GENS A CHATEAUX
Après un quart d'heure de propos interrompus, près de la pelouse, on se rendit au salon, au moment où la lumière plus foncée pacifiait les oiseaux; ils commençaient à se tenir sur leurs arbres préférés en attendant l'heure de la vaste criaillerie qui précède le coucher du soleil et accompagne les dernières luttes pour le perchoir nocturne.
Le salon, dans la mélancolie du crépuscule perdait son aspect d'angoissante pauvreté ; comme il était grand, il gagnait au mystère; on ne voyait plus autant la trame du tapis, ni la décoloration du reps des fauteuils.
Avec M"'^ Bardomb et Charles, les Lebérant se sentaient plus à l'aise. Maîtres de la conversation et la rendant fastidieuse à plaisir, ils la firent rouler sur les voisins et les parents de leurs voisins, sur des souvenirs de chasse ou de concours hippique. M"^ Duhamel, M""'" Hudc y prenaient une certaine part; tandis que Duhamel, Alice et M™"" Delafon 'demeuraient aussi étrangers à ces choses que si elles
n'eussent pas existé. De temps à autre pour leur faire sentir leur infériorité, Glovis les interrogeait sur les de Noirtier, les Bondesquiou, les Taillefer, les Fitudo ; mais sans obtenir jamais de réponse.
— Le marquis de la Font ne connaît donc pas ses parents? demanda-t-il une fois avec impertinence.
— Mon mari a sans doute mieux à faire, répondit dédaigneusement M^^^ Delafon.
Et l'ennuyeuse causerie se poursuivait quand on annonça successivement les de Rosebelle, les Biblot, les de Fitudo, les Delarbre.
Les de Rosebelle étaient accompagnés de leur fils. Ils appartiennent à la plus haute noblesse de France, les deux hommes de taille élevée, d'allure élégante, le pore vigoureux, le fils long et efflanqué, la mère courte, au teint chaud, à la peau luisante, les joues envahies de couperose, portant de petits bandeaux noirs, très tirés. A l'étroit dans leur fortune à cause des énormes frais de représentation causés par leur 4" train double dans le château de Dominai et leur
% < hôtel de Paris, près des Champs-Elysées, leur unique
préoccupation était la chasse au mariage, la recherche d'une héritière qui leur permit de mener, sans trop tirer le diable par la queue, le train princier auquel les condamnait leur rang et les traditions de leur famille.
Les Biblot sont de souche bourgeoise, mais de la haute bourgeoisie, enrichie depuis longtemps et presque illustrée par le haut négoce. Fidèles à leurs origines, ils possèdent encore plusieurs faïenceries, source d'immenses bénéfices. Le père est un homme aimable, de grand sens. Demeuré veuf de bonne
heure, inconsolable de la perte de sa femme, il s'était résolu pourtant à un second mariage, afin de faire souche. Ce singulier mariage de raison fut conclu comme une affaire, la nouvelle épouse prévenue qu'il ne fallait attendre du mari qu'une bonne amitié et tous les avantages de la fortune. Grande femme, brune, robuste et active, ]\P^ Biblot avait trouvé sa joie dans l'administration de sa maison et de ses biens. Elle menait une existence large et somptueuse, se dépensait beaucoup dans le monde et chez elle. Ses amies la traitaient volontiers de gendarme, mais demeuraient éblouies de son luxe.
Les Biblot avaient pu, éternel idéal bourgeois, donner à leurs fils des femmes de la meilleure noblesse; mais leur fille s'était contentée d'un galant homme, très fin, très intelligent, nommé Delarbre et qui s'occupait beaucoup des affaires de la maison.
Leur immense fortune qui datait de loin, les services rendus à la bonne cause royaliste et religieuse, les avaient liés, bien avant les mariages des fils, avec toute l'aristocratie. Assurément, on se susurrait à l'oreille, dans les minutes de dépit, leur tare bour-
igeoise, on les traitait même parfois de marchands de porcelaine, mais, en général, le fait acquis, le fait maintenant héréditaire de leur présence dans le plus grand monde, s'imposait. Ils sont un des bons exemples de la pénétration du haut commerce et de la haute industrie parmi la noblesse à laquelle ils servent de soutien et dont ils forment la portion la plus fastueuse et la plus vivante.
