‹ La charte-vérité, ou, Le monopole universitaire devant les chambres; resumé de la question de l'enseignement au point de vue constitutionnel, par un français ami de la charteChapitre 22 sur 46 · IMPERTINENCES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

IMPERTINENCES GÉNÉRALES

Du projet do loI-VUlcnialn.

lre impertinence. — En remontant très-haut dans notre histoire, et en se reportant même aux temps où la science était presque uniquement cléricale , on trouve établie la maxime que l’instruction publique dépend de l’Etat. Ce fut , en effet, sous cette autorité que s'établirent successivement les anciennes universités locales. Ce fut cette autorité qui , à diverses époques, en supprima ou en réforma quelques-unes, et qui permettait ou interdisait la fondation de tout collège dépendant d’une université , ou d’une corporation religieuse, ou dune communauté municipale (1).

Telles sont les paroles de M. le grand-maître Villcmain , et pour qui a lu les motifs de son projet de loi avec quelque attention, ces paroles en expriment la pensée générale, la pensée mère, le principe fondamental ; elles sont le centre lumineux d’où rayonnent toutes les autres considérations pour aller aboutir à la magnifique circonférence du projet de loi que nous venons de discuter.

Or, logiquement et en termes de palais, est-il rien de plus impertinent dans la matière et les circonstances? L’Étal, c’est-à-dire le roi , était au moyen âge, et depuis , avec Charlemagne, avec Philippe-Auguste, avec Richelieu, avec Louis XIV, maître absolu de l’enseignement ; l’enseignement privé et public dépendait de lui , donc il en doit être de même en 1844. Le temps, la liberté d examen, les cultes nouveaux, le protestantisme, les révolutions de 1789 et de 1830, n’ont rien changé à tout cela, et personne ne ma-

(1) Expose des motifs du projet de loi. ( Globe , 4 février.)

nifeslera à d’autres sa pensée sous forme d’enseignement quelle qu’elle soit, que sous le bon plaisir du roi et de son ministre do l’instruction publique : hier, M. le panthéiste Cousin ; avant-hier, M. le protestant I'elel; aujourd’hui, H. le rhéteur Villemain !

Il n’y avait autrefois d’écoles, d’Uuivcrsités, de collèges, d’enseignement théologique, médical, scientifique, littéraire, grammatical, d’instruction religieuse et morale, d’apprentissage d’arts et de métier, qu’au nom et de par le roi ; donc il est impossible encore qu’il en soit autrement avec la Charte et la souveraineté du peuple, avec la liberté des cultes et de la conscience, avec la liberté des opinions et de l’industrie !

Louis-Philippe a hérité la France immédiatement, et de droit divin , de Louis XIV, de François Ier et de Charlemagne ; tous les Français sont ses sujets, corps et ;1me, intelligence cl volonté; ils sont sa propriété dès le venlredeleurs mères; et, comme au tempsde la monarchie absolue, il en dispose en maître ou en transporte le domaine à d’autres, avec privilège et monopole, pour en user en tailles et en corvées, en faire des aristocrates ou des vilains, des bacheliers , des manants et des parias, selon qu’il leur conviendra, se réservant seulement son droit inaliénable et imprescriptible de suzeraineté!

Certes, si .un prédicateur, ou l’avocat des pères de famille, M. de Régnon, un vicaire ou un Evêque, se fussent avisés de faire entendre semblable impertinence dans un mandement, dans un journal ou dans un pamphlet , comme disent MM. de l’Université et du gouvernement absolu, nous Je demandons à tous les partis, au Constitutionnel et à la Gazette de France , aux Débats et au National, à la Gazette Spéciale et à la Quotidienne : le Conseil d’État aurait-il assez de séclions ; les tribunaux de police correctionnelle, assez de substituts; les Cours royales, assez de chambres et de juges; les procureurs généraux, assez de réquisitoires pour crier : Haro sur le baudet, le pelé, le galeux, et appeler sur ce malheureux demeurant d’un autre âge toutes les rigueurs de la vindicte publique , si n’aimaieut mieux les cabanons eL les corsets de force de Bicêtre et de Charenton ?

