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r Qui ne se souvient de la parabole du grain de sénevé, si petit qu’on ne l’aperçoit pas lorsqu’il tombe en terre, et d’où sort une plante si touffue, que les oiseaux du ciel y dorment à l’ombre? C’est l’image de l’œuvre des Petites Sœurs des Pauvres, si humble au début, qu’elle en semblait honteuse, et qui a pris les proportions d’un bienfait public. Elle est née dans un pays pauvre, accoutumé à lutter contre les éléments et souvent visité par le malheur. Comme un arbre de bénédiction, elle a germé dans la petite ville de Saint-Servan, la sœur jumelle de Saint-Malo. Les deux villes se touchent; le flot les sépare, le jusant les réunit; entre les maisons de l’une et les murailles de l’autre s’évase le port marchand, où le chevalier François de Chateaubriand faisait
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ses escapades avec son ami Gesril. Malgré les mollesses de la Rance, la mer est dure en ces parages ; profonde, coupée d’écueils, brutale en ses marées, elle n’est point la mer sauvage qui bat les côtes de Belle-Isle, mais elle est la mer perfide, « fertile en naufrages », périlleuse et sans merci.
A regarder le costume des femmes, on comprend combien elle est redoutable : la robe, le manteau, le capuchon sont en laine noire ; jours de labeur ou jours de fête, le vêtement est le vêtement de deuil ; c’est la livrée de la mort et du regret; la mer l’impose; incessamment elle fait des veuves et des orphelins; l’inscription entaillée sur la grosse tour du château de Saint-Malo : — Qui qu’en grogne? tel est mon plaisir — pourrait être sa devise. Elle prend les marins, qu’elle ne rend jamais ; elle brise les barques, qu’elle disperse au gré des courants ; elle crée la misère ; en emportant le chef de la famille, elle jette l’enfant à la faim, et réduit le vieillard à l’aumône. Deux fois dans ma vie — au temps démon enfance, au temps de ma jeunesse — j’ai visité Saint-Servan ; à l’angle de chaque rue il y avait un mendiant qui remuait son chapelet et implorait la charité des passants.
C’est un lieu commun de dire que la misère engendre la compassion ; mais le plus souvent cette compassion est diffuse, et elle se tient quitte de ce qu’elle se doit lorsqu’elle a glissé son aumône, un peu au hasard, dans la main tendue vers elle. La compassion raisonnée est rare, j’entends celle qui est sévère avec elle-même, qui cherche à ne point s’égarer et veut réellement faire le bien. Il ne suffit pas de donner, il faut savoir donner : art difficile, qui s’apprend par la pratique et qui permet de ne pas accueillir les quémandeurs au détriment des malheureux. Peut-être faut-il avoir pâti pour posséder la science de la charité, pour connaître les secrets à
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l’aide desquels on apaise la souffrance physique qui est la misère, et la souffrance morale qui est la honte de la mendicité ; aussi la plupart des œuvres secourables — je parle de celles qui ne reculent devant aucun sacrifice pour combattre la misère d’autrui — ont-elles été créées par des gens auxquels l’existence n’a point ménagé les peines.
En général, ce sont les pauvres qui s’efforcent à soulager les pauvres ; mais la volonté ne leur suffit pas ; ils ne sont que des instruments ; derrière eux, à côté d’eux, pour les diriger, il faut une intelligence amoureuse du bien, forgée par le discernement et trouvant en soi-même les ressources morales qui s’appuient sur un&conviction profonde et donnent à la charité un caractère où rien n’est transitoire. Ces conditions se rencontrèrent le jour où naquit l’œuvre des Petites Sœurs; elle trouva à la même heure son corps et son âme, si l’on peut ainsi parler, et il en résulta une organisation d’une vitalité extraordinaire. Deuxjeunes ouvrières, une ancienne servante reçurent l’impulsion d’un humble vicaire, et ont fondé une des plus vastes institutions de bienfaisance qui existent. Parlons d’abord delà servante : je le dois à l’Académie française, qui a récompensé son dévouement.
Elle se nommait Jeanne Jugan ; elle était née le 28 octobre 1792, à Cancale, au bord des grèves qui vont jusqu’à Saint-Michel-en-péril-de-la-mer ; elle a pu y voir passer la Fée-aux-miettes dont Charles Nodier a raconté l’histoire. La famille était nombreuse ; la vie était pénible en ces temps de guerre et de blocus ; on allait en mer draguer les huîtres ; à l’époque de la remonte des saumons, on essayait d’en prendre à l’embouchure du Couësnon ; on ramassait la tangue pour engraisser la terre ; on soignait quelque culture que brûlait le vent du large ; aux côtes de Bretagne le pain était rare, et
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souvent dans les chaumières on ne mangeait que des racines; en 1847 je l’ai encore vu à Plougoff, auprès de la pointe du Raz de Sein, « que nul n’a franchie sans peur ou malheur ».