Ils prenaient volontiers vis-à-vis des Lebérant des allures de gentilshommes, railleurs impitoyables
de leurs travers, voire mystificateurs, témoin ce jour oii Gérard Biblot vendit à Glovis pour très cher un fort mauvais cheval qui avait remporté un prix à l'Hippique. Glovis n'avait jamais osé réclamer, crainte du ridicule, et Dieu sait pourtant si son cœur de jeune avare saignait d'une telle blessure. La pauvre marquise de la Font et Alice, étaient l'objet de toutes les curiosités. Entourées pour l'heure par le marquis de Fitudo, M. etM°*' Delarbre et les Lebérant, elles ne savaient où donner de la tête, sous le flot des interrogations. Leur arbre généalogique, par elles oublié depuis longtemps, revécut tout soudain. On les reconnut alliées aux La Rochefoucault^ auxd'Atil, aux de Fitudo, aux de la Croix d'Esneux...
Elles répondirent d'ailleurs à tant d'empressement avec un esprit quelque peu caustique, s'étonnant d'avoir un si grand nombre de cousins et de cousines, de se trouver de si haut et si noble lignage.
M""^ Duhamel et M""" Hude, perdues dans le dédain, universel, sentaient de minute en minute croître la^ valeur de leurs amies comme augmente la cote des actions de mines quand on découvre un nouveau filon. S'il se mêlait encore quelque envie à leur admiration, l'idée qu'elles profiteraient d'une amitié si précieuse et qu'elles arriveraient peut être à se faire recevoir dans certains salons parisiens très fermés jusqu'alors, leur donnait des frémissements de plaisir.
Cependant, les Fitudo continuaient leur grotesque, conversation sans s'apercevoir de l'ennui et du dégoût d'Alice dont ils blessaient les plus délicats sen-
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(imcnts et la philosophie. Le marquis de Fitudo est d'ailleurs ce personnage de comédie qui, le soir du voyage de noces de son fils, avant d'accueillir sa bru dans sa maison, lui tint, hors du perron, parmi les rires secrets des domestiques, un long et solennel liscours sur les devoirs de l'épouse et de la belleille envers les parent^ de l'époux. ^lœurs antiques, léflorées par une bêtise a ffreuse et le plus déploraoie zézaiement, mais servi par une taille géante, de irands favoris, une tête de Jupiter. La pauvre belleille eût-elle d'ailleurs tant à se féliciter d'être entrée lans cette triste famille d'avare vaniteux et de posséiler un mari mal élevé, brutal et ridicule ; c'est lifficile à croire. Peut-être, d'ailleurs, trouvait-elle Ijuelque consolation chez la marquise qui n'avait bas Pair trop méchante femme avec sa toute petite laille, son corps boudiné d'un embonpoint invincible, a face rouge, miroitante, son nez tout petit, ses 'eux vifs et sa voix pointue qui vibre comme un ifflet et arrive à dominer les basses les plus retenissantes, quand elle s'écrie :
— Mais, ma chère mademoiselle de Normanoir, je 'DUS assure que nous sommes alliées par les femmes... -.a sœur de votre grand'mère était une de Maigreille, née de Normanoir.
A quoi ^P° Delarbre, née Biblot, répondait derière le dos des de Fitudo, en se bouchant les oreilles ans un geste gamin à l'adresse d'Alice :
— Ne le dites pas si haut, votre respectable aïeule •ourrait vous entendre, de sa tombe.
— Où serait le mal I répliquait le marquis qui ne omprenait pas.
Mais Alice en avait profité pour se rapprocher de M""*" Delarbre dont le joli visage et l'air spirituel l'attirait. C'était une brune, grande et mince, vêtue avec une élégance voluptueuse, d'une robe de surah' rose glacé de blanc avec des pois blancs. Un léger' zézaiement donnait un air d'enfant gâté à cette belle dame, d'ailleurs assez peste, mais qui ne déplut pas à Alice au sortir du contact des Fitudo et des Lebérant. Elles causèrent gaiement en jeunes femmes, de robes et de chiffons, le goût délicat d'Alice surprit M™^ Delarbre qui savait déjà par la chronique des châteaux, rapide et mystérieuse comme la poste du| désert, que la jeune fille était pauvre. Toutes deux,î d'ailleurs, possédaient le sens de la femme, ce je ne^ sais quoi qui émeut et passionne dans le détail de leur toilette comme dans le mot d'esprit ou dans les attitudes. Encore qu'elle eût peu de lecture sérieuse, M""" Delarbre connaissait cependant quelques auteurs? intéressants, ce qui est très exceptionnel dans ce^ monde.
