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LA VIE DES PENSIONNAIRES DANS LES MAISONS DES FRÈRES DE LA CHARITÉ

Quelle était la vie des aliénés et des correctionnaires à la Charité de Senlis ? Nous l’examinerons séparément pour les trois grandes divisions : 19 Force ; 20 Demi-liberté ; 3° Liberté. Nous essayerons de les restituer avec leur milieu spécial, leur régime particulier, la diversité de leurs hôtes, d'évoquer les occupations et préoccupations des uns, les récriminations et réactions des autres, ainsi que les mille incidents d’une maison de force (1).

$ 1. La vie des pensionnaires de la Force

C’est à la Force, ou « Bâtiment de MM. les Pensionnaires de l’Exil », ou « Maison d’Observance », que sont placés les entrants, dont « on ne connaît pas le caractère », les aliénés agités, les correctionnaires « aux mœurs Corrompues », ceux qui cherchent à s'évader, frappent les domestiques, font passer des lettres, les « fieffés libertins de mauvaise conduite », les «esprits violents, emportés, indomptables », dont la « conduite est diabolique »,

(1) Cet essai de reconstitution de la vie d’une maison d’aliénés et de correctionnaires sous l’ancien régime, a été rédigé d'après des sources multiples : Règlements de la Charité, Ordonnances du P. Provincial, Inventaires triennaux de Senlis, lettres, rapports, certificats et Mémoires des hôtes divers de la Charité (prieurs, pensionnaires, garçon-chirurgien), correspondance des familles et des autorités (ministres, lieutenants de police, intendants, subdélégués, lieutenants de maréchaussée, etc.) ; enfin d’après les ouvrages de deux anciens pensionnaires de la Charité de Charenton, Latude et Le Prévot. Ces documents originaux, ainsi que la visite du bâtiment de la Force, qui n’a guère changé depuis deux siècles, nous ont permis, en pénétrant dans

l'intimité de la Charité de Senlis, de tracer une esquisse où l'imagination n’a point de part.

les « mutins qui fomentent la rébellion, ameutent par des propos séditieux », etc. La Force, bâtiment de 60 mètres de longueur, se subdivise en deux sections comprenant l’une 15, l’autre 22? chambres de pensionnaires ; l’une de ces chambres peut recevoir trois lits, ce qui donne un total de 39 places. Chaque section, l’une de 21 mètres sur 8 mètres, l’autre de 38 mètres sur 8 mètres, a un rez-de-chaussée et un premier étage avec corridors et préau particulier. Nous devons à M. Sérieux divers renseignements sur la Force ; nous les avons complétés au cours d’une récente visite (1935). Ce bâtiment, qui sert aujourd’hui de maison d’arrêt, n’a guère été modifié depuis le départ des religieux (1). Les « chambres fortes », orientées à l’ouest, ont 2 m. 80 de hauteur, 4 m. 50 de longueur et 2 m. 50 de largeur. Les murs, O0 m. 45 d’épaisseur. « Un bois de lit, une table et une chaise » composent le mobilier. Dans une chambre, une table de bois de 0 m. 80 sur O0 m. 40, scellée dans le mur, très épaisse. Dans une autre, un lit de 1 m. 20 de largeur, formé de madriers de chêne, d’environ 0 m. 06 d'épaisseur, avec sommier en chêne ; le tout scellé dans le mur et dans le sol, avec tête du lit renforcée. Ce lit est, à n’en pas douter, la couchette réservée, au temps des Frères, aux agités. Une trappe permet de prendre du dehors le vase de nuit placé dans une petite niche également fermée à l’intérieur de la chambre par une trappe. Les fenêtres, situées à 1 m. 45 du sol, ont 1 m. 36 de hauteur sur 0 m. 71. Elles sont munies de six barreaux verticaux placés à environ 7 centimètres les uns des autres et de deux barreaux horizontaux. Le plan incliné du mur empêche de grimper à la fenêtre. Les fenêtres du rez-de-chaussée donnent sur les préaux de la Force ; de celles du premier étage, la vue s’étend jusqu’au grand jardin de Demi-liberté, planté d’arbres. Le pavement est fait de grandes dalles de pierre. La porte, en chêne, d’une épaisseur de 5 centimètres, est percée, à 1 mètre du sol, d’un guichet (0 m. 25 sur O0 m. 22) qui servait à passer les aliments et à la surveillance. Au-dessous du guichet se trouve, à l’intérieur de la chambre, une planchette de bois, épaisse de quelques centimètres, étayée

(1) Cf. P. Sérieux, Le Trailement des maladies mentales au XVIIIes. Voir chap. II, chap. VI, Classement, et le plan de la Charité.

par un support triangulaire. C’est sur cette planchette que le garçon déposait les plats. La porte est fermée par un gros verrou et par une serrure. Un verrou extérieur ferme le volet du guichet. Nous n’avons de renseignements ni sur la « cage », ni sur le « cachot, chambre plus forte que les autres, mais saine » (1).