Jeanne Jugan était une grande fille sèche, de mouvements brusques, un peu masculine, à laquelle déplaisait la besogne du jardinage ; les « coques » qu’elle recueillait à marée basse, le chanvre qu’elle filait le soir à la clarté grésillante de l’oribus, ne payaient pas la galette en blé noir qui la nourrissait. Elle résolut de quitter sa famille et de « se louer » comme servante. En 1817, alors qu’elle venait d’avoir vingt-cinq ans, elle partit pour Saint-Servan, les sabots aux pieds, le petit paquet sous le bras, le chapelet en poche et le cœur triste. En l’Ille-et-Vilaine les gages n’étaient point excessifs : à Pâques, six petits écus de trois livres, et c’était tout ; les maîtres généreux donnaient parfois une paire de chaussures à la Chandeleur, en l’honneur de la purification de la Vierge. Jeanne Jugan trouva facilement à se placer.
Ce fut au service d’une vieille demoiselle qui aimait les pauvres et les secourait qu’elle fit l’apprentissage de la charité. Jeanne était bonne servante et bonne ouvrière ; dans les loisirs de la journée et le soir, avant le couvrefeu, elle s’était appris à manier l’aiguille et y était devenue habile. Aussi, lorsque sa maîtresse mourut, en 1858, Jeanne, qui avait alors quarante-six ans, loua une mansarde dans la maisonnette d’un faubourg de la petite ville de Saint-Servan, qui elle-même n’était alors qu’un faubourg de Saint-Malo « la bien fermée ». Elle prenait de l’ouvrage à domicile, allait en journée et, vaille que vaille, bien petitement gagnait sa vie. Elle avait quelques économies : six cents francs ramassés en vingt ans de labeur. A Saint-Servan, nul hospice, nul lieu de refuge ouvert à la vieillesse indigente ; les malheureux
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mouraient sans secours sur leur grabat, ou se traînaient au long des rues, s’agenouillaient devant le porche de l’église et mendiaient.
L’hiver de 4859 fut dur; la mer avait englouti plus d’un bateau; il faisait froid, il faisait faim. Une vieille femme infirme, impotente, aveugle, vivait de la charité des passants, que sa sœur sollicitait pour elle. La sœur mourut, les aumônes furent taries. Abandonnée de tous, perdue dans la nuit de sa cécité, la pauvre vieille s’en allait d’inanition, murmurant quelques prières que nul n’entendait, misérable et couchée, sans pouvoir remuer sur son propre fumier. Jeanne Jugan courut chez la malheureuse, qui s’appelait Anne Chauvin, veuve Hanaux; elle la fit transporter chez elle, dressa un lit à côté du sien et lui dit : « Vous me servirez de mère. » Elle aurai! dû dire : «Je vous servirai de fille. » Elle soigna l’infirme, la tint propre et la nourrit. Pour sa pauvreté c’était une grande dépense; l’aiguille y pourvut, en travaillant quelques heures de plus pendant la nuit. Peu de temps après qu’elle eut recueilli la veuve Hanaux, Jeanne Jugan apprend qu’Isabelle Quéru, qui mendiait près du port, est devenue tellement infirme, qu’elle ne peut plus sortir pour aller à l’aumône. Cette Isabelle était une servante qui, restée près de ses maîtres ruinés, les avait servis sans gages jusqu’à leur mort. Jeanne va la chercher, l’installe dans sa mansarde; les trois lits se touchent ; faute de place, Jeanne travailleur le palier. La situation n’est plus tenable ; Jeanne se dit que Dieu n’abandonne pas ceux qui se confient en lui; elle loue une maison et s’y établit. Là elle était à l’aise avec ses deux pensionnaires ; mais elle avait compté sans l’indigence qui se tournait vers elle, et surtout elle avait compté sans la passion, sans la frénésie du bien qui emporte les grandes âmes.
