QUATRIÈME ACCUSATION
Nous n'attaquons l’enseignement de V Université qu'avec des citations empruntées aux cours des facultés.
Cette accusation est portée par tous les défenseurs de l’Université déjà cités et par un grand nombre d’autres. On en comprend le motif : c’est l’enseignement secondaire dont l’Université voudrait d’abord légaliser le monopole , et elle sent qu’aux yeux les moins clairvoyants un tel monopole est l’anéantissement de plusieurs articles de la charte ; surtout si cet enseignement, tel qu’il est, insulte toutes les religions , attaque tous les cultes , arrache, aussi bien que le haut enseignement, les fondements de la morale et de l’ordre. Il faut donc le nier et crier bien haut que les passages apportés en preuve de l’impiété de cet enseignement appartiennent aux cours des facultés.
Or , quand cette accusation serait fondée , quand le monopole destructeur de la Religion et des lois n’aurait donné en effet que des preuves de l’impiété du haut enseignement , que s’ensuivrait-il ? que signifierait une telle accusation? Le titre de notre livre en serait-il moins rempli ? — N’est-ce pas un grand-maître , dans un rapport officiel au Roi , qui a proclamé que par l’instruction supérieure et les cinq facultés qui y concourent ( par un enseignement par conséquent que l’on convient être anti-catholique et impie ) , l’Université conduit la jeunesse au seuil de toutes les professions libérales? — Et de quel droit l’Université impose- t-elle un pareil enseignement à la majorité catholique? D’après quel principe force-t-elle les fils de cette majorité , les jeunes hommes appartenant même à une religion quelconque , et qui veulent devenir
licenciés , docteurs dans les lettres ou les sciences , arriver enfin jusqu’au seuil des professions libérales, à subir et à payer un enseignement qui attaque leurs croyances et que leur conscience réprouve? De par quelle autorité attente-t-elle ainsi à la charte et à tous les droits qu’elle garantit , à l’égalité devant la loi, à la liberté des opinions , à la liberté de la conscience et des cultes ? D’après quelle constitution destructive de toutes les autres , les oblige-t-elle à choisir entre l’ilotisme de Sparte ou un enseignement insultant pour la foi de leurs pères, hostile à leurs propres croyances, ou contraire seulement aux opinions que les lois laissent libres? Et si la religion selon saint François de Sales et saint Vincent de Paul, si l’histoire selon Bossuet et le jésuite Daniel , si la philosophie selon l’évêque d’Avranches et le jésuite Buffier, si la littérature selon Fénélon et Laharpe me conviennent et me plaisent , de quel droit l’Université m’impose-t-elle la religion selon Saint-Simon ou selon M. Edgard Quinet, l’histoire selon M. Michelet ou M. Lacretelle , la philosophie selon Cabanis ou M. Cousin , la littérature selon M. Villemain et le professeur , restaurateur de vieux opéras , du National et de la faculté de Strasbourg?
Violer les droits que la charte et les lois me donnent à un enseignement libre et de mon choix , conforme à ma foi et à ma conscience , anéantir les garanties qu’elles m’assurent contre un impôt injuste et sans proportion avec ma fortune , violer tous ces droits parce que j’ai 16, 18 ou 20 ans, est-ce moins déchirer la charte , que si vous les refusiez à mes parents pour moi, parce que je n’aurais . que 10 ou 15 ans? Ces droits assurés à ma religion ne sont-ils pas même plus précieux, plus importants pour ma famille'et pour moi, à l’âge des passions et de l’indépendance , alors que les séductions d’un enseignement impie et destructeur de tout principe d’ordre et de morale peuvent exercer sur mon esprit et mon cœur la plus fatale influence , me faire un mal peut-être irréparable ? Et puis l’enseignement des facultés n’est-il pas le complément de l’enseignement secondaire ? Ne sont-ils pas, ne doivent-ils pas être l’un et l’autre fondés sur les mêmes bases et les mêmes principes, se coordonner et s’enchaîner par les mêmes liens et la même direction ? Ne sont-ils pas tous les deux formés du même sang , nourris du
même lait, au sein delà même mère, l’école normale? ne constituent-ils pas un même corps? ne vivent-ils pas de la même vie ? ne sont-ils pas diriges par la même tête , le conseil royal et le grandmaître , et soumis dans une obéissance absolue et aveugle à tout ce qu’ils leur commanderont pour le service de l’empereur , et le bien de l’enseignement dont ils sont seuls juges? Constater donc l’impiété du haut enseignement, l’hostilité anti-catholique Ides cours des facultés, n’est-ce pas par là même constater l’impiété et la direction anti-catholique et athée de l’enseignement secondaire? Ce qui parait au grand jour, ce qui est avoué hautement dans l’esprit et la direction de l’un ne prouve-t-il pas jusqu’à l’évidence , sans avoir besoin d’autres preuves, ce que le huis clos des classes secondaires et la crainte des vigilances maternelles cachent et cherchent à dérober à tous les regards, dans l’esprit et la direction de l’autre? Un corps dont tout le monde voit un chancre dévorer la tête, une lèpre hideuse couvrir presque toutes les parties nobles , peut-il passer auprès de qui que ce soit pour un corps sain, et avec lequel on puisse cohabiter sans danger, parce que l’épiderme offre çà et là quelques places enveloppées d’un triple appareil que le virus contagieux, n’a point encore marquées de ses livides atteintes?
