‹ La Charite Privee a ParisChapitre 14 sur 39 · Enquête, loc. cit., rapports,}!, clxxxvii · texte numérisé non relu

Enquête, loc. cit., rapports,}!, clxxxvii

LES ATELIERS

pommes à l’étalage des fruitiers. Quand il regarde les bâtiments déjà fatigués où il instruit ses pupilles, il se dit avec douleur que nulle place libre 11e reste pour caser un nouvel orphelin et qu’il n’arrive que bien péniblement à maintenir son petit budget en équilibre. Il fait œuvre de salut plus que nul autre cependant, mais il ne ressemble pas au roi de la fable, et ce qu'il touche ne se change pas en or.

Il me semble que les mères de famille, celles dont les enfants proprets, vigoureux et sages font la joie, devraient penser aux petits abandonnés que le vice et la misère saisiront à jamais si le bon abbé Roussel ne leur ouvre ses bras. Dans les jours de distribution de prix, au concours général, aux lycées, aux pensionnats, lorsqu’une mère ramène orgueilleusement son fils, frisé pour la circonstance, brillant de santé, rouge encore des accolades du proviseur, portant ses couronnes au bras, pliant sous le faix des volumes reliés en basane, proclamé au bruit de l’orchestre, aux applaudissements de ses camarades, qu’elle songe aux pauvres petits déguenillés qui ont traversé la vie pieds nus, qui ont souffert de la faim et du froid, que leur père a battus, que lèur mère a chassés et qui ont été tomber à l’Orphelinat d’Auteuil hâves, pitoyables et pleurant. Qu’elle compte les prix que son fils a mérités et dont son cœur a tremblé d’émotion; pour chacun d’eux, qu’elle envoie une offrande, — une aumône, — à la maison généreuse où l’enfance éperdue s’est réfugiée. La gloire se paye; il n’en est pas de plus douce que celle qui vibre aux âmes maternelles ; celle-là est assez pure pour donner la main à la charité ; c’est la dîme du succès ; l’enfant malheureux en profitera.

Parmi les élèves de l’abbé Roussel, il est des ouvriers intelligents, économes, sobres et qui deviendront pa-

L’ORPHELINAT DES APPRENTIS

trous. Lorsqu’ils auront lait fortune à l’aide des vertus qu’on leur a enseignées, qu’ils n’oublient pas l’asile où ils ont trouvé un abri, l’exemple de la probité et le souci du travail; qu’ils réfléchissent que d’autres sont comme ils ont été, sans matelas, sans souliers et qu’ils donnent à la maison où ils ont appris à devenir honnêtes, une partie de l’argent que, sans elle, ils n’auraient jamais gagné. Alors l’orphelinat que nous voyons aujourd’hui sera transformé; la maison se développera et acquerra l'ampleur qui lui est indispensable pour faire face à la plus impérieuse des nécessités sociales : à la protection de l’enfance. Les pans de bois seront abattus, les légères cloisons s’en iront dans le tombereau des gravatiers; la pierre de taille, la brique, le fer seront les matériaux des constructions nouvelles qui pourront s’étendre sur place, car l’enclos est vaste où l’on peut les élever. La maison deviendra ce qu’elle doit être, ce qu’elle sera, un refuge ou mille, deux mille petits vagabonds trouveront des classes élémentaires et une école professionnelle qui enseignera le respect de soi-même, le travail et la bienfaisance.

Est-ce un rêve? Non pas; l’orphelinat compte aujourd’hui dix-sept années d’existence, c’est à peine s’il vient de naître, et ses preuves ne sont plus à faire; par les services qu’il a rendus, on peut prévoir les services qu’il est appelé à rendre. Des œuvres auxquelles on ne contestera pas le caractère d’utilité générale et qui ont été également inspirées par le désir d’arracher des enfants à la dépravation et à la mendicité ont eu des commencements plus modestes. L’Institut des Sourdsmuets essaye ses premiers gestes dans la chambre d’une maison sise rue des Moulins, n° 14, et le premier élève de la future Institution des Jeunes- Aveugles, François Lesueur, est un enfant de seize ans qui mendie au

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porche de Saint-Germain-des-Prés. Aujourd’hui l’ahbé de l’Épée, Valentin Haüy ont des statues dressées au seuil des établissements dont leur initiative a provoqué la création.

Qui oserait dire que l’œuvre de l’abbé Roussel n’est pas égale à celle de l’abbé de l’Épée, à celle de Valentin Haüy? Infirmité physique, infirmité morale, c’est tout un, lorsque l’enfant en est atteint et perdu. Celui qui donne la parole aux muets, la vue aux aveugles, la probité aux vicieux, accomplit un de ces prodiges de bienfaisance dont l’humanité garde bonne gratitude et que la charité a le devoir d’aider de toute sa puissance.

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