2e impertinence. — Mais est-il vrai que si haut que l’on re-

moule dans notre histoire, la France sous l’ancienne monarchie, comme depuis, ail été abrutie à ce point, que les écoles, les Universilésetles collèges, les iutclligences et les doctrines, l’instruction religieuse et morale, l’enseignement Idéologique, médical et scientifique, littéraire et grammatical, dépendit absolument d’un seul homme et relevât de l’État ou du roi et de ses ministres. Voyons un peu si l’Université, son grand-maître et ses chefs de bureaux sont aussi forts en histoire, et en histoire des Universités même dont ils prétendent descendre, qu’ils le sont en logique et en droit constitutionnel.

« Les Universités, dit, d’après Étienne Pasquicr, Fleury, qui s’entendait quelque peu en histoire, et surtout en histoire de l’enseignement en France, les Universités sont des compagnies de maîtres et d’écoliers établis, depuis environ l’an 1200, pour la commodité des études. Il y avait de tous les temps des écoles dans toutes les églises cathédrales et dans les principaux monastères. Les principales écoles étaient dans les métropoles ; mais il se trouvait quelquefois de plus habiles maîtres daus les églises paroissiales. On commençait par les arts, pour servir d’introduction aux sciences ; et ces arts étaient la grammaire, la dialectique et tout ce que nous appelons humanités et philosophie. De là on montait aux facultés supérieures, qui étaient la physique ou médecine, les lois ou le droit civil, les canons, c’est-à-dire le décret de Gratien, la théologie, c’est-à-dire le maître des sentences et ensuite la somme de saint Thomas.

« Ces écoles publiques à Paris notaient d'abord qu’au parvis Notre-Dame; ensuite le Chapitre permit que les écoliers, tant d’humanités que de philosophie, passassent la rivière et se tinssent a Saint-Julicn-le-Pauvrc ; et même, quelque temps après, il permit f à Guillaume de Champeaux et à Abailard d’établir une école à Suint-Victor. Le nombre des écoles de dehors augmentant toujours, on bâtit les écoles des Quatre-Natiops de la faculté des arts à la rue du Fouare. On bâtit ensuite des collèges, mais qui ne furent d’abord que des hospices. Le pape Innocenf 111 fut le premier qui, dans des bulles qu’il donna pour établir une police entre les maîtres de ces écoles, les qualifia d 'Universités ; en quoi il fut suivi

pur Honorius lil, Innocenl IV, dont les lettres adressées aux maîtres et aux écoliers commençaient par ces mots : Noverit uni ver sitas vestra studiorum, ou Universitas magistrorum et scholarium.

En conséquence, les maîtres prirent pour eux le titre d'université , ce qui ne fut guère usité de leur part que du temps de saint Louis.

Ce corps n'était pas alors composé des collèges, mais des maîtres qui » étaient dispersés et enseignaient dans des maisons particulières. Ils ne furent logés dans les collèges que vers le milieu du XVe siècle, lorsque l'instruction y fut transférée.

« En 1 244, on permit aux maîtres ou docteurs ès-arts d’enseigner partout où ils voudraient, et dans les maisons qu’ils trouveraient plus commodes. Ce qui formait autant de pédagogies ou pensions. Ces pédagogues ou maîtres étaient la plupart ecclésiastiques. Ils enseignaient la grammaire et les humanités. A l’égard de la rhétorique, il y avait des maîtres qui faisaient particulièrement profession de l’enseigner. Les écoles de philosophie à Paris étaient à la rue du Fouare : chaque nation avait les siennes. On ne commença à enseigner la philosophie dans les collèges que lorsqu’on y admit des pensionnaires autres que les boursiers, et que l’on y ouvrit des classes publiques pour la grammaire, les humanités et la rhétorique :

« Le chancelier de Notre-Dame avait seul, au commencement , l'inspection sur toutes les écoles , et donne encore seul la bénédiction de licence dans les facultés de théologie et de médecine; ce qui confirme bien que l'Université lire son origine de l’école de l’église cathédrale de Paris. Les écoles publiques s’étant étendues sur la montage de Sainte-Geneviève , l’abbé prétendit que celles-ci dépendaient de lui, et de là vient l’usage que le chancelier de Sainte-Geneviève donne la bénédiction de licence dans la faculté des arts, concurremment avec le chancelier de l’église de Paris, chacun pour les collèges de leur lot ; et ils changent de lot alternativement.

« Pour favoriser les universités, les Papes et les rois leur donnèrent de grands privilèges. Les Papes les exemptèrent de la juridiction de leur Evêque , et leur donnèrent autorité sur tous

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