Le Monopole destructeur de la Religion et des lois, ou la charte et la liberté de l'enseignement, aurait donc rempli son titre, tout son titre, quand il n’aurait fait que démontrer par des preuves incontestables. aux yeux même de l’Université et de'ses défenseurs, l’impiété anti-catholique et anti-chrétienne , le panthéisme anti-religieux et anti-social du haut enseignement universitaire. — Mais est-il vrai que nous n’ayons fourni aucune preuve des mêmes impiétés dans l’enseignement secondaire? — Cent cinquante citations anti-catholiques, anti-chrétiennes ou anti-sociales, et que nous aurions pu indéfiniment multiplier, citations presque toutes extraites de cahiers, de manuels , de discours , de précis , de cours , de livres imprimés par les membres de l’Université , approuvés par son conseil pour les classes de l’enseignement secondaire , pour tous les collèges royaux et communaux , ou rendus classiques pour toute la France par décret universitaire dix ans de suite renouvelé ; près de cinquante pages de faits généraux incontestables , attestant l’immo-
ralilé des colleges et que le témoignage de tous les jeunes hommes qui y ont passé peut confirmer, tous ces textes, tous ces faits ne prouvent-ils pas que l’enseignement secondaire, fidèle à la direction qui lui est imprimée, marche de pair pour la religion et les mœurs, avec le haut enseignement? Mais ne sonl-ce pas ces cahiers , ces manuels, ces cours et cos livres et les professeurs en les expliquant, qui enseignent aux adolescents et aux enfants eux-mêmes : a Que « Jéhova(Dieu) n’est que l’expression sublime de la patrie, et « que dans le plan de Moïse la cité de Dieu n’était pas distincte « de la cité terrestre ; qu’Adam , Noé et Moïse ne sont que des « mythes ; que ce n’est qu’à partir des Machabées que l’histoire « générale peut s’occuper du petit état des Juifs; qu’aucun peuple « n’a été gouverné par des princes plus ignorants cl plus féroces ;
« que les passages des prophètes ne doivent être considérés que • a pour ce qu’ils sont , c’est-à-dire des vérités historiques poétisées ;
« que l’histoire des Assyriens incertaine encore , mais historique « au moins, est racontée par la Bible, et qu’en revanche Epimé- « nide le Plieslien, précurseur de Solon, était un saint homme re- « ligieux et savant dans les choses célestes, par inspiration et ré- « vélalion divine ; que les oracles, au temps de Lycurgue, étaient « dirigés par la science et la piété , et que Mahomet, cet autre « grand législateur, avait descommunications fréquentes avec l’ange « Gabriel , etc. , etc.
« N’cst-ce pas dans ces sources de l’enseignement secondaire « que les élèves apprennent , qu’un fait qui parait contradictoire « aux lois de la nature et qui en même temps est attesté par d’irnpo- « sants témoignages ( les miracles de l’Evangile par exemple ) , est « une circonstance fort embar rassante pour l’esprit , que le parti « le plus raisonnable est alors le doute et l’expectative ; qu’il faut « se défier de tout ce qui est prodige ; que les miracles de Moïse « et de N. S. J.-C. peuvent s’expliquer d’une manière naturelle ,
« que les circonstances qui leur sont propres empêchent qu’on ne « les soumette aux règles de la critique ?