Le 1er octobre 4841, elle avait pris possession de son
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nouveau domicile ; dès le 1er novembre, elle y a recueilli vingt vieilles femmes sans ressources, en guenilles, brisées par l’âge ou grabataires. Si courageux que fût le travail, si prolongées que fussent les veilles, Jeanne se trouvait impuissante à subvenir à tant de nécessités; les économies étaient épuisées; tout objet qui avait une valeur avait été vendu, et cependant il fallait pourvoir à l’urgence des besoins, car on ne pouvait renvoyer ou laisser mourir de faim les pauvres créatures que l’on avait adoptées. Ce fut alors que Jeanne Jugan prit une initiative dont les conséquences devaient être incalculables. Les infirmes qu’elle avait « hospitalisés » étaient depuis longtemps réduits à vivre de charité : elle se résolut à mendier pour ses mendiants; elle s’informa des personnes charitables qui leur faisaient l’aumône, et elle partit en quête. Vêtue de bure noire, la cornette plissée au front, le panier au bras, elle s’en alla frapper aux portes et demanda pour ses pauvres. Elle était connue, elle était respectée, on ne lui refusa guère ; elle rapportait la provende à la maison ; les moins invalides aidaient à la préparation et à la distribution des aliments. Lorsque toute cette povera gente avait mangé, Jeanne mangeait à son tour, s’il restait quelque chose. Elle ne refusait rien, ni la croûte de pain, ni la croûte de fromage, ni le vêtement usé, ni le soulier éculé ; de tout elle savait tirer parti pour le plus grand bien de ses vieillards. A Saint-Servan, à Saint-Malo, aux environs des deux ports, elle était presque célèbre; on ne l’appelait que de son surnom en patois du pays malouin : Jeanne d’un érat; Jeanne tout d’une pièce; car elle était si maigre, elle était si plate, qu’elle semblait faite comme un homme.
Une telle action ne pouvait rester isolée. Bon ou mauvais, l’exemple est contagieux. Des personnes émues du dévouement de Jeanne se cotisèrent, achetèrent et lui
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donnèrent une maison spacieuse, où ses infirmes seraient moins tassés les uns près des autres; mais en même temps on lui signifia que c’était tout ce que l’on ferait pour elle, et que si elle recueillait plus de pensionnaires qu’elle n’en pouvait héberger, ce serait à ses risques et périls. Jeanne Jugan promit d’être « plus sage », accepta la maison nouvelle et y établit ses vieilles femmes au mois d’octobre \ 842. On dirait que la bénédiction de Dieu est, sur les bonnes œuvres. La maison est plus grande, l’indigence se multiplie; à la fin de 1842, je compte trente pensionnaires; en novembre 1845, cinquante; au 51 décembre 1844, soixante-cinq. Saint-Servan n’a plus de mendiants; les infirmes ont un asile; non seulement Jeanne les accueille, mais elle les recherche, elle les découvre, elle fait apporter ceux qui ne peuvent marcher; la maison semble s’élargir pour abriter la caducité indigente : frappez, et l’on vous ouvrira.
Il y avait à Saint-Servan un ancien marin, non pensionné, nommé Rodolphe Lainé, âgé de soixante-douze ans , immobilisé par un rhumatisme articulaire, incapable de gagner sa vie, incapable même de se mouvoir, et qui, depuis dix-huit mois retiré dans un cul de bassefosse, couché sur de la paille pourrie, la tête appuyée contre une pierre, subsistait de quelques morceaux de pain que des pauvres lui jetaient en passant; pour tout vêtement, il avait une vieille voile de canot dont il couvrait sa nudité. Jeanne alla vers cette misère comme vers une bonne fortune. Rodolphe Lainé fut lavé, babillé, emporté, couché dans un lit, nourri, et surtout fut grondé de n’avoir pas fait connaître sa détresse. Une fille de mauvaise vie, une fille à matelots, lasse de loger sa mère, la veuve Colinet, qui est vieille, malade, atteinte d’une dartre rongeante à la jambe, la charge sur ses épaules et va la jeter au milieu de la rue en
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face de la demeure de Jeanne Jugan ; celle-ci ouvre sa porte et dit : « Soyez la bienvenue! » Un jour, dans une de ses courses de quête, Jeanne aperçut une petite fille de cinq ans, Thérèse Poinsa, orpheline, estropiée, « nouée », qui se traînait vers Saint-Malo, à marée basse, pour y mendier. « Qui prend soin de toi? — Personne. — Où sont tes parents? — Ils sont morts. » Jeanne enleva la petite fille dans ses bras et la porta à sa maison. Une autre fois, elle rencontre deux enfants du pays de Penmarc’h, deux « Bas-Brets » à longs cheveux, qui se sont sauvés parce qu’il n’y avait plus de pain en leur maison, et qui depuis bien des jours marchent devant eux sans savoir où ils vont. Quelle aubaine ! Elle les conduit au milieu de ses vieillards ; deux pauvres petits, tout petits, cela tient si peu de place.