Elle parut goûter dans Alice une philosophie su-i périeure dont elle ne vit que le piquant d'originalité et dont elle s'amusa comme de curieuses boutades. Elle se réjouit ainsi qu'une pensionnaire retrouvant^ une compagne de l'avoir pour quelques jours à Semay. Elles causaient avec vivacité quand un nou-i veau venu, beau garçon de trente-cinq à quarante! ans, s'approcha d'eux pour saluer M™"" Delarbre qidj lui tendit la main.
— Le marquis d'Escroix, présenta-t-elle, M'^" d( Normanoir.
— Mademoiselle de Normanoir, dit-il, j'ai beau-
coup connu votre tante la comtesse de Rocourt.
— Vous avez eu plus de bonheur que moi, monsieur, répondit Alice.
Le marquis demeura silencieux, guettant le beau visage d'Alice, avec cette espèce d'insolence, faite surtout de l'immobilité du masque, qui est particulière aux grands seigneurs. C'était un capteur de femmes. Ruiné à vingt ans par les folies de son père il avait connu la misère et le triste labeur de l'employé dans une grande administration. Ce retour aux mœurs de la petite bourgeoisie, la fréquentation môme de petits gens, le soir dans les cafés, des maîtresses pauvres qui l'avaient aimé pour autre chose que son titre et son argent et auxquelles il avait été obligé de donner une partie de son cœur et de son âme parce qu'il ne pouvait pas les payer autrement, tout avait transformé Taristocrate en lui, élargissant son activité et son intelligence, le portant à des études, à des travaux, à des lectures ordinairement inutiles aux gens de son monde et dédaignées par eux.
Il dit deux ou trois phrases intelligentes sur la )eauté du printemps, sur les jolies colorations des champs aux soirs de mai et sur l'assoupissement qui tombe vers le crépuscule et qui, disait-il, était bien moins dû à la fatigue qu'à la couleur de la lumière, i cette stupeur de l'orangé et du rouge qui mène ious les êtres au sommeil.
— Ce n'est pas sûr, dit M"^" Delarbre ; voyez le taureau... Et je garantis le taureau ; car moi-même, vêtue de rouge et côtoyant une haie, j'ai vu arriver une bête furieuse et mugissante.
Il se tira de la "contradiction par un mot d'esprit :
— Combien d'hommes en auraient fait autant.
Puis, soudain, quelques traits, vifs comme des répliques de balles au tennis, d'un flirt audacieux et gai. En dessous il observait Alice pour voir si elle avait l'esprit de ces milieux où tant de choses sont permises sous le sourire et la politesse du mot. Elle n'avait pas cet esprit, mais un esprit naturel et plus sûr qui la rendait dédaigneuse de toute vanité. D'Escroix, habile, perçut le sourire méprisant de la jeune fille et se remit à causer avec tant de grâce et d'habileté qu'il parvint à effacer la mauvaise im- ^ pression.
Gomme il avait pressenti la raillerie, il pressentait l'attention sympathique, jugea Alice pédante j: et sentimentale, mais la trouva infiniment belle. Il
aimait les femmes sottes, ayant coutume de dire ^, qu'une femme intelligente profane la beauté. Une
j aventure, au moins un flirt très « chiffonnant » avec
'' r Alice le tenta ; car il recherchait presque autant la
joie excitante des baisers et des frôlements que la possession entière.
