DES MOTIFS DU PROJET DE LOFVILLEMAIN
Impertinence est un mot qui signifie, assure le dictionnaire de Trévoux , action ou parole sotte ; il se dit , selon le dictionnaire de l’Académie , des paroles et des actions contre la raison et contre la bienséance ; les rhéteurs ou les grands parleurs y sont sujets , a dit un homme d’esprit , et ils en sont assez punis par la confusion qui leur en vient.
On appelle encore, selon tous les dictionnaires, impertinents, en termes de pratique ou de palais, les faits, les articles qui n’ont rien de commun avec la chose dont il s’agit ; et en logique, selon le dictionnaire de Trévoux, les termes qui n’ont aucun rapport ensemble. Pardonnez-nous, lecteurs ; nous avons un faible pour les définitions de mots , c’est toujours par là que nous commençons dans toutes nos discussions ; ici , la chose est trop grave pour que nous négligions ce moyen d’étre bien compris, et nous avons affaire 5 trop forte partie pour ne point recourir aux plus imposantes autorités.
Or, nous affirmons, ce point de départ convenu, que les motifs du projet de loi-Villemain sont des impertinences , ou impertinents sous tous les points de vue que nous venons d’indiquer. Ils n’ont, en effet, logiquement, aucun rapport ensemble et se composent de faits et d’articles qui n’ont rien de commun avec les choses dont il
Vagit. 11 s’agit de la liberté, et ils nous parlent despotisme ; de la liberté égale pour tous, et ils nous parlent du monopole et des privilèges de quelques-uns ; des droits naturels des citoyens droits antérieurs et supérieurs à l’Étal, et ils nous parlent de l’autorité et de la suprématie de l’Etat. 11 s’agit des conditions imposées aux pouvoirs actuels, comme la condition même de leur existence, par le peuple qui les a créés, et ils nous parlent de la souveraineté absolue des pouvoirs actuels sur l’une de ces conditions, sur ce qu’il y a de plus indépendant des hommes et des pouvoirs temporels, dans le peuple et dans chaque individu; de la Charte de 1830, de la liberté garantie à tous les cultes, d’un gouvernement constitutionnel, de la liberté et de la nature de la loi sous un tel gouvernement , et ils nous parlent de l’ancien régime, sous une religion d’Etat et dans une monarchie absolue, distribuant les privilèges selon son bon plaisir.
Tous ces motifs, d’ailleurs, les faits et les articles qui les composent sont des assertions inexactes, fausses, contredites par tous les historiens et tous les monuments historiques, des faits controuvés, constituant ce que tous les dictionnaires appellent immondes, mensonges impudents ; c’est-à-dire de toutes les paroles, de toutes les actions les plus sottes, les plus contraires à la raison et à la bienséance , de la part surtout d’un ministre de l’instruction publique parlant devant des corps publics auxquels il doit respect, devant la nation à qui il doit la vérité dans toute son étendue, et pour qui il n’est qu’un mandataire révocable à volonté, un agent responsable qu’elle peut mettre en jugement quand il lui plaira.
Démontrons tout ce que nous avons avancé, et, pour le faire avec plus de clarté, distinguons les impertinences comme nous avons fait les absurdités, en générales ou de fond, et en particulières ou de détails.