Le curé, le maire, les membres du conseil municipal de Saint-Servan comprirent qu’une telle abnégation méritait d’être signalée et récompensée. Un mémoire, accompagné de pièces à l’appui, fut adressé à l’Académie française. La commission des prix de vertu proposa d’attribuer à Jeanne Jugan une somme de 3,000 francs, prise sur « la fondation Montyon » ; après avoir entendu la lecture du rapport, l’Académie ratifia la décision de la commission (1845). Le sous-préfet de Saint-Malo fit appeler Jeanne Jugan, lui adressa un petit discours, poussa la familiarité administrative jusqu’à l’embrasser, et lui remit les 3,000 francs. Trois mille francs; six cents pièces de cent sous empilées, alignées, sonnantes et trébuchantes; jamais Jeanne Jngan n’avait possédé, n’avait aperçu une pareille somme ; elle rêva des phalanstères sans limite où tous les pauvres, tous les infirmes, tous les déshérités de ce bas monde trouveraient bon souper et bon gîte : vision d’avenir qui peu à peu se réalise et que la pauvre fille a dû avoir plus d’une fois, lorsque par le vent, la pluie,
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le soleil ou la neige, elle s’en allait quêtant de porte en porte, ne se rebutant jamais, ne demandant rien pour elle, sollicitant avec énergie pour les autres et parfois éclatant en sanglots lorsqu’elle racontait les misères en faveur desquelles elle tendait la main : Un petit sou, s’il vous plaît! — Ah! quels prodiges on obtient avec le petit sou, lorsqu’on sait l’employer.
Dans le récit qui précède j’ai suivi pas à pas le mémoire certifié véridique, apostillé, légalisé, qui au mois de décembre 1844 fut transmis à l’Académie française. Tous les faits relatés sont exclusivement attribués à Jeanne Jugan; elle n’était pas seule cependant, et peut-être son courage aurait-il oscillé, si elle n’eût obéi à une direction morale et à des conseils qui la guidaient dans la voie du bien. Nulle force humaine n’aurait pu résister au labeur qu’elle avait accepté; elle avait beau se faire aider par ses pensionnaires encore valides, leur distribuer le travail et utiliser ce qui leur restait d’activité, elle eût fléchi sous le poids si, à Saint- Servan même, elle n’eût été soutenue par des âmes aimantes qui, elles aussi, voulaient se consacrer à Dieu en portant secours à ceux que les hommes délaissent. Dès le début, dans les jours de la mansarde, une vieille fdle, Fauchon Aubert, s’était associée à elle et, malgré ses soixante ans, balayait la chambre et battait les paillasses. Flic avait quelques épargnes en réserve, un mobilier-chétif, un peu de linge; elle donna tout, et ce fut elle qui se porta caution pour Jeanne Jugan lorsque celle-ci, trop à l’étroit dans son logis, loua un local plus vaste, qui était un ancien cabaret. C’est là ce que l’histoire a dit, ce que les rapports officiels ont raconté à l’Académie française. La vérité n’enlève rien au mérite de Jeanne Jugan, mais la vérité est autre. Dans son testament mystique dicté le 5 juillet 1874, Jeanne Jugan a dit : « Quant aux o,000 francs qui provenaient du
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prix Montyon et qui m’ont été donnés parce qu’étant sœur quêteuse j’étais connue davantage, ils ont été entièrement employés aux besoins des pauvres. » — En effet, u étant connue davantage », Jeanne a été mise en avant et on lui a attribué l’initiative d’une impulsion qu’elle recevait. Elle était bonne, elle était secourable, elle ne se laissait pas invoquer en vain, mais elle était incapable de concevoir et de mettre à exécution l’œuvre de salut qui est devenue l’œuvre des Petites Sœurs des Pauvres. Elle allait chercher les vieillards infirmes, cela est certain, mais d’autres les découvraient et les lui indiquaient .
Deux jeunés filles éprises de Dieu, aspirant vers la vie des communautés religieuses, liées par des idées semblables et par la même foi, dirigeaient, en réalité, l’asile où Jeanne Jugan était la première quêteuse et, en quelque sorte, le factotum. En religion l’une s’est appelée Marie-Augustine et l’autre Marie-Thérèse; le nom qu’elles ont porté dans le monde, je puis le dire. Marie-Thérèse se nommait Virginie Trédaniel; elle est morte aujourd’hui et son souvenir n’est pas près de s’éteindre dans les maisons qu’elle a concouru à développer. Marie-Augustine s’appelait — et pourrait s’appeler encore — Marie-Catherine Jamet; à cette heure (1884), elle a soixante-quatre ans et elle est supérieure générale des Petites Sœurs des Pauvres. A regarder son portrait, on voit qu’elle a été très jolie, son visage est d’une douceur ineffable; on sent en elle je ne sais quelle ardeur maternelle qui voudrait embrasser toutes les souffrances. L’amour du bien qui la dévorait a pénétré l’œuvre dont elle est la principale ouvrière. Ce qu’il y a d’admirable dans la vie de cette pauvre fille, c’est que nulle lassitude n’atteignit sa volonté. Elle s’est précipitée vers les infirmités et la misère, comme d’autres se précipitent vers le bonheur et la richesse. Depuis le premier jour de son apostolat de bienfaisance, elle a
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été inflexible dans la ligne de son dévouement ; rien ne l’en put détourner. Elle a aimé les pauvres et les misérables, parce que son Dieu a été pauvre et misérable, parce qu’il n’a pas eu une pierre pour reposer sa tète, parce que l’image de ceux qu’elle a secourus lui rappelait une image adorée, en un mot parce qu’elle a la foi, la foi militante, dont l’infortune est soulagée et dont l’humanité profite.
