprit des admirables règles tracées par son saint fon-

1 Ai Lotli . Saint Vincent de Puni, p, 159. -' /</., ibid., pp. 162- 16 i.

dateur, que l'institut des Filles de la charité a grandi et n'a cessé de susciter, parmi les jeunes filles et les femmes de toute condition, d'innombrables vocations. Telle a été son extension en moins d'un siècle et demi que, lorsque s'ouvrit la Révolulion française, on comptait quatre cent soixante et un établissements desservis par trois mille trois cents sœurs de Saint-Vincent- de- Paul '.

Les Sœurs de charité sont restées fidèles à la tradition de leur admirable Père spirituel et de leur sainte fondatrice, considérant les soins de leur état comme la plus excellente des dévotions et faisant passer le service des pauvres avant tous les exercices de piété. Cet esprit de charité, si conforme à l'Evangile, leur a valu de se l'aire aimer et estimer de tous et en tous pays. Dispersées comme toutes les autres congrégations religieuses par la tourmente révolutionnaire, les sœurs de Saint-Yincent-de-Paul furent les premières à se reconstituer, tant elles personnifiaient en elles ce zèle ardent et désintéressé de la chanté que le monde admire et dont il ne peut se passer.

Dès le 1er nivôse de l'an IX, un arrêté de Chaptal, ministre de l'intérieur, « constatant que les secours aux malades ne peuvent être assidûment administrés que par des personnes vouées par état au service des hospices, dirigées par l'enthousiasme de la charité, » autorisait la citoyenne Deleau, ci-devant supérieure des Sœurs de la charité, à former des élèves pour le service des hospices, et lui accordait, à cet effet, une maison située rue du Vieux -Colombier. La communauté se reforma.

Les Filles de la charité ne Lardèrent pas, avec l'exercice de leurs saintes fonctions, à reprendre la robe de bure grise et la blanche cornette sous laquelle le monde entier les connaît aujourd'hui, envieux de la France qui a eu l'honneur de les produire et qui est assez féconde pour en prêter à toutes les autres contrées de la terre. Leurs dévouements, leurs services, avaient forcé les premiers successeurs du régime de la Terreur à les rappeler.

Le temps et l'expérience avaient consacré l'œuvre de saint Vincent de Paul et de sa sainte collaboratrice, Louise de Marillac; les Filles de la charité s'étaient substituées peu à peu, dans les hôpitaux et dans les écoles, à ces communautés cloîtrées d'Augustines, qui desservaient au moyen âge un si grand nombre d'Hùtels-Dieu, de léproseries, de refuges, et chez qui les rigueurs de la règle religieuse ne s'accommodaient pas aussi bien de la condition de servantes des pauvres.

En cela, le saint restaurateur de la charité s'était rencontré avec

1 Statistique présentée par les sœurs au Chapitre général des religieuses converse») tenu pal décret impérial du 30 septembre 1807.

lé grand évèque do Genève; tous deux avaient compris les besoins des temps nouveaux.

La première pensée de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantai, dans L'institution des Filles de la Visitation, avait été de les fonder pour vaquer aux œuvres d'enseignement et de charité dans le inonde, sans clôture, (le projet se trouva réalisé presque en même temps par la compagnie des Filles de la charité et par la congrégation des sœurs de Saint- Joseph, fondée au Puy en 1050, par Mgr de Maupas, avec le P. Médaille, l'apôtre du Velay, et répandue aujourd'hui dans toutes les parties du monde.

Dès le commencement du xvine siècle, le midi de la France était presque en entier occupé par ces admirables émules des Filles de la charité. Leur emploi était d'instruire les petites filles, de desservir les établissements de sourds et muets, d'assister les prisonniers, de soigner les incurables, les épileptiques et les infirmes. <r Jusqu'à la Révolution, il en fut ainsi. Des milliers de soeurs de Saint-Joseph faisaient partout l'école et partout soignaient les malades. Elles étaient appelées par les municipalités, chéries des populations, louées par les évèques. Tous les diocèses successivement s'ouvraient devant elles1. »

C'était le même esprit, le môme but, dans la congrégation des Sœurs de charité connue sous le nom de Saint- Charles. Elle naquit humblement en 11)52, à Nancy, d'une petite communauté dont les membres s'étaient engagés à visiter et à soigner les pauvres malades; à l'époque de la Révolution , elle avait la direction de soixantecinq hôpitaux.

