RÉPONSE A SES DÉFENSEURS
Persuadé qu’un honnête homme ne prendrait pas parti contre le livre du Monopole universitaire destructeur de la Religion et des lois, sans l’avoir lu attentivement , et sur les seules attaques de ses ennemis les plus intéressés, nous attendions avec calme qu’il fût assez connu pour répondre aux injurieuses ou calomnieuses imputations que lui ont prodiguées à l’envi la ligue universitaire et tous les journaux qui ont déclaré la guerre au Christ et ù son Eglise. Car aucun n’y a manqué. La charte , toutes les libertés qu’elle garantit sacrifiées au monopole , les opinions des journaux de 1830 et années suivantes exactement rapportées dans le IVe chapitre de l’ouvrage, le vœu unanime de la France et de tous les partis , rien n’a pu arrêter dans leurs jugements contradictoires ces amis trompeurs de la liberté. C’est la Religion de la majorité des Français , la Religion catholique, la Religion véritable, l’ordre social tout entier, qui réclament dans leurs intérêts les plus chers l’exécution franche et sincère de la charte , et les droits communs qu’elle assure. Périssent la charte et tous les droits communs , périssent toutes les libertés plutôt que de les reconnaître comme le droit de tous , et des Catholiques surtout ! Leurs devanciers de conventionnelle mémoire avaient dit : Périssent les colonies plutôt qu’un principe! ils crient eux : Périssent tous les principes , s’ils sont favorables .à la Religion de Jésus-Christ !
Un tel concert de vœux impies et liberticides , une haine si aveugle, preuve sans réplique aux yeux de tous les hommes qui réfléchissent de l’opportunité et du mérite de notre publication , aussi bien que de la mauvaise foi de la plupart des feuilles libérales , dans toutes les questions de droit commun , sont pour nous , on le comprend , une surabondante compensation de la peine qu’auraient pu nous causer et le blâme inconsidéré de quelques gens de bien et l’abandon de quelques autres. Tous avaient pourtant applaudi d’abord à nos premiers essais dans le Répara * teur i et l’on croyait assez généralement qu’ils devaient nous appuyer ; mais effrayés par les cris des universitaires et des impies , craignant pour les intérêts du Clergé et de la Religion elle-même , qu’hypocritement on leur montrait compromis, entraînés peut-être aussi par d’autres motifs que nous ne voulons pas chercher à approfondir , ils crurent devoir changer d’avis et se tourner contre notre livre, ou par leur silence le désavouer! A plusieurs même il suffit que l'Univers en eut reçu le dépôt , pour qu’ils s’élevassent contre lui , ou s’abstinssent d’en parler , si peu l’esprit de parti est étranger, auprès de certaines personnes, aux discussions même les plus graves et les plus véritablement nationales. Leur conduite nous affligea sans nous surprendre. Elle devait d’ailleurs disparaître pour nous au milieu des approbations qui nous étaient prodiguées de toutes parts par des amis sincères de la vérité et de leur pays , par de vrais politiques , qui ne comprennent l’ordre social que fondé sur la Religion et les véritables libertés qu’elle-même assure et sanctionne , par une foule de personnages éminents , Evêques, pairs de France, députés, supérieurs de séminaires, notables de la France et de l’Etranger , universitaires même. Qu’ils veuillent bien recevoir tous ici l’hommage de notre gratitude pour leurs bons encouragements.
Rien par conséquent ne nous pressait de rentrer sitôt dans l’arène : ni les injures des impies, puisque nous nous en tenons pour fort honoré , ni le silence ou les critiques amères de quelques esprits faibles , intéressés ou ne voulant de la Religion ou de la liberté que comme moyen de parti ou d’intrigue ; puisque nous les regardons comme un des signes les plus sûrs d’une œuvre droite, forte et vraiment sociale , et que nous croyons de plus grandement utile qu’à
certaines époques de luttes et de combats , de tels hommes soient bien connus de tout le'monde. Chacun sait alors au besoin qu’il ne faut pas compter sur eux, et on s'arrange en conséquence. Les questions religieuses, et celle de la liberté de l’enseignement l’est éminemment, sont en ce sens la véritable pierre de touche des consciences qui ont des principes, et de la fermeté d’âme qui ne sait ni les taire ni en rougir.