Les chambres s'ouvrent, au rez-de-chaussée et au premier étage, sur un long corridor parallèle à la rue de la Poterne ; il était divisé en deux parties, correspondant à chaque section, ayant l’une 21 mètres et l’autre 38 mètres de longueur. Ce corridor (2 m. 50 de largeur et 2 m. 80 de hauteur) est sombre, éclairé par une seule grande croisée et par des soupiraux (1 m. 10 de longueur, sur 0 m. 35 de hauteur) situés au niveau du plafond et prenant jour sur la rue. Au plafond, des solives mal équarries forment une sorte de quadrillage. Corridors et chauffoir sont un séjour recherché des pensionnaires lorsque le mauvais temps les empêche d’aller dans les préaux. La longueur des plus grands corridors (38 mètres) leur permet de prendre quelque exercice. Les préaux avaient, l’un 36 mètres de longueur sur 7 mètres de largeur, l’autre 18 mètres sur 8 mètres.

Les hôtes de la Force peuvent être surveillés de près : le Directeur des pensionnaires loge en effet dans la Force et la cinquième pièce de son appartement donne dans le corridor dont le sépare « une grille qui [lui] permet de voir ce qui s’y passe (2) ». Un garçon couche dans une chambre contiguë. Au moindre incident, ou quand un pensionnaire appelle en «tambourinant » à sa porte (3), on voit apparaître le religieux, escorté de «garçons » qui peuvent lui prêter main-forte : il a l'expérience des insensés et des « mauvaises têtes » et il sait leur tenir le langage qu'il convient. On devine que sa tâche était parfois malaisée.

(1) La description des chambres de la Force de Charenton, donnée par Esquirol, est à peu près identique.

(2) Le logement du directeur des pensionnaires — le Fr. Furcy-Lampon, en 1752 — comporte cinq pièces : « antichambre, tapissée d'une bergame, chambre tapissée de papier, avec table, deux armoires pour le linge, bassine de cuivre pour les bains de pieds des pensionnaires, et deux paniers pour le linge ; un cabinet qui donne sur la rue de la Poterne, une chambre à coucher, une pièce donnant sur le corridor de la Force. et il se trouve une grande croisée pour éclairer les corridors » (Inventaire de 1780, Arch. hosp. Senlis, ES).

(3) C'était le mode d'appel en usage dans les maisons de force (Linguet, p. 85 et Hisioire de l'abbé de Bucquoy, p. 57).

À son entrée, chaque pensionnaire doit se déshabiller et se soumettre à la fouille (1). On l’enferme dans sa chambre, raconte Latude ; quelques instants après, un religieux entre, accompagné de deux domestiques, présente au détenu une chemise et un bonnet et lui ordonne de se déshabiller entièrement, de s’en revêtir et de se coucher ensuite, quelle que soit l’heure de la Journée. Puis le religieux se retire avec les « garçons », emportant tous les habits pour les fouiller. Deux heures après on lui rapporte après les avoir visités « avec soin », ceux de ses vêtements « dont il a besoin » et qu’il est autorisé à conserver. On lui dit alors de se lever et de s'habiller. Les redingotes, habits, chapeaux et souliers, les boucles de souliers et de jarretières en argent, les tabatières de prix, montre, bijoux, etc., ne lui sont pas rendus (2),

Un revendicateur très redouté, « tête de fer incorrigible », Le Prévot, dont le livre est un tissu d’invectives, décrit ainsi son arrivée à la Force de la Charité de Charenton, où il fut transiéré en 1784, après seize ans de détention à la Bastille et à Vincennes

Is (les religieux « geôliers ») commencent par me fouiller et le sousdirecteur de la geôle.. menace le porte-clefs de le mettre à la porte, s’il voit jamais dans ma chambre n° 10, de la chandelle, de l’encre, des plumes, du papier, un couteau, des livres. Il me déclare ensuite qu’il ne doit me laisser voir personne ; que je ne sortirai point avec les autres prisonniers pour la promenade ni pour la messe ; que, quelque froid qu’il fasse, je n’aurai ni feu, ni lumière... Merci, mon bon frère (3).

À son arrivée à Charenton, le 27 septembre 1775, Latude, qui a la réputation d’un « diable et d’un homme dangereux » (il s'était évadé trois fois de la Bastille et de Vincennes), est placé dans une chambre « où jamais le soleil n’est entré, à double porte, à double grille de fer à la fenêtre, avec un treillage de fil d’archal, sans vue et sans cheminée ». Mais, écrit-il, « le

(1) Cf. art. 6 du Règlement : « Précautions à l'égard du prisonnier arrivant » et art. : « Ordre de la réception du prisonnier » de l’Éclaircissement (chap. VI). « Dès qu'il y est entré [dans sa chambre], on le dépouille de ses habits, chemises, culottes, bas, souliers, chapeau et on le fait mettre au lit, arriva-t-il en plein jour. On emporte tous ses effets et on les visite avec soin... »

(2) Latude, Mémoires., 1835, II, p. ‘8, et Arch. Senlis, F3,

(3) Le Prévot de Beaumont, Le Prisonnier d'État, p. 107.

lendemain je fus mis dans le corridor des gens sages. Les Pères de la Charité eurent l'humanité de me laisser le guichet ouvert »… Une dizaine de pensionnaires sages viennent faire connaissance avec lui et lui tenir compagnie au travers de son guichet (1).