Il appartenait au Paris de la haute noce où il était entré, après son terrible stage, dès qu'il eut recueilli les trente millions de son oncle de Daval Preslin, surnommé le sanglier d'Auvergne, à cause de son amour pour la solitude. Avec les Sergan, les Davan-Pentolès, les Maillard-Truffigard, les Barochesouland, le marquis menait le train exquis où l'on^ dépense au Carnaval de Naples, quarante mille francsl par an rien que pour ses cravates. La troupe joyeusese]
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répandait à travers les fêtes mondaines, chacun faisant du bruit pour vingt et créant cette légende, qui a cours dans la bourgeoisie moyenne, et où Ton ne voit parmi la noblesse que légers et généreux dissipateurs, tandis qu'au contraire l'aristocratie se distingue en général par une terrible avarice.
D'ailleurs, dans la fête comme dans la politique, ils tombent au second rang, ne pouvant déployer autant de luxe, ni autant de génie que les fils du haut négoce ou de la finance. Mais ils apportent encore le prestige de leur titre, l'appât de choses rares, l'espèce de profanation que le sadisme des parvenus voit dans la crapule du noble et qui est un élément tout semblable à celui que la religion met dans la sensualité.
D'Escroix qui valait un peu mieux que tous ces gens, à cause de sa jeunesse pauvre et studieuse, n'en avait pas moins été ébloui, et, par un instinct de se débarrasser d'habitudes qu'il jugeait peu élégantes, il avait recherché cette pire compagnie qui passe pour la plus distinguée. Cependant, il demeurait dédaigneux de l'amour des courtisanes et faisait des coupes dans tous les mondes. L'année précédente, ils'étaitmontré très assidu auprèsde M"" Duhamel, lui faisant la cour du beau sceptique mélancolique qui est encore l'idéal des femmes de cette catégorie. Mais^ ayant trouvé trop de résistance, car M™° Duhamel possédait les solides pudeurs de la petite bourgeoisie, il s'était rapidement découragé. Depuis, elle avait fait du chemin et elle ne vit pas sans jalousie son essai de tlirt avec Alice. S'approchant du groupe, elle se fit reconnaître, si bien que le marquis ne
douta pas une seconde des sentiments qui agitaient la jeune femme. Il savait qu'on doit les neuf dixièmes de ses bonnes fortunes à des rivalités et il possédait en outre un tranquille cynisme pouraller jusqu'au bout de ses hypothèses de séducteur. Il lui| parut simple que M""^ Duhamel devint sa maîtresse, f Alice son flirt, et il évolua dans ce sens, plein de bonne grâce, de regards langoureux pour la femme, ' mais d'une belle ardeur spirituelle pour la jeune fille. L'impression qu'il laissa sur Alice ne fut point défavorable : elle voulut voir en lui le brillant aristocrate qui sait beaucoup de choses et qui pourrait beaucoup de choses s'il n'était point corrompu de septicisme. Cependant, elle se sentait mal à l'aise devant des opinions arrêtées ainsi que des définitions et qui dénonçaient chez le marquis une forte ' dose de snobisme.
Gomme il demandait à un moment :
— N'êtes-vous pas de mon avis ?
Elle lui répondit ce mot très juste :
— Je suis de votre avis, mais pas de la même manière que vous.
Cependant régnait un brouhaha discret, coupé de ci de là par la voix vrillante de M™® de Fitudo ou les gaies réparties de M""^ Delarbre, de M""^ Bardomb, par le rire insolent de Clovis qui, s'étant entouré d'alliés, prenait sa revanche sur M""" Delafon et raillait sa philosophie de femme pauvre, vivant loin du monde dans une ardeur charitable qui ne relevait pas de la religion. Car, pour les grands riches, la charité n'est qu'une manifestation religieuse, une partie de ce grand organisme du respect qui, tels les rites de la
politesse en Chine, établit les rapports nécessaires entre le peuple et ses dominateurs.
Il vint encore deux invités, M"" de Rebelle, jeune veuve charmante et son neveu M. de Béric lieutenant de dragons, faible de santé et de fortune médiocre.
On les présenta, sur leur demande, àM"'^ Delafon, à Alice et aux Duhamel.