A côté des Filles de la charité, la plus zélée coopératrice de saint Vincent de Paul, une des plus grandes dames de l'époque, Mmc de Miramion, avait fondé' dans une même pensée la communauté séculière des Filles de Sainte -Geneviève, vulgairement connues sous le nom de Miramionnes. Les darnes qui s'y agrégeaient ne faisaient que des vœux simples, sans prise d'habit et sans se séparer du monde par la clôture; leur emploi était de soigner les malades, de leur fournir des remèdes, de distribuer des secours aux pauvres, de former aussi des maîtresses d'école pour la campagne et de donner renseignement primaire aux petites filles pauvres. Cette petite communauté, dont le zèle trouva à s'employer activement à Paris, ne dépassa guère les limites de la capitale et de sa banlieue.

Dès que les premières sœurs grises du bon saint Vincent de Paul avaient été connues, on en avait voulu partout. Elles donnèrent l'idée de fondations semblables à la leur. Telles furent les hospitalières de

1 Hei'vé Bazin, les Grands Ordres et congrégations de femmes i p. 246

Notre-Dame-de-la-Charité de Dijon, instituées, en 1682, par le vénérable Bénigne Joly. On le pressait, à défaut de sœurs grises, d'en donner d'autres au grand Hôtel- Dieu, desservi jusque-là par des religieuses du Saint-Esprit, qui n'étaient pas tout à fait aptes à cet emploi. « Ali! répondit-il, pour accomplir l'œuvre que vous me demandez, il faudrait être un Archange ou un Vincent de Paul; et, hélas! je ne suis ni l'un ni l'autre. » Mais, dans son humilité, il était un autre Père des pauvres, et il mérita par ses œuvres d'être appelé le saint Vincent de Paul de la Bourgogne d.

Dans le même temps, un autre vertueux et humble prêtre, Antoine Moreau, animé du même zèle, renouvelait autour de lui les merveilles de la charité du grand saint. Sur le modèle des Filles de la charité, il fondait à Montoire, dans le Berri, une communauté de servantes des pauvres, appelée aussi les Sœurs grises, et qui est devenue la grande congrégation des Sœurs de la charité de Bourges.

A Lyon, en 1080, le promoteur diocésain, M. Charles Démia, instituait la congrégation des sœurs de Saint-Charles, une des plus importantes de ce genre aujourd'hui, en lui donnant pour fins principales l'éducation des jeunes filles, le soin des malades et des pauvres.

Préoccupé avant tout des besoins de la jeunesse, le vénérable P. Barré, religieux minime, établit une congrégation de femmes qui vouèrent leur vie à l'enseignement charitable des petites filles pauvres, sous la protection de l'Enfant Jésus. Sous le nom de Dames de Saint- Maur, elles se propagèrent en France et étendirent leurs emplois aux soins de la charité. On peut juger de la diffusion de l'institut par sa situation en 178!) . « Il y avait alors six cents Dames de Saint-Maur répandues dans trente-cinq diocèses de France, travaillant toutes avec le même zèle, non seulement à l'enseignement des écoles gratuites ou dans les pensionnats, mais encore au soin des malades dans les hôpitaux 2. »

Dans le même esprit fut fondée, vers 4760, par un jeune prêtre lorrain, Jean- Martin Moye, la congrégation des Filles de la Providence, aujourd'hui ramitiée en six congrégations, dont les emplois consistent à tenir les écoles de filles de la campagne, à diriger des écoles normales , à desservir les hôpitaux et les salles d'asile. Ces saintes filles sont devenues légion et ont essaimé jusqu'en Chine.

De pieuses associations avaient coïncidé çà et là avec les grandes fondations charitables du xvne siècle. Dès l'année 1639, Jérôme le Royer de la Dauvenière, conseiller du roi et receveur des tailles dans

1 A. Loth, o. c, Appendice, p. 66.

2 Hervé Bazin, o. c, p. 298.

l'élection de la Flèche , créait l'institut des hospitalières de Saint- Joseph, qui se consacraient gratuitement au service des pauvres dans les hôpitaux. Vingt ans plus tard, la congrégation avait déjà passé au Canada.

En 11» i-7, la communauté des Filles dévotes de Crécy- sur -Serre, formée par deux humbles servantes, Elisabeth et Martine Jacot, avait sa règle. Les principales occupations des deux saintes filles, après les exercices de piété et le soin des églises, étaient toutes de charité. Elles faisaient l'école aux petites filles, elles prenaient soin des malades, consolaient les affligés, visitaient les prisonniers et procuraient des aumônes aux pauvres honteux. Avec une deuxième règle, modifiée et ampliée, les Filles dévotes, plus communément appelées sœurs de Saint-Benoît, se développèrent au xvnie siècle et multiplièrent leurs œuvres.