Certains détenus de la Force, les correctionnaires indisciplinés, révoltés, sont soumis à un isolement plus ou moins rigoureux. Îls vivent «resserrés » dans leur chambre particulière, dont ils ne sortent que pour aller à l’église, « étroitement enfermés », privés « de tous les petits meubles dont est muni un jeune homme qui a du bien » (2) : couteau, ciseaux, etc. Ceux qui n’ont pas de « chambre à feu » endurent, en hiver, la rigueur du froid, malgré leurs vêtements chauds : « veste de moelton, doublée d’une étoffe chaude, gilet de moelton, bas de laine, chaussons, bonnet de coton doublé d’une coiffe » (3). Interminables sont « les 24 siècles qui composent la journée » (Linguet), oppressant le silence qui n’est coupé que par les coups de cloche qui sonnent le lever, la messe, l’Angelus, les repas, la retraite, par les sonneries du couvent des Cordeliers voisin et aussi, dans la section des aliénés bruyants, par les monologues, les cris, les gémissements, les « jurements horribles » des insensés. A 6 heures du matin et à 7 h. 1/2 du soir, « la cloche (4) sonne l’oraison » : le garçon ouvre chaque guichet et, dans le corridor, le directeur des pensionnaires fait à haute voix la prière : les pensionnaires la récitent à genoux, près du guichet. Puis le garçon vient allumer le feu dans les « chambres à cheminée ». Dans certaines de ces chambres, les chenêts, «meubles trop dangereux », sont remplacés par des pavés (5). Trois fois par jour, à 7 h. 1 /2,

(1) Mémoires authentiques de Latude, p. 145-146.

(2) Règlement, Éclaircissement et lettre d'un correctionnaire, Voidet, au licutenant de police : Relation de tout ce qui se passe dans la maison-de force que tiennent les Frères de la Charité à Charenton (Arsenal, ms. 10903).

(3) « J'ai beaucoup souffert du froid, écrit Lullié, pensionnaire de Senlis, âgé de 72 ans, entre quatre murs, dans une misérable cellule où il n’y a point de chemince » (Arsenal, ms. 11154).

(4) On voit encore, à l'extrémité de l’infirmerie des pauvres malades, le modeste campanile dont la cloche, il y a deux siècles, réglait d’invariable façon la vie des hôtes de la Charité.

(5) CE. Dupont, Règlement de 1772, art. 11, p. 15 et Linguet, p. 56. Ces précautions, ainsi que les suivantes, ne s'appliquent qu'aux aliénés « à craindre » et aux correc- Lionnaires dont on redoute les « emportements » et les violences.

à 10 h. 1/2 et à 5 h. 1 /2, le guichet s'ouvre : le garçon dépose sur la tablette le pain, un demi-setier de vin et les « portions » dans des écuelles et des plats d’étain : soupe, bouilli de mouton, entrée ; deux ou trois fois par semaine : rôti, volaille ou gibier, salade et desserts (1). La fourchette est, non pas de fer, mais d’élam. Point de couteau. C’est le garçon qui, muni d’un couteau à bout arrondi, découpe la viande (2). « N'ayant d'autre personne à qui parler. ils essaient de lier conversation avec lui » (Voidet), mais le domestique disparaît rapidement, car le F. Directeur est dans le couloir qui surveille ses allées et venues. Une fois la distribution terminée, le Frère visite chaque pensionnaire « dans le temps des repas (3) ». Cependant, les « prisonniers » ne demeurent pas abandonnés à leurs tristes réflexions : ils assistent chaque matin à la messe dans la tribune de la force ; quatre fois par jour (Règlement, art. 7), le Directeur des pensionnaires les visite ; de temps à autre le sous-prieur, le prieur ou le confesseur viennent Îles exhorter, les « faire parler » pour connaître leur « état d'esprit », les « consoler » de crainte que leur « tête ne s'échauffe » et qu'ils ne veuillent « se défaire » (se suicider). Le soir, après la prière, on « sonne le silence » ; le garçon vient « éteindre la chandelle e& tous les feux avec de l’eau » (on a eu soin de confisquer les briquets). Enfin, après le couvre-feu, le religieux Directeur fait sa ronde : il passe dans chaque chambre pour souhaïler une bonne nuit et tout inspecter ; il tire un gros verrou « au cri lugubre » (Linguet), la clef grince dans la serrure, le guichet est clos jusqu’au lendemain (4). Get isolement, « captivité odieuse », dit le pensionnaire Lejeune, comme il est redouté ! S'il est propice aux longues méditations, aux remords, aux bonnes résolutions de certains, pour d’autres c’est une Jause d’exaspération, de haine du « despotisme paternel » et des «geôliers », de désespoir, de projets d'évasion. L’isolement complet

(1) Tièglement, art. 18 et Éclaircissement. Cf. chap. VI.