Le moraliste causait dans ce moment avec M. Biblot. Il lui disait d'énergiques paroles sur la valeur relative des races européennes. Elles attirèrent l'attention de M""' de Rebelle qui les écouta. Surpris et charmé, Duhamel que suivait avec peine Biblot, se mit à causer avec cette jolie auditrice. Elle se prêta passionnément, attirée par l'air de granleiir et par la voix de Duhamel. Plusieurs choses :ependant l'étonnèrent et elle demanda quelques vxplications. Elle s'étonnait qu'il mît le génie dans a sauvageonnerie, alors que les hautes civilisaions créent les plus grands hommes. Il répondit :
— C'est que le génie ne suffit pas à créer le grand lomme... A bien des égards celui-ci est un produit ocial obtenu par la division du travail qui permet le laisser des familles persister de père en fils dans me môme voie...
— Alors, on pourrait fabriquer des grands homiics comme on fabrique de bons chevaux.
— Oui, mais une telle fabrication est contrariée ar le besoin de participer aux formes nouvelles... La I rsistance dans une même voie renforce assurément l'ilaines structures anciennes. Prenezun boxeur par \(*mple. Si son fils persiste dans le môme métier,
il pourra avoir les muscles destinés à la boxe plu^ développés que son père et, s'il les développe encore il transmettra à son descendant une force très grande Mais que, par un détour fréquent, les coups et le! parades de la boxe se transforment au cours de: âges, il se rencontrera tel boxeur débutant supérieur pour ces nouveaux coups, au boxeur par héritage.. Le grand homme qui doit répondre à des aptitude; diverses gagne aussi d'abord à l'abstraction, pui finit par y perdre ; car le but de l'être ou de l'espèci est non pas la spécialité mais l'universalité ou L complexité qui est une moyenne... Il n'y a san doute pas d'autre raison à la décadence des race civilisées devant les races sauvages ou relativement sauvages qui, moindres en abstraction^ sont pluj abondantes en diversité, en ressources, en génie.
Elle se tenait devant lui subjuguée, pâlie d'enten^ dre pour la première fois des pensées de ce genre qi^ lui parurent surhumaines.
Une chose domine la vie féminine ; c'est qu'ell peut atteindre à certains accomplissements pa fécondation. Où l'homme montre une envie rageus ou désespérée qui est son meilleur moyen d'adaptî tion, la femme apporte l'amour, le plus puissai mode de pénétration de l'être par l'être.
La comtesse de Rebelle appartenait, par exceptioji à cette classe de femmes dont les grandes passioi sont cérébrales. Gela donne plus souvent des engou( ments ridicules que de justes sympathies, ma|j enfin cela marque une évolution très caractéristi] que de l'amour vers une forme plus haute que il sélection naturelle ou sociale. Duhamel fut étonni
le voir tant de ferveur dans les magnifiques yeux 3leus et ces jolis frémissements d'une bouciie atten- ;ive qui répète tout bas certains mots, et ces soupirs ]ui gonflent une gorge exquise et décèlent Tasphyxie l'une âme en suspens.
Elle finit par répondre quelques mots assez justes, surprise elle-même de cette pénétration qu'elle ne se connaissait pas, reconnaissante à Duhamel qui l'éle- !/ait au-dessus d'elle-même, prise d'une sympathie rès fervente pour le moraliste.
Cependant, M. de Béric s'était approché du ;roupe où se trouvait Alice, et M^^^ Lebérant l'avait )résenté à la jeune fille. Le lieutenant reçut le coup
Ile foudre. 11 est vrai qu'il l'avait reçu un nombre onsidérable de fois dans sa vie, mais jamais paraît-il vec cette force. Ce pauvre garçon no possédait qu'une riste tête, sujette à des détraquements épileptiques. [ature décevante et misérable ([ui mariait des nthousiasmes délirants avec des vices singulièrelent froids. Plein, d'ailleurs, de convictions nourries grand renfort de phrases creuses et d'hystérie mtimentale, montrant une foi religieuse fanatique, était d'une intransigeance absolue sur les questions 9 noblesse.
Il ennuya beaucoup Alice à qui il fit l'effet d'un alheureux pantin, répétant des gestes et criant des iroles qui ne lui appartenaient pas, qu'on lui avait îniblement enseignés et dont il tirait un stupidc gueil. Aussi fut-elle très satisfaite quand on inonça que le diner était servi et que le marquis Escroix vint lui offrir le bras pour passer dans la lie à manger.