En 16G2, le P. Ange le Proust, prieur des Auguslins de Lamballe, fondait dans celte ville, avec quelques demoiselles nobles et pieuses, la société des hospitalières de Saint-Thomas-de-Yilleneuve, société toute dévouée au service des pauvres malades, qui bientôt s'étendit dans les principales villes de Bretagne.

Au siècle suivant, un apôtre au cœur de feu, Louis-Marie Grignon de Montfort, recommençait saint Vincent de Paul. Il avait repris les mêmes œuvres, s'inspirant des mêmes besoins du temps, l'œuvre des missions dans les campagnes, celle de l'instruction chrétienne pour la jeunesse, et du soin des malades. A cette fin, il avait fondé, à l'exemple de saint Vincent de Paul, et plus particulièrement pour l'ouest de la France, deux communautés, l'une de prêtres missionnaires, l'autre de frères enseignants; et avec le concours d'une autre Mllf> Legras, la jeune et héroïque Marie-Louise Trichet, la congrégation des Filles de la Sagesse. Celle-ci rivalisa bientôt de zèle avec les Filles de la charité dans l'instruction des enfants et le service des hôpitaux. Plus tard elle se dédoubla, pour ainsi dire, dans la congrégation des Sœurs de la Croix-de-Saint- André, née au diocèse de Poitiers après les jours mauvais de la Bévolution, par l'effet d'une commune sollicitude d'un prêtre généreux , André-Hubert Fournet, et d'une admirable vierge, Marie -Elisabeth Richier des Ages, pour les enfants, les malades et les pauvres.

Le Midi eut aussi sa fondation spéciale avec la congrégation de Nolre-Dame-de-Grâce ou des sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, établie à Aix par la R. M. Pauline de Pinczon du Sel, dans le double but de fournir des institutrices aux petites filles du peuple et des infirmières aux hôpitaux. Comme les autres, elle se propagea bientôt et s'étendit du sud à l'ouest.

C'était la pensée du temps de s'occuper à la Ibis des écoles et des

mam

hôpitaux. Toutes les congrégations religieuses de femmes tendaient à ce double but. C'est ainsi que se forma en Bretagne, dans la première partie du xvme siècle, l'institut des Filles du Saint-Esprit. Il avait commencé par une pauvre veuve, Marie Balavene, à qui s'était associée une pieuse et riche fille de la paroisse de Plévin , au diocèse de Saint -Brieuc, Renée Burel, puis une autre, Charlotte Corbel, toutes trois #nies sous la direction du recteur de la paroisse, Allenon de la Ville-Angevin, dans le dessein de se consacrer au soin des pauvres malades et à l'instruction des petites filles du pays.

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, au déclin de la période révolutionnaire, l'esprit de charité faisait encore fonder, en Franche -Comté, par les soins d'un humble et zélé prêtre, M. Bacoffe, curé de Besançon, et d'une ancienne religieuse exilée de Paris par les lois de la Terreur, Jeanne-Antide Thouvet, une pieuse association consacrée à l'institution des jeunes filles pauvres et au service des malades, et très répandue aujoud'hui sous le nom de congrégation des Sœurs de la charité de Besançon.

Toutes ces communautés , et d'autres moins connues , étaient florissantes à l'époque de la Révolution. Toutes survécurent à la crise, et avec elles s'opéra la renaissance religieuse du xixe siècle, qui vit les anciennes congrégations se développer extraordinairement, et les nouvelles se multiplier d'une manière non moins étonnante.

Telle avait été, depuis saint Vincent de Paul, la merveilleuse fécondité du zèle pour les pauvres, si providentiellement renouvelé en France, que lorsque Napoléon songea, en 1807, à réorganiser les services hospitaliers, il se trouva encore, après la grande catastrophe révolutionnaire, quatre-vingts supérieures générales d'Ordres pour répondre au décret impérial qui ordonnait aux congrégations de filles vouées à l'instruction de la jeunesse et au soin des malades de se réunir en chapitre général à Paris, sous la présidence du cardinal Fesch et de la mère de l'empereur, Mmc Lœtitia, protectrice générale des établissements de charité.