(2) Mirabeau, II, p. 53 et Linguet, p. 64.

(3) « Les religieux veilleront à ce que le pain, le vin, les portions et Ie dessert soient toujours servis en leur présence, afin qu'il n'arrive aucun abus ; ils feront leur tournée chez chacun de ces messieurs pour voir s’ils ont ce qu’on leur a envoié... » (Ordonnance du 4 mars 1730.)

(4) D'après le Règlement, l'Éclaircissement, les mémoires et lettres de Moncrif, Linguet, Latude, Le Prévot, Mirabeau, etc.

et prolongé est d’ailleurs réglementé et contrôlé (art. 8 du Règlement) : Toute « détention continuelle, ou de plus de huit jours » doit être soumise à l’autorisation du ministre ou du lieutenant de police (1). C’est ainsi que le prieur Pécoul mande, le 8 juin 1752, au lieutenant de police Berryer que Moncrif « recommence à soulever tous les pensionnaires ».… et il supplie le ministre « de nous donner ses ordres, par écrit, pour le tenir enfermé ».

Nombre de pensionnaires obtiennent la faveur d’avoir leur guichet ouvert (2) et ainsi de parler à leurs compagnons ; d’autres peuvent, à des heures déterminées, sortir de leur chambre : ils ont « la liberté du chauffoir » qui sert de salle de réunion (3), la « liberté des corridors », où des poêles de fonte entretiennent une chaleur qu’apprécient ceux qui n’ont point de « chambre à cheminée ». Ils peuvent s’entretenir avec leurs « confrères ». D’autres ont « la liberté des cours ». À quelques-uns on permet de prendre leurs repas dans la « chambre à feu » d’un autre pensionnaire. Dès que les libertins paraissent en voie d’amendement, que les excités sont plus calmes, on leur donne, pour les distraire et les « bonifier », des livres de piété et d’histoire (4) ; on leur permet d’écrire, on leur accorde une liberté relative. Mais ceux que le prieur a lieu de suspecter, ceux dont on connaît la « méchanceté », les « brebis galeuses » sont tenus à l’écart : « on ne les fait sortir pour prendre l’air que les uns après les autres, on ne leur accorde quelque liberté qu'avec les plus grandes précautions (5) ».

Tel est, par exemple, un bénédictin, le P. de la Salle. C’est un «infâme », un sodomite, « un homme très dangereux parmi des écoliers », Imtrigant et escroc ; il a été arrêté, quelques années auparavant, par un exempt, dans «un cabaret où pend l’enseigne du roi de Siam », avec un jeune homme à qui il avait donné

(1) Cf. chap. VI, 1. Quartiers de classement, Force et VII, Réclamations.

(2) Latude, II, p. 21.

(3) © Il y a un chauffoir commun dans chaque corridor pour les pensionnaires dont les chambres n’ont pas de cheminée » (Éclaircissement).

(4) « Livres composant la bibliothèque qui sont dans la chambre du Frère Directeur et chez MM. les Pensionnaires : Confessions de saint Augustin, Histoire universelle, Vie de saint Jean de Dieu, Histoire sacrée, Histoire des Juifs, Conseils de la Sagesse, Vie dévole, Vie des Pères de la Charité, ete. » (Inventaire de 1774, Arch. Senlis, E15).

(5) Cf. Précautions pour prévenir la contagion des mauvais sujets entre eux et les autres pensionnaires (Éclaircissement).

rendez-vous dans le jardin des Petites-Maisons et avec qui il voulait « se divertir » (1). Exilé, il revient à Paris. Arrêté pour escroquerie le 2 septembre 1738, il est transféré du Petit-Châtelet à Senlis. « Ce prêtre cause beaucoup de troubles par ses intrigues et son esprit séditieux..., c’est l’esprit le plus dangereux qui fut jamais. » Sont également maintenus à la Force les « hommes des plus violents et à craindre », les homicides, tels que Mouquet, accusé d’avoir assassiné sa servante ; Gossinat, « homme fougueux qui avait donné trois coups d’épée à sa femme »; Bouquet (violences et menaces de mort); de Kérouartz, « personnage très dangereux » qui a tué son domestique ; Lejeune (menaces de mort, viol, homicide) ; de Péhu, (viol), etc.

Bien que « resserrés » et exactement surveillés, les pensionnaires arrivent cependant à communiquer entre eux, soit oralement, en se parlant à travers les grilles de leurs fenêtres, les cloisons, le plafond, soit par écrit. Moncrif fomentant continuellement des cabales, le P. Pécoul mande au lieutenant de police Berryer qu'il lui fait enlever son papier et ses plumes, « afin qu'il ne puisse point écrire aux autres pensionnaires pour les soulever, attendu que par le moyen d’une ficelle qu’ils descendent par la fenêtre, qui est au-dessus de la chambre de cet ecclésiastique, ils reçoivent tous ses papiers (2) ». De même, à Charenton, Le Prévot reçoit papier, plumes, encre et canif, dont il a été privé par les religieux, grâce à d’autres détenus « qui font descendre ces choses à sa fenêtre au bout d’une corde (3) ».