À côté de Jeanne Jugan et au-dessus d’elle, Catherine Jamet et Virginie Trédaniel apportaient une sorte de règle monastique. La journée, divisée en heures de prière et de travail, ne laissait place à aucun loisir. L’emploi de chaque minute semblait déterminé d’avance ; l’habitude est une force; on en fit l’expérience dans cette petite congrégation volontaire composée de quatre pauvres filles qui n’avaient pour ressource, pour principe et pour soutien qi^ leur confiance en Dieu. O11 eût dit qu’elles étaient disciplinées, qu’elles étaient soumises à une obéissance imposée; elles agissaient comme si elles eussent eu un maître : elles en avaient un.
Vers 1858, un jeune prêtre, élevé au séminaire de Rennes, avait été envoyé en qualité de septième vicaire à la paroisse de Saint-Servan. Il avait alors vingt-six ou vingt-sept ans, se nommait Le Pailleur et était né à Saint-Malo. Issu de cette forte race malouine à laquelle nous devons Duguay-Trouin, Chateaubriand, Surcouf, Broussais, Lamennais, race entêtée, passionnée, sous des dehors un peu abrupts, il avait la qualité maîtresse du Breton, la persistance1. Il fut l’âme de l’œuvre et la
1. J’ai reçu au sujet du lieu de naissance de l’abbé Le Pailleur une lettre non signée, dans laquelle on me dit : « Je tiens à vous faire remarquer que la persistance dans la volonté n’appartient pas exclusivement à la race bretonne, puisque M. l’abbé Le Pailleur est de race basnormande. S’il est né à Saint-Malo, son père ou son grand-père était originaire d’Annay-sur-Odon, arrondissement de Vire (Calvados), où l’ancien vicaire de Saint-Servan possède encore des parents. »
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régularisa. « Plus j’avance en âge, écrivait George Sand cà la date du 10 juillet 1836, plus je me prosterne devant la bonté, parce que je vois que c’est le bienfait dont Dieu nous est le plus avare. » Cette bonté, « ce bienfait de Dieu, » l’abbé Le Pailleur la possédait au plus haut degré ; il l’a répandue sur son œuvre, il l’en a imprégnée; il en a fait une institution d’une douceur infinie.
A-t-il compris, à l’heure des premiers efforts, a-t-il entrevu l’accroissement réservé à la petite communauté dont il était le créateur et le chef? a-t-il aperçu, dans l’avenir, toutes ces maisons d’hospitalité qui devaient sortir de la mansarde de Saint-Servan? J’en doute. L’ambition n’était point si haute, la visée avait moins d’ampleur; ce que l’on voulait, c’était faire le bien sans autre résultat que le résultat immédiat du bien obtenu, de la misère soulagée, ÉP la souffrance apaisée, de la vieillesse soustraite à la mendicité et au vagabondage. Pour le reste, il fallait se fier à la Providence; c’est ce que l’on faisait au début, c’est ce que l’on fait encore. Dans la chambrette de Jeanne Jugan, on vivait au jour le jour; à l’heure qu’il est, c’est au jour le jour qu’on vit dans les maisons des Petites Sœurs. Comment mangera- 1- on demain? On ne le sait; Dieu y pourvoira, et Dieu y pourvoit. C’est là ce qu’il y a de beau dans l’œuvre que l’abbé Le Pailleur anima de son souffle; il ne chercha ni les fondations ni les revenus; il ne chercha que l’aumône, l'aumône quotidienne; il y crut et n’eut point tort; elle a abrité, nourri, vêtu des milliers et des milliers de vieillards indigents, qui, sans elle, seraient morts de faim au coin des bornes ou d’alcoolisme sous la table des cabarets. 11 faut que sa ferveur ait été grande : il n'a point douté de Dieu, je le comprends, il était prêtre, mais il n’a point douté des hommes, car c’est à eux que, cha-
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que jour, à chaque heure, il a demandé le moyen de subvenir à des nécessités qui jamais ne se reposent, et c’est d’eux qu’il l’a obtenu. Là est le miracle; la manne qui nourrit les affamés perdus dans le désert de la vie ne tombe point du ciel; elle tombe de la main des hommes, et c’est la foi dans l’humanité, dans sa charité inépuisable, dans sa commisération qui a permis de secourir tant d’infortunes.