Les femmes étaient plus aptes que les hommes au service des hôpitaux. L'institution des Filles de la charité et des autres congrégations religieuses venues après elles, répondait à tous les besoins. Peu à peu disparurent les petites associations de frères qui desservaient au moyen âge les Maisons-Dieu.

Cependant la France eut sa part dans la diffusion des deux grands ordres religieux d'hommes, spécialement fondés au xvne siècle, l'un en Espagne, l'autre en Italie, pour l'assistance des malades à domicile ou dans les hôpitaux. Les religieux hospitaliers de la charité de

Saint-Jean-dc-Dicu curent des maisons en France. Leur spécialité était surtout de soigner, à l'exemple de leur héroïque fondateur, les malades les plus difficiles, particulièrement ceux qui étaient atteints de maladies contagieuses, les infirmes les plus rebutants, les aliénés. De même, l'ordre des chanoines réguliers, fondé par saint Camille de Lellis, sous le nom de Serviteurs des malades, passa, dès le commencement du xvne siècle, d'Italie en France. Lui aussi eut principalement en partage le soin des pestiférés, des incurables, des prisonniers, des plus misérables et des plus affligés.

\ côté se place la congrégation moins importante des Bons-Fils, fondée en 1 615 h Armentières.

D'autres congrégations religieuses d'hommes, fondées postérieurement, sans avoir pour objet principal les œuvres de miséricorde corporelle, concoururent aussi à l'exercice de la charité. Ainsi, celle des Pères de la Compagnie de Jésus et de Marie, communément appelés Eudistes, du nom de leur saint fondateur, le P. Eudes, qui avait institué en même temps en Bretagne l'ordre des femmes de Notre-Dame- de-la -Charité du Refuge; celle des prêtres du Saint- Cœur, de Marseille, dits prêtres du Bon-Pasteur, établie par l'héroïque Belzunce, à Mas, au sortir de la peste de 1720, pour exercer tous les genres d'apostolat.

Depuis l'époque de la réorganisation de l'assistance publique par l'institution des grandes congrégations religieuses hospitalières de femmes , le dévouement des hommes se porta surtout du côté de l'enseignement de la jeunesse pauvre. L'œuvre si charitable de l'instruction gratuite des enfants pauvres eut dans Jean-Baptiste de la Salle un autre saint Vincent de Paul.

En fondant l'institut des Frères des Écoles chrétiennes, il pourvut aux besoins nouveaux de l'instruction dans la société moderne ; il donna des maîtres zélés et vertueux aux écoles, une méthode à l'enseignement primaire. C'est de lui que sont sorties les autres congrégations qui, au xviiic siècle et dans le siècle suivant, se fondèrent, dans le même but, afin de répandre par toute la France, en faveur de la classe pauvre, les bienfaits de l'enseignement chrétien. A l'institut des Frères des Écoles chrétiennes se rattachent, en effet, la congrégation de l'Instruction chrétienne formée en Bretagne par l'abbé Jean de Lamennais, et destinée surtout aux paroisses rurales; la société de la Doctrine chrétienne du diocèse de Strasbourg, destinée à fournir des maîtres dans les écoles d'Alsace; la société analogue des Frères de la Doctrine chrétienne du diocèse de Nancy, pour la Lorraine; la congrégation de l'Instruction chrétienne de Valence, pour le Dauphiné; celle des Frères de l'instruction chrétienne du Saint-Esprit, pour les anciennes provinces du Maine, de l'Anjou

et de la Vendée ; la congrégation des Frères de Saint-Joseph, formée dans le but de fournir aux communes rurales de la Picardie des clercs laïques et des instituteurs primaires; la congrégation analogue des clercs de Saint- Viateur de Lyon, et d'autres associations religieuses enseignantes qui ont adopté l'esprit et la méthode de l'institut des Frères des Écoles chrétiennes.

Ainsi la France a été, de tous les pays, la plus largement pourvue d'instituts religieux adonnés, les uns par fonction spéciale, les autres accessoirement, à l'exercice de la charité, sous les diverses formes de l'assistance des pauvres et des malades et de l'enseignement des enfants. Elle a été la terre par excellence du dévouement et de l'aumône. Elle a eu , à côté de son clergé séculier, d'innombrables familles de religieux et de religieuses, dont la vie a été consacrée en grande partie au soulagement des indigents, au soin des infirmes, des orphelins et des vieillards, à l'instruction des petits et des ignorants. Elle était admirablement dotée pour accomplir les diverses œuvres de charité, et aucune nation, on peut le dire, ne l'a surpassée ni même égalée dans cette mission.

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