Les pensionnaires qui ont la liberté des corridors et des préaux sont plus favorisés : après le lever, avant la messe, le garcon passe et ouvre les portes de leur chambre ; « ils ont la faculté de se promener ». Quelques-uns, loin d'accepter avec résignation leur « pénitence », complotent « à l'écart et parlent

(1) Rapports de police et lettres de l’évêque de Tarbes. Le rapport de « l'exempt de garde aux Tuileries », du 21 octobre 1731, qui a procédé à l'arrestation, est très explicite et ne laisse aucun doute sur la nature des faits (Arsenal, ms. 11139, f. 290, 292; 11394, f. 218-231; 11494).

(2) Ravaisson, XVI, p. 265, rapport du prieur au lieutenant de police, du 5 août 1752. Cf. Latude, II, p. 11 et 14; et Règlement de Saint-Yon (Sérieux et Libert).

(3) Le Prévot, op. cüt., p. 112.

bas à l'oreille », ce qui est interdit. Il en est qui réussissent, grâce à un domestique infidèle, à se procurer du papier et de la chandelle, à « entretenir des communications avec le dehors »; ils font ainsi des « cabales, intrigues et manœuvres », des projets d'évasion en commun.

Les évasions, on l’a vu, ne sont pas rares : cependant la Force ne présente qu’une seule issue, qui donne dans la division de la Demi-liberté, et celle-ci ne communique avec les bâtiments de Liberté que par le « passage des maisons de force », gardé par le « portier des bâtiments de force ». De plus, fréquemment, on fouille les pensionnaires suspects, leurs paillasses et leurs matelas ; on les change de chambre ; on vérifie les grilles des fenêtres, etc. Mais divers moyens sont employés qui souvent réussissent (évasions par « fracture », par fausses elés, par cordes, par échelle, etc.). À maintes reprises, plusieurs « mauvaises têtes » se procurent, avec la complicité d’un « garçon », des «outils, ferrements, couteau, un passe-partout »; ils fabriquent même des. rossignols qu’ils cachent dans leurs paillasses (1).

Rien ne devait susciter l’imtérêt des psychopathes lucides comme les rébellions et les évasions mdividuelles ou collectives : le 23 juim 1779, 3 correctionnaires s’évadent. ensemble : Esprit Chapuis, religieux de Cîteaux, renfermé depuis dix-huit mois, Étienne Le Roy, depuis plus de deux ans, et J.-F. Gaulcher, depuis près de trois ans, sur la demande de son père. Neuf mois après, c’est emcore la triple évasion de Donis de Beauchamp, de Sailly, qui s'étaient déjà évadés de la maison des Bons-Fils de Lille, et du capitaine Delaville. Quel émoi parmi les religieux ! Le prieur Théodose Brisson s’alarme d'exemples aussi contagieux, inquiet aussi de ses responsabilités, des « réprimandes » et « remontrances » de M. le Lieutenant général de police Berryer. Surtout quand le rapport circonstancié qu’il doit lui adresser est contredit par le procès-verbal du « brigadier de maréchaussée en résidence à Senlis », ou par les rapports du subdélégué, du lieutenant de maréchaussée. Le lieutenant de police, ou Pintendant, « en rend compte » au ministre et propose des

(1) « Un domestique infidèle a fait passer dans l’intérieur, des outils, ferrements ou autres ustensiles propres à l'évasion » (cf. Éclaircissement et Arsenal, ms. 12088).

sanctions. Dans la nuit du 13 au 14 août 1747, un libertin, Julye, chassé de l’armée, « mauvais et.dangereux sujet », s'évade avec deux autres correctionnaires, Paysac, détenu pour fugue et vol, et Lenoir. Le lendemain, leurs compagnons les voient revenir escortés par des cavaliers de la maréchaussée. Lancés à leur poursuite, ceux-ci les ont. arrêtés à trois lieues de Senlis et reçoivent du prieur Giraud la récompense habituelle. Les évadés sont punis : on les renferme pendant cinq à six jours dans leurs chambres (1). Que de commentaires, sans doute, sur l’ingéniosité des moyens utilisés pour les évasions, sur les punitions infligées par le ministre ! Les domestiques infidèles sont. mis en prison par ordre du Roi. Un garçon-chirurgien est renvoyé. Enfin, 1l n’est. pas jusqu’au confesseur qui un jour s’est trouvé compromis par ses complaisances indiscrètes en faveur des correctionnaires : «ce Provençal à langue dorée » est congédié par le prieur Théodose Brisson et vertement réprimandé par le ministre, M. de Saint- Florentin (2).