J’imagine, sans le savoir, que l’abbé Le Pailleur eut à lutter souvent contre ses supérieurs ecclésiastiques, effrayés de sa hardiesse et de cette infatigable imprévoyance que ne rebutaient ni les difficultés ni les prévisions du plus simple bon sens. Le bon sens avait tort et l’imprudence eut raison. La charité sembla se multiplier à mesure que se multipliaient les exigences de la misère, et plus d’une fois le pauvre vicaire de Saint-Servan a dû s’applaudir d’avoir compté sur la bienfaisance humaine. L’abbé Le Pailleur existe encore; je ne le connais pas, mais j’ai vu son portrait. La bienveillance des yeux et des lèvres est remarquable, le front est intelligent; ce qui domine dans la physionomie, c’est la placidité; dans cette tête sereine on sent la persistance des doux entêtés que rien ne décourage, qui savent plier à l’heure opportune, mais dont la. pensée dominante ne fait de concession à personne, ni aux autres, ni à eux-mêmes.
H participait à l’œuvre qui tentait de naître, vivait misérablement pour alimenter les vieux misérables, renouvelait peu ses soutanes et jeûnait plus souvent que l’Église ne l’ordonne. Lorsque l’on quitta la mansarde pour s’établir dans l’ancien cabaret, il fallut quelque argent; les économies de Fanchon Aubert ne suffisaient pas, l’abbé vendit sa montre en or et, — ce qui fut un sacrifice, — sa chapelle d’argent; le calice avec lequel on avait dit sa première messe, les burettes
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qui avaient versé le vin près d’être consacré, s’en allèrent chez le brocanteur et aidèrent à acheter des matelas pour coucher les infirmes. On ne mangeait pas toujours à sa faim en ce temps-là, et plus d’une fois les quatre pauvres filles qui prenaient soin des pensionnaires se mirent au lit à jeun et n’ayant qu’une prière pour se réconforter. Un soir d’hiver, les vieillards avaient soupé et étaient couchés; les quatre servantes des pauvres voulurent manger à leur tour; on fouilla dans les armoires, on regarda sur chaque planche des buffets et l’on ne découvrit que cent grammes de pain; on en plaisanta et l’on se disposait à aller dormir, lorsque l’on entendit heurter à la porte : c’était une aumône d’aliments que l’on apportait du presbytère.
La maison de Saint-Servan était pleine; les sœurs gîtaient où elles pouvaient, au grenier, au gatelas, sur le palier; la place manquait pour recevoir les malheureux qui demandaient un abri ; à côté de la maison on possédait un terrain; mais comment bâtir? avec quoi acheter les matériaux et payer les ouvriers? Pour toute fortune, la communauté avait cinquante centimes en caisse ; les sœurs se mirent à creuser la terre et s’en allèrent dans les champs ramasser des pierres pour établir les fondations de l’annexe qu’elles voulaient ajouter à leur asile. Les ouvriers de Saint-Servan s’émurent de les voir manier la pioche et ruisseler de sueur sous la fatigue; ils s’offrirent au travail, un entrepreneur fit les charrois gratuitement, les offrandes affluèrent et une maison fut construite, où l’on put recueillir encore une quarantaine d’indigents.