C’est assez dire , trop peut-être , que si nous entreprenons aujourd’hui de répondre aux accusations portées contre le Monopole universitaire destructeur de la Religion et des lois , ce n’est que par déférence pour les conseils de ses nombreux amis. Ils pensent et ils nous ont fait avertir de différentes parts que ces accusations , quoique trouvant leur réfutation dans une lecture attentive du Monopole , peuvent nuire cependant à l’effet qu’il doit produire , et à la liberté de l’enseignement elle-même auprès d’un certain nombre d’esprits dévoués du reste à la cause delà Religion et de nos libertés, et que personne mieux que nous ne peut faire justice de ces attaques. Plusieurs vont jusqu’à les regarder comme la cause des préventions qui ont empêché un certain nombre de personnes recommandables de lire le livre qui en a été l’objet, et de l’espèce de respect humain qui fait que des écrivains qui l’ont lu, osent à peine en citer le titre, tout en y puisant abondamment et les pensées et les preuves qui forment le fond de leurs propres attaques contre l’Université.
Ces accusations cependant sont en petit nombre et de peu d’importance , quoique les plus doctes et les plus habiles membres du monopole enseignant , et les rédacteurs les plus exercés de ses journaux aient, pendant près de trois mois, tourné et retourné notre ouvrage dans tous les sens, que M. le grand-maître lui-même l’ait , dit-on , enrichi de ses notes et de ses observations , et que le ministre de l’instruction publique et le garde des sceaux Paient fait examiner avec soin par les jurisconsultes les plus dévoués. Mais ces accusations ont été répétées sous toutes les formes ; et la Revue des deux mondes , la Gazette spéciale de T instruction publique, la Revue indépendante, la Revue de l'instruction publique , le National, le Constitutionnel , le Siècle, le Censeur, le Rhône, tous journaux ou pamphlets indépendants et défenseurs de toutes les libertés, comme
chacun sait, ont reçu et accepté, du monopole destructeur de la charte et du droit commun, l’ordre et quelque chose de plus peutêtre pour les répandre par toute la France. Grâces leur en soient rendues; ces attaques ont été pour nous un vrai sujet de joie, et parce que notre livre a été annoncé d’une manière fort piquante pour la curiosité publique et sans aucun frais de réclame , et parce que mieux que toutes les apologies et les comptes rendus, la pauvreté des accusations et l’éclat qu’on leur a donné ont démontré à tous les hommes qui réfléchissent la gravité des maux et des périls que nous avons signalés , l’importance et l’exactitude de nos citations, la solidité de nos raisonnements , et de quel côté se trouvent les vrais amis des pères de famille et de la jeunesse, les défenseurs les plus fidèles et les plus éclairés des droits communs garantis par la charte.
Nous venons donc exposer à notre tour, dans tous leurs détails , ces accusations , les faire connaître pleinement à ceux surtout à qui elles ont fait plus de peur , parce qu’ils ne les ont apprisesque par des rumeurs vagues , toujours plus considérables que la réalité. Pour mettre tout le monde dans le cas de les apprécier à leur juste valeur, nous les examinerons avec soin sous toutes leurs faces , et nous répondrons à chacune en particulier par des raisons que l’Université elle-même ne puisse récuser. Le monopole et ses professeurs ainsi jugés par eux-mêmes , il n’y aura personne qui ne puisse , personne qui ne doive conclure de nouveau et avec plus de raison et plus hautement que jamais que l’Université est incompatible avecla charte; que la conserver telle qu’elle est , ou telle que la veulent maintenir dans leurs projets de lois MM. Villemain et les députés universitaires, c’est déchirer le pacte social et les lois les plus importantes , anéantir nos plus fondamentales libertés , attaquer tous les cultes, détruire toute religion, pervertir à leur source les mœurs publiques , saper enfin par leur base la morale elle-même et l’ordre social tout entier.
Tel est l’objet de ce petit écrit. Nous ne demandons pour lui , comme pour le premier, qu’une lecture attentive et un jugement inspiré par la conscience et la bonne foi, et dirigé parla logique.