Il n’est pas fait mention à Senlis de tentatives de suicide, d’homicide, non plus que d’agressions contre les religieux ou les domestiques. Les frères exercent, à ces divers pomts de vue, une surveillance qu’ils considèrent comme « de grande conséquence avec ces Messieurs ». Le complot de quelques pensionnaires de Charenton, en mai 1712, « pour se procurer la liberté, en tuant les religieux qui les servaient », les attentats dont les prêtres de Saint-Lazare avaient été vietimes en 1713, la grande révolte de Saint-Yon, en démontraient la nécessité (3). Nous ne connaissons à Senlis qu’une seule rébellion avec tentative collective d'évasion. Fomentée par Fabbé de Moncrif, dont la « captivité » a été pour les religieux la source de bien des inquiétudes, elle

(1) Arsenal, ms. 11617, f. 374-382.

(2) Arsenal, 12088. Affaires du garçon-chirurgien Patte, des domestiques Donon et Pinson, du confesseur (voir chap. IV, Aumônier, et chap. VIII, Évasions).

En 1731 un domestique de Charenton, Lefèvre, est emprisomné à Bicêtre pour avoir prêté ses clefs « pour en faire de pareilles » à un pensionnaire, lequel « avec la vesselle d’étain qu'il a retenue, pris à d’autres pensionnaires, ou qui lui a été remis par Lefèvre, a fondu et formé plusieurs clefs, desquelles s'étant servies pour ouvrir quelques portes, et, son couteau à la main, profitant d’un moment favorable... ; les domestiques s’en étant aperçu, il s’est jetté avec fureur sur Fun d’eux et l’a dangereusement blessé » (Arsenal, ms. 11153),

(3) Rapports de R. d'Argenson, p. 333, 319.

nécessita l'intervention de la maréchaussée. On citera quelques. traits de ce pensionnaire qui révéleront la vie de la Force avec ses incidents parfois dramatiques. Moncrif, hypomaniaque et. mégalomane qui passa quinze années dans diverses maisons de force, que les religieux traitent d’ « extravagant et de fol », que ses parents disent « avoir des accès de folie » et la « cervelle entièrement, tournée », Moncrif exerce cependant sur tous ses compagnons une véritable fascination par la vivacité de son intelligence, « ses expressions séduisantes, sa facilité d’insinuer, sa figure prenante et trompeuse ». Ne descend-il pas d’ailleurs, à l’entendre, des rois d'Écosse (1) ? Lorsqu'il se promène dans. le préau étroit et triste de la Force, misérablement accoutré, sans habit, ni redingote, ni chapeau, ni souliers, mais en pantoufles, vêtu d’une chemise de la maison et d’une méchante robe de chambre, coiffé d’un bonnet, avec une barbe de plusieurs jours. et les cheveux sans poudre (2), qui reconnaîtrait le sieur abbé: Pierre de Moncrif, le « fastueux et orgueilleux » chanoine, doyen du Chapitre d’Autun, conseiller né aux États généraux de Bourgogne, vicaire général né du diocèse, membre de l’Académie: des Sciences et Belles-Lettres de La Rochelle, avocat, docteur: des Facultés de théologie, de droit et des arts en l’Université de: Paris, Socius Sorbonicus, protonotaire du Saint-Siège, qui naguère trônait dans le chœur de la cathédrale d’Autun en « robe violetteet rouge », malgré la défense que lui en avait fait le Parlement. de Dijon sur la plainte du Chapitre ? Où sont les « vingt-cinq soutanes noires, violettes et rouges, le tout à longue queue, en sole, velours, satin et damas, sans compter les robes de chambre à fleurs d’or et d’argent, les calottes doublées de rouge, les cordons violets de chapeau, les chemises à coucher chamarrées de dentelles magnifiques, estimées à environ

(1) I veut faussement « se faire croire de condition quoiqu'il ait acquis plus d’un: siècle et demi de roture.. il a fait quantité de cartes de généalogies à son avantage: avec lesquelles il n’a pu surprendre le sieur d'Hozier [le célèbre généalogiste] » (Placet. des. père, mère et beau-frère, Arsenal, ms. 11811).

(2) Règlement, art. 11 « Vêtements » : « Ils [les pensionnaires] seront rasés tous. les huit jours. »

Le prieur J. Pécoul mande, le 9 déc. 1751, au lieutenant de police Berryer : « L'abbé [de Moncrif] manque généralement de tout ; nous sommes dans l'obligation. de lui prêter du linge » (Ravaisson, Arch. Bastille, XVI, p. 260).