Ce fut P abbé Le Pailleur qui détermina le but de l’œuvre et lui traça la mission dont elle 11e peut s’écarter : il l’a limitée aux vieillards indigents. Les premières Petites Sœurs recueillaient tout ce qui souffrait,
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les enfants perdus, les enfants orphelins, les enfants infirmes, aussi bien que les malheureux épuisés par l’âge. L’abbé Le Pailleur restreignit cette commisération, qui risquait de s’affaiblir à force de se répandre; il la catégorisa et la renferma dans les soins à donner à la caducité retournée vers l’enfance. Je me figure que, dans ses promenades d’écolier et de séminariste; au long des murailles de Saint-Malo, sur la route qui va vers Cancale, au bord des chemins creux des environs de Rennes, il avait rencontré souvent des vieillards déguenillés, ivres ou mendiants, la lèvre abêtie, l’œil éteint, grattant leur vermine et offrant le spectacle d’une abjection d’autant plus pénible que le respect dû au grand âge est presque inné dans le cœur de l’homme. Le vieux mendiant est ivrogne et vagabond; tous les vices ont fondu sur lui ; il en est la proie et n’essaye guère de leur échapper. Je ne sais ce qu’est devenue la Bretagne depuis que je l’ai parcourue à pied (1847); à cette époque, la mendicité y était une sorte d’institution agressive, presque menaçante, contre laquelle on avait quelque peine à se protéger. Plus d’une fois, Gustave Flaubert et moi nous avons été bloqués par des bandes de malingreux que nulle aumône ne parvenait à satisfaire. Dans le Morbihan, à Baud, comme nous revenions du château de Quinipillv, où nous avions été voir la statue de la vieille couarde , il fallut l’intervention des gendarmes pour nous dégager. Ces scènes désagréables, l’abbé Le Pailleur a dû les avoir sous les yeux; homme, il eut pitié de tant de misère: prêtre, il eut horreur dë tant de dépravation; son intelligence, sa bonté lui firent comprendre que, pour sauver l’âme, il faut bien souvent commencer par soigner le corps, et c’est alors sans doute qu’il conçut le projet d’où tant de bonnes actions devaient découler et que les pauvres filles de Saint-Servan, menées par
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leur grand cœur, mirent à exécution malgré les difficultés que j’ai dites.
Les soins donnés aux vieillards attiraient les vieillards, mais le dévouement des sœurs attira de nouvelles infirmières; la petite congrégation s’accrut; de jeunes femmes, des ouvrières vinrent prendre leur part des travaux; le nombre des quêteuses fut augmenté, en même temps que fut diminué le nombre d’indigents attribué à chacune des sœurs. L’œuvre prospérait; selon l’expression d’un mémoire que j’ai eu en mains, « la maison s’était dilatée. » Il n’y a pas de malheureux qu’à Saint-Servan, il n’y a pas de vieux abandonnés que sur les bords de la Lance; sans sortir du département même, on peut trouver des misères à secourir et du bien à faire : il faut le tenter. L’abbé Le Pailleur se souvint de la ville où il avait fait ses études sacrées, il se rappela les mendiants qui pullulent à Rennes. Ancienne capitale de la duché de Bretagne, vieille ville de parlement, de privilèges et de noblesse, on y trouvera la bienfaisance active, demeurée vivante au milieu des ruines du passé, comme une tradition de famille que l’on n’invoquera pas en vain. Il fit partir Marie-Augustine, que l’on nommait déjà la Bonne Mère. Ceci se passait en 1846; en moins de six ans, l’institution était déjà assez forte pour essayer de fonder une colonie de charité. Marie-Augustine s’en alla seule à Rennes, qu’elle ne connaissait pas. Son premier soin fut d’y chercher des pauvres; il n’en manquait pas. Dans un faubourg où il y avait plus de cabarets et de guinguettes que d’honnêtes maisons, elle loua un local, sorte de hangar où l’on s’accommoda comme l’on put et qui bientôt fut rempli de vieilles femmes. Pour les soigner, on fit venir quatre sœurs de Saint-Servan.
L’œuvre parut intéressante, les aumônes furent larges, et l’on put s’établir dans une maison située au
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milieu d’un quartier moins tapageur. Il se produisit, alors un fait touchant : les soldats, les désœuvrés, les ivrognes qui fréquentaient les tripots près desquels Marie-Augustine avait installé son premier asile, voulurent faire eux-mêmes le déménagement; ils emportèrent les paillasses, les bois de lit, la batterie de cuisine, les vieilles femmes et les vieux hommes, et plus d’un, en disant adieu aux Petites Sœurs, laissa entre leurs mains le sou, — le petit sou, — réservé pour le cabaret. La maison de Rennes était ouverte; elle fonctionnait et trouvait dans la charité bretonne de quoi subvenir aux besoins les plus aigus. Marie- Augustine partit pour Dinan, où elle était appelée par un maire ingénieux qui rêvait de doter sa ville d’un hospice de vieillards sans bourse délier. Il n’avait pas mal raisonné en s’adressant aux Petites Sœurs des Pauvres, qui acceptèrent sans hésiter (1846). La ville de Dinan fit cependant les choses avec quelque largesse : elle leur abandonna, à titre gratuit, un local dont elle ne savait que faire. C’était une ancienne prison, sous laquelle passaient les égouts, prison si malsaine que l’on avait dû renoncer à y loger les détenus. Les Petites Sœurs furent moins difficiles que les criminels; elles logèrent les vieillards dans la chambre la moins délabrée, prirent l’autre pour elles et attendirent des jours meilleurs. La prison avait naturellement été disposée pour une destination pénitentiaire; par conséquent, les portes ouvraient de l’extérieur, et il était impossible de les fermer de l’intérieur. Or on n’avait pas d’argent pour modifier les serrures, et pendant bien des nuits, pendant bien des mois , on dormit derrière des portes « poussées tout contre », mais qui n’étaient point closes. Durant près d’une année on vécut dans cette geôle; mais Dinan, dont les anciens seigneurs
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furent les aïeux de Du Guesclin, eut quelque honte d’une situation pareille et la fit cesser par l’abondance de ses aumônes. La maison que l’on ouvrit alors fut outillée en vue de l’hospitalité que l’on avait à exercer.
