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vail d'ensemble, dans l'évolution, est formidable, non seulement il nous relie à la chaîne animale, mais les théories savantes de la bourgeoisie lettrée en s'appliquant à la foule et appliquées par la foule, s'intègrent, se fécondent et s'ouvrent à des évolutions nouvelles.

— Ce sont là fort belles paroles, dit le marquis, mais vous seriez sans doute très embarrassé de les illustrer par un exemple.

Il riait d'un mauvais rire. Outre qu'il espérait humilier Duhamel sous le dédain de ce rire, il se disait qu'en poussant l'homme un peu plus loin, vers cette chose vague que les métaphysiciens ont appelé des causes premières ou des causes finales, il arriverait à le confondre. Mais il ne pouvait savoir la sécurité d'un Duhamel dont toute l'existence se passait à songer à ces choses tellement lointaines et inutiles . pour l'aristocrate.

— Je crois au contraire, répondit le moraliste, que les illustrations en sont aisées, pourvu qu'on garde d'indispensables limites... Ne voyez-vous pas qu'un équilibriste ou un acrobate sont de véritables intégrateurs des lois de la mécanique rationnelle ? Ils résolvent par pure adresse les équations ou les formules les plus compliquées de la cinématique. Ce sont gens du peuple, cependant, n'ayant reçu aucune instruction.

— C'est une adresse une fois donnée, mais je ne la vois pas se perfectionnant ! L'antiquité connaissait déjà les plus curieuses jongleries.

— Elle connaissait de curieuses jongleries, mais pas les mômes que les nôtres... Les singes aussi sont

de fameux équilibristes et de fameux acrobates, mais ils n'usent pas de nos agrès, de nos engins qui sont un produit de Fart. La jonglerie avec une sphère mathématique donne lieu à des problèmes que ne donne pas celle qui s'exercerait sur un mobile plus fruste. Et voilà bien, pris sur le fait, ce double courant qui amène nos plus hautes sciences dans les tours d'un équilibriste et qui fait remonter les tours de Féquilibriste vers nos plus hautes sciences. Le comte de Latorel, étonné, dit :

— N'est-ce point téméraire !

— Non. La science ne se transforme pas seulement par enseignement direct. Elle se glisse dans la forme des objets, dans les combinaisons du langage ; les théories appliquées nous sont enseignées par les yeux... Songez à toute l'avance que prend un enfant de nos jours sur un enfant du siècle passé par le seul fait de voir les machines, les modes de constructions, les dispositions hygiéniques, les ustensiles de cuisine perfectionnés... Et savez-vous combien il entre de calcul différenciel et intégral instinctivement réalisé dans les gestes d'un ouvrier qui s'adapte à l'outillage moderne sorti presque tout entier des formules de la haute science?

Encore un long silence. Le saisissement soudain des pensées qui, devant les profondes paroles, s'ordonnent à ces cerveaux amollis, un effort, une souf- i france, enfm l'ennui de ces choses à quoi leur tête ne peut décidément pas se prêter. Les Rosebelle se u retirent, entraînant les Gaillard-Bachot. Puis ce sont i les Biblot qui lâchent pied. Des rires fusent, les damesse détachent àleur tour. Le groupe se disloque.

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M. de Latorel, que cette conversation a frappé, irend Duhamel à part :

— J'ose déduire de vos paroles, monsieur Duhalel, des vérités assez douces pour un aristocrate, 'est que, dans une société forte, il faut que les dif- 3rentes structures soient bien solidement établies... t qu'ainsi une hiérarchie des castes, le respect des l^aditions, ne sont pas de vains simulacres mais epondent à des besoins logiques.

— Certes, monsieur, à la condition que vous douiez au mot hiérarchie sa signification naturelle et ue vous ne mettiez pas l'aristocratie à la tête... Le ouvoir effectif appartient à la bourgeoisie et c'est le 3voir du noble de s'incliner devant le bourgeois, )mme c'est le devoir du bourgeois de s'incliner ivant l'intellectuel. Toutefois, je ne donne pas à ce ot devoir une signification métaphysique, j'ennds par là le sens où le mouvement général de évolution se fait au maximum... Ce devoir-là s'im- )se et celui qui s'y dérobe subira ces frottements l'on a coutume d'appeler punitions. Le respect des aditions dont vous parlez n'exprime que le rapport itre les diverses structures, mais ce rapport est

al et réciproque : le respect des traditions entraîne respect des nouveautés dans un organisme noral. Les organes profonds s'imposent aux organes riphériques mais subissent, suivant un rythme •nné, l'inlluence de ceux-ci... Il est d'ailleurs noral que la modification des organes profonds prénte une certaine difficulté : cela complique le oblème pour les parties extérieures et rend la >uveauté plus vive et plus profonde... En pour-

suivant cette loi à travers les âges, vous arrivero sans doute à vous expliquer pourquoi les sociétés d forte aristocratie ont pu être aussi des sociétés d grand progrès et de liberté.

Les deux hommes se quittent là-dessus avec de paroles de politesse et d'Escroix se retire égalemeni Mais le marquis n'est pas satisfait de lai-même et se murmure entre les dents, comme d'une puissant revanche :

— Toi, je te ferai cocu !

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