409 livres chacune, avec des bonnets de nuit proportionnés (1) ? » L'abbé, alors âgé de 52 ans, « aime passionnément le confessionnal,.. il a beaucoup de goût pour la direction des jeunes personnes, jusqu’au point de donner le soupçon à quelques maris »; il a débauché deux sœurs, « filles de condition qu’on lui avait confiées pour veiller sur elles à Paris et exercer la charité à leur égard, et fait un enfant à une » ; il a aussi détourné une femme mariée (2). Il récrimine contre ses parents qui l’ont déjà fait enfermer à Tanlay après avoir eu l’audace de présenter contre lui un mémoire intitulé : Faits principaux des folies et vices de Pierre de Moncrif. Autant de « calomnies des plus atroces et abominables ». Le chanoine conte volontiers les tours qu’il a joués aux Cordeliers de Tanlay qui refusèrent de le garder « parce qu’il les faisait enrager en tous genres », etcomment il à réussi à se faire délivrer par le gardien [le supérieur] un certificat élogieux attestant « la solidité de son esprit ». Revendicateur et chicaneur infatigable, c’est « l’homme du monde le plus processif » ; il se vante d’avoir en ce moment dix-sept procès. Il ne cesse de récriminer, de protester, d'adresser des suppliques à toutes les autorités. Il va jusqu’à prétendre que « sa lettre de cachet est fausse, attendu qu’on n’a pas spécifié dessus sa qualité de doyen d’Autun». Ilse plaint avec véhémence de son maintien à la Force, alors que sa lettre de cachet ne lui ordonne que de « demeurer » à la Charité et non « d’être gardé et encore moins d’être gardé à vue et sous bonne et sûre garde. Voici le neuvième mois que je suis confondu dans le plus horrible des repaires avec vingt fous furieux » et « détenu au secret le plus étroit ».

(1) Cf. le placet des parents : « On l’a souvent trouvé en cet état dans son lit, comme une dame en couches la mieux parée. » Bien qu'interdit par l’évêque de la Rochelle, il a été « pourvu du Doyenné et Canonicat d’Autun..., il a obtenu de Rome le titre de Protonotaire, afin de pouvoir porter le violet ». De plus, « il a eu l’audace d'assister et d’officier à l’Église en robe rouge, comme docteur en droit, en se faisant, à son ordinaire porter la queue jusque dans le chœur ». Vêtu « d’une chasuble d’étofte d’or et d’argent (d'une valeur de 3.000 L.), brodée d’or, ornée de compartiments. extraordinaires et enrichie de diamants, plus belle que toutes celles des prélats, il célèbre, à Notre-Dame de Paris, une messe répondue par deux laquais en grande livrée, et il fait ensuite distribuer deux louis d’or à des pauvres apostés » (cf. chap. III).

(2) « Il était, écrit le lieutenant de police Berryer, dans son rapport au ministre (1751), très somptueux en habits, ornements d'église, carrosses, chevaux, repas, où il invitait jusqu’à 90 personnes, billets de loterie, bâtiments, ce qui l’avait fait contracter pour 70.000 livres de dettes, quoi qu’il se fût emparé de l'esprit et des biens d’une jeune veuve fort riche, qu'il avait ruinée » (Ravaisson, XVI, p. 261).

On a refusé, écrit Moncrif au ministre M. d’Argenson, à Senlis, où il est parmi les fols, de lui montrer les ordres qui lui ôtent toute liberté d'écrire, de recevoir des lettres et de communiquer au dedans et au dehors du lieu de sa captivité de quelque manière que ce soit. La lettre de cachet ne le mettait en aucune façon dans le cas d’être emprisonné dans la maison de force et de perdre encore la liberté d'écrire, de recevoir ses lettres et de gérer ses affaires de loin comme de près... D'ailleurs elle ne le concerne pas, mais un autre Moncrif. Ses ennemis le précipitent dans une espèce d’oubliette, inconnue au siècle passé (1)...

Moncrif « met tout en combustion dans la maison », par son esprit, séditieux. « Je me trouve forcé d’importuner Votre Grandeur, écrit le P. Pécoul au lieutenant de police Berryer, pour vous donner avis que l’abbé de Moncrif recommence à soulever tous les pensionnaires de notre maison et à les exciter. » Le même jour, le prieur supplie le ministre « de nous débarrasser d’un si dangereux homme ou de donner vos ordres par écrit afin qu’il nous soit permis de le tenir renfermé dans sa chambre (2) ».

Lors de l'inspection de l’intendant, M. Bertier de Sauvigny, le chanoine, « l'homme du monde le plus capable de séduire ceux qui ne le connaissent, pas à fond », a l’audace de se plaindre du prieur ; il fait même la conquête de l’intendant, qui, chose inouïe, lui accorde l’autorisation d'écrire « à qui bon lui semblerait », sans remettre ses lettres au prieur. Moncrif profite de cette faveur pour faire passer les lettres d’autres pensionnaires. Le 20 juin 1752, le P. Pécoul mande au lieutenant de police :

Chaque jour nous produit quelque nouvelle scène avec lui sans que nous puissions y remédier attendu que tous les autres pensionnaires prennent son parti et se révoltent lorsque nous voulons le tenir renfermé dans sa chambre... Malgré les ordres de Votre Grandeur de ne point laisser écrire l'abbé, il a eu le don de gagner M. Fintendant, qui, par bonté, lui a permis d'écrire à qui bon lui semblerait, pourvu qu'il lui adressât toutes les lettres sous une enveloppe ; ordre à nous de lui fournir papier, plumes, encre, cire d'Espagne, autant qu’il en aura de besoin ; faute par nous de le faire, il a ordonné à son subdélégué de lui en fournir et de venir chercher toutes ses lettres, em sorte que nous n’en avons aucune connaissance, non plus que des réponses qui

(1) Mémoire justificatif du 24 dée. 1751, 8 p. in-fol., et lettre du 14 juillet 1752. (2) Lettres à Berryer et au ministre, du 8 juin 1752.

sont adressées au subdélégué. De pareils ordres nous mettent hors d'état d'exécuter ceux de V. Gr. parce que M. de Moncrif leur fournit du papier à tous, leur fait passer des lettres avec les siennes dont il met lui-même l'adresse, pour faire croire qu’elles viennent de lui, et écrit même en leur faveur.

