‹ La charpenteChapitre 12 sur 34 · I. CIIARPE>"rE · texte numérisé non relu

I. CIIARPE>"rE

Le terrain lui parut solide. Il est visible que nos -ociétés se sont perfectionnées à travers les temps le résistances et de réserves bien plus que d'impul- >ions. Duhamel accepta ces résistances et ces réserves à la base de son amour. D'autre part, il lui parut jiie la connaissance analytique remplaçant la connaissance symbolique ou sentimentale grandirait et impliquerait son amour au même titre qu'elle -landit et complique les intelligences.

Donc, s'il ne put éteindre les mouvements de la

\olupté qui naissent du confort, du luxe, de la

'>eauté des vêtements, de la sécurité bourgeoise, de

a domination du riche, de la soumission du pauvre,

les vaniteuses humiliations mystiques, de l'amour-

»ropre mondain, du moins sut-il les reconnaître en

ni, et ne les entoura-t-il pas de cette odieuse poésie

uoïste oîi nous nous attendrissons sur nous-mêmes

)mme pourrait le faire un cannibale dont la victime

est enfuie.

Certes, il souffrit de l'agonie des vieilleries, de "arrachement des douces et confortables traditions, les choses qui furent la noblesse des autres époques et |ui, pour entrer dans une harmonie supérieure, dolent se déchirer et se déformer, mais il grandit de sa olupté douloureuse, de son désir refoulé. Les crises 'ù sa fibre se tordait dans la souffrance lui donnècnt la sincérité et la liberté qui seules découvrent <'s lois sous l'apparent désordre.

Enfin, par-dessus tout, ainsi que les Athéniens au

lieu inconnu, il laissa place au vaste jeu du dehors

ir l'homme. Il lui suffit d'avoir élucidé les points

|u'on peut élucider aujourd'hui. Il vit bien que

[•defll

demain appartient à ce que nous appelons hasard qui n'est que l'évolution. La nature et la société réfléchiraient en lui leur mouvement éternel. Il serait sans doute encore surpris par de nouvelles formes de ce désir qui est la nouveauté du monde sollicitant l'être. Il s'y résigna. Si la vie n'est qu'une lutte, il est juste de penser que l'amour, son principal moyen, est aussi une lutte.

— Mais, du moment que l'on peut combattre en stratège, avec de gros bataillons, des fusils et des canons, il serait absurde de revenir au désordre, à la flèche et à la sagaie... J'organiserai mon amour jusqu'au point où il s'y prêtera. Au delà, je serai dans les mains d'une organisation supérieure, de quelque nom qu'on la nomme.

Les jours passaient dans des courses délicieuses. Tantôt seul, tantôt en compagnie des dames, par les champs aux jours humides, par les collines et les bois ombreux aux jours de soleil, Duhamel voyait petit à petit décroître la crise en lui.

Elle renaissait ailleurs, chez Alice, qui la prenait comme une fièvre aux paroles de son ami, prêchant sans cesse la lucidité, la vérité, la conscience de soi. Trop jeune, elle ne pouvait apporter aucune expérience à son effort, mais elle y apporta l'élan des hautes natures, l'énergie héréditaire, et cette sorte de structure nouvelle qu'elle devait à Duhamel et par quoi elle était son enfant.

Mais, encore qu'elle demeurât stoïquement lucide, pour faire honneur à son ami, elle connut cependant les courants cruels par où la nature et la société viennent troubler une âme éprise de femme. La

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nature surprenait sa pudeur, la livrait pendant le -ommeil aux désirs demeurés en ébauche durant le jour, à des caresses que Tincohérence tournait au L'urlosque mais qui défaisaient pourtant ses résistances ainsi que des doigts d'amant audacieux délaçant un corsage, au point que les courts éveils nocturnes la trouvaient balbutiant des mots de tendresse voluptueuse.

Elle subit avec violence le retour de la passion traditionnelle, esclave et fortement symbolisée. Elle ne pouvait, certains soirs, s'empêcher de pleurer sous des extases douloureuses où elle se voyait une victime du destin... Alors l'impossibilité, le fait que Duhamel était marié, qu'elle était la fiancée de Bizot, accroissait perversement son amour comme ['adultère renforce la passion d'une femme de ban- [uier.

D'autres vagueries l'assaillaient. Tantôt c'était la omance, la prière d'une vierge des petits bouti- [uiers, annonçant des peines de cœur, humbles, ^«'•missantes et hystériques, tantôt quelque chant

)lennel, quelque hymne religieux ou les phrases •risées d'une âme aux abois, tantôt cent vanités: )restige, fortune, coupe de la barbe de Duhamel, ■lioses par où s'attachent les cuisinières comme les )rincesses.

Mais elle subissait ces minutes avec résignation et nontait lentement des suaves émois de sa chair, à ravers le symbolisme, jusqu'à l'ardente, l'infinie louceur de ses relations avec Duhamel, jusqu'à cette ivinité d'une analyse où ils semblaient créer un iiondc.

Tous deux revenaient à la chasteté et à la tendresse fraternelle, espérant pouvoir guider leur passion vers d'immenses rêves et de fiévreuses découvertes... Mais la passion accepterait-elle cette zone neutre ? Pouvait-elle se séparer de l'appareil voluptueux qui nous vient d'une longue lignée animale ? Non sans doute. La passion, comme l'homme même, veut avant tout vivre, et elle meurt dans la vertu comme dans le vice : elle se forme, être dans un être, de résistances limitées, d'obstacles difficiles à franchir, mais finalement franchis.

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