Les personnes qui, entraînées par leur zèle religieux et illuminées par la foi, se jettent à cœur perdu dans une bonne œuvre, sans même s’inquiéter si elles pourront réussir et qui réussissent, croient que la Providence veille sur elles, les dirige, les protège et assure leur succès. Elles n’ont pas tort, car si jamais le proverbe : « Aide-toi, le Ciel t’aidera » a trouvé son application, c’est dans l’institution des Petites Sœurs des Pauvres, où tout semblerait miraculeux si l’on ne savait ce que peut produire l’élévation des sentiments servie par une volonté infatigable. La force d’une idée fixe est invincible lorsqu’elle ne vise que le bien et dédaigne les puérilités des conventions sociales et du respect humain. Dans l’histoire de la fondation des diverses maisons où les Petites Sœurs des Pauvres mettent en pratique le grand principe : « Aimez-vous les uns les autres », je rencontre un fait qui fera comprendre la foi dont ces créatures exquises sont animées. En 1849, l’abbé Le Pailleur était à Nantes avec la mère Marie- Thérèse (Virginie Trédaniel), première assistante de la supérieure générale. 11 s’agissait de créer un asile pour les vieillards dans le chef-lieu du département de la Loire-Inférieure. Je ne sais quelles difficultés ou quelles lenteurs bureaucratiques retardaient l’autorisation que l’on avait demandée aux vicaires Capitulaires pendant la vacance du siège épiscopal, dont le titulaire, Mgr de Ilercé, était mort récemment. Le temps passait, l’abbé Le Pailleur ne pouvait attendre; il remit vingt francs à la mère Marie-Thérèse et lui dit : « Ma chère enfant, je reviendrai dans trois mois; je désire trouver
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beaucoup de vieillards autour de vous. » Vingt jours après, l’autorisation attendue fut enfin expédiée; il n’était que temps, la mère Marie-Thérèse n’avait plus que quatre francs. C’est avec de telles ressources que, seule, elle entra en campagne. Trois mois plus tard, l’abbé Le Pailleur tint parole et revint. Il avait sa chambrette réservée dans une maison où la mère Marie-Thérèse nourrissait et soignait quarante vieillards. L’abbé Le Pailleur, en guise de félicitations, lui dit : « Il faut continuer. »
Jeanne Jugan, — Marie de la Croix, — « la première quêteuse, » est morte le 29 août 1879; la première infirme recueillie chez elle est devenue légion ; l’abbé Le Pailleur, âgé, mais dirigeant toujours l’œuvre dont il est le père spirituel, doit éprouver un sentiment de gratitude infinie lorsqu’il se rappelle la mansarde de Saint-Servan et qu’il voit ce qu’est devenue l’institution qu’il a créée. La date de la naissance de l’œuvre est reportée (un peu arbitrairement peut-être) à l’année 1840; je crois plus juste de dire qu’elle n’acquiert une apparence sérieuse que vers 1842. Qu’importe, du reste ; elle est conçue par un septième vicaire qui prend pour auxiliaires deux jeunes filles, une servante et une vieille femme; elle est mise au jour dans des conditions d’humilité qui font douter qu’elle soit viable : elle sort du grabat d’une paralytique et de la sébile d’un mendiant.
L'œuvre des Petites Sœurs des Pauvres a aujourd’hui (1er janvier 1883) un noviciat, où l’on enseigne aux postulantes l’art de panser les infirmes et d’aimer les vieillards; elle compte, tant en France qu’à l’étranger, deux cent dix-sept maisons, donnant asile à plus de 25*000 malheureux servis par 3,400 religieuses. Que ces chiffres n’attirent pas sur ces saintes filles la foudre des jupiiis administratifs; elles ont
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leurs papiers en règle, comme disent les gendarmes : leur congrégation a été autorisée le 9 janvier i 859 et le 21 avril 1869 l.