IL n’est pas surprenant que V. Gr. reçoive des plaintes qu’on laisse écrire des pensionnaires, puisque nous n'avons pas le pouvoir de les en empêcher, eu égard à la permission que M. l’intendant a donné à M. de Moncrif, et aux ordres que nous avons reçus de sa part, ce qui est cause que les autres pensionnaires prétendent qu’ils doivent avoir la même prérogative.

Peu après, le prieur se plaint de nouveau de Moncrif « qu’il n’est pas possible de retenir renfermé dans sa chambre ». Le lieutenant général envoie alors ses instructions au P. Pécoul, qui répond le 5 août :

Pour me conformer aux ordres que V. Gr. voulut bien me donner, je ne manquai pas de tenir cet ecclésiastique renfermé dans sa chambre et de lui ôter toute communication avec les autres pensionnaires. qui, fâchés de se voir privés de leur chef, entreprirent de lui ouvrir sa porte et de se sauver avec lui ; c’est ce que j’ai découvert hier matin, par le moyen de quelques pensionnaires de confiance qui m’avertirent que le dessein était pris de se sauver pendant la nuit. En conséquence, je fis prier M. Caron [lieutenant de maréchaussée] de vouloir bien me procurer trois cavakers de la maréchaussée, ce qu’il eut la bonté de faire. Sur les sept heures du soir, nous nous rendîimes dans la maison de force et nous y trouvâmes les pensionnaires qui, avec un rossignol qu'ils avaient fabriqué, ouvraient les portes. Ils avaient ouvert celle de M. de Moncrif et avaient scié avec un couteau, un carreau de la cloison. Lorsqu'ils se virent pris sur le fait, ils se retirèrent et jetèrent leurs outils par la fenêtre. Secondé des cavaliers de la maréchaussée et de nos domestiques, je les fis renfermer pour pouvoir faire une perquisition exacte, qui m'a procuré les papiers ci-joints, qu’un pensionnaire qui devait se sauver avec M. de Moncrif avait caché dans le dos de sa chemise. Eu égard aux cabales que l’abbé fomente continuellement, j'ai cru devoir lui faire enlever... tout ce qu'il avait dans sa chambre ainsi que son papier et ses plumes, afin qu’il ne puisse point écrire a autres pensionnaires pour les soulever. J'espère que V. Gr. voudra bien agréer la conduite que j’ai tenue avec M. l'abbé de Moncerif, qui est Fhomme du monde le plus dangereux.

Moncrif, qui a refusé de révéler à l’intendant et au ministre, M. d’Argenson venus pour l’interroger, un secret qu'il ne veut

dire qu’au roi lui-même, fait alors la grève de la faim et simule une syncope. Inquiet, le prieur rend compte au lieutenant de police (août 1752)

On m’a rapporté des discours qu’il a tenus. dont il est de mon devoir de faire part à V. Gr. en lui rapportant toutes les circonstances. Dimanche dernier, sur les 8 heures du matin, M. de Moncrif, irrité de se voir resserré plus étroitement, suivant les ordres de V. Gr., tint le discours suivant après la messe : « Je suis surpris qu’on méprise le secret que j'ai à déclarer au Roi, qui ne tend pas moins qu’à sa vie, et pour faire voir la vérité de ce que je dis et que sa vie m'est plus précieuse que la mienne, je déclare publiquement que je me laisserai plutôt mourir et que je ne mangerai pas jusqu’à ce que j'aie pu parvenir à déclarer mon secret au Roi. » En effet, le jour même de cette déclaration, l’abbé n’a pas voulu manger, et le soir du même jour, dimanche, on l’a trouvé étendu dans sa chambre comme un homme mort. On y a accouru sur le champ, pour lui donner tous les secours convenables ; mais on à remarqué que c'était une feinte de sa part et qu'il était en parfaite santé ; néanmoins, 1l a resté trois jours sans vouloir prendre aucune nourriture.

Enfin les religieux réussissent à se débarrasser de cet ecclésiastique « capable de révolter tout un royaume » et obtiennent sa translation à la Bastille. Le 8 août, l'inspecteur de police d’Advenel arrive à la Charité accompagné de l’exempt Poussot. Il présente au prieur l’ordre du Roi ci-dessous, contresigné : de Voyer d’Argenson

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