N’esl-ce pas l’enseignement secondaire et le plus hautement approuvé qui apprend aux élèves que : « Prétendre le genre humain « enclin au vice , c’est le calomnier ; qu’aucune inclination vicieuse
« n’a été mise en nous par la nature , et que nous deviendrions « heureux , si nous débarrassant de la vieille superstition de nos « pères ( la religion et la croyance au péché originel ) nous fré- « quentions les écoles, comme l’Amérique septentrionale, comme « notre amie l’Angleterre, comme l’Ecosse , la Suisse, le Hanovre « (les pays protestants, en un mot) où l’on ne trouve presque plus « de crimes ( et ils y sont, les suicides surtout , plus nombreux « sans comparaison'que dans les pays catholiques. On ne se tue pas a pourtant quand on est heureux et que l’on a la conscience pure, « à moins que l’on ne soit fou. ) Que les catholiques se font gloire « d’appartenir à une religion prêchée par le fils d’un charpentier ; « que les doctrines ( arienne et panthéiste ) de Servet , un des « hommes les plus distingués do son siècle , sont celles des philû- ’ « sophes du XVIII0 siècle, et qu’elles ont triomphé sur les ruines
« des sectes rivales (1) ; que la secte juive des Esséniens est la « principale source du christianisme ? »
N’est-ce pas encore le précis historique d’un recteur, précis adopté par le conseil royal pour l’enseignement secondaire, qui apprend aux jeunes élèves que le Pape jusqu’au concile de Sardique IVe siècle : « N’avait joui que d’une primauté d’ordre et d’honneur, « et non de pouvoir et de juridiction ? N’est-ce pas le siècle de « Louis XI F, prescrit par le conseil royal comme livre classique « de toutes les classes de troisième, qui enseigne à son tour , que a le Pape a conservé dans tous les états catholiques des prérogatives a qu’assurément il n’obtiendrait plus si le temps ne les lui avait « pas données ; que la juridiction , cette marque essentielle de la b souveraineté, lui est encore demeurée, et que la France même, b malgré toutes les libertés de l’Eglise gallicane , souffre que l’on
(1) Ces deux derniers passages sont de M. Macé, professeur au collège de Nantes, et maintenant au collège de I.yon. Ses cours , imprimés par lui-même , Court d’histoire des temps modernes , tome II , pag. 13, 21, 22 , où l’éloge des hérétiques et des impies , les insultes aux Papes, au Clergé et au dogme catholique, je retrouvent presqu'à chaque page. Les sources historiques auxquelles on renvoie )es élèves sont presque toutes protestantes ou impies.
« appelle à lui en dernier ressort dans quelques causes eeelésias- « tiques ; que c’est l’art et la souplesse qui conservent à Rome « tout ce qu’elle a pu humainement garder et ce qu’aucune autre « nation n’aurait pu conserver? »
N’est-ce pas lui qui souvent répète que : « Les prêtres violent « le secret de la confession ; que les supérieurs ecclésiastiques font « manœuvrer dans les conspirations tous les confesseurs; que a c’est une bêtise de se confesser à eux ; que prier dans les affai- « res importantes est une momerie pour les hommes , et pour les « femmes une faiblesse ; que les femmes fortes sont au-dessus de a ces petitesses ; que rien n’est plus ridicule que de voir le grand a Condé baiser la châsse de sainte Geneviève dans une procession, « et que cette facétie prouve que les héros sacriûent souvent à la a canaille , etc. , etc. ? N’est-ce pas le Voltaire prescrit , comme « livre classique aux élèves de quatrième, qui leur apprend : qu’eu « Suède les véritables tyrans de l’état étaient les évêques; que c’est « pour punir la religion des attentats de ses ministres que Gustave « Vasa rendit la Suède luthérienne par la supériorité de sa politique, « plus encore que par son autorité , et qu’ayant ainsi conquis le « royaume sur les Danois et sur le clergé , il régna heureux et a absolu , et mourut plein de gloire , laissant sur le trône sa fa- « mille et sa religion ? »
Et où enseigne-t-on : « Que Luther et le protestantisme ont « fait reprendre ses droits à la conscience humaine ; que le pro- « lestanlisme est plus convenable que la Religion catholique à des « peuples jaloux de leur liberté ( en livrant sans doute leur « conscience aux gouvernements, et en déclarant que le libre arbitre « principe de toute liberté , qu’on appelle le serf arbitre , est mort « et tout à fait détruit) ; où enseigne-t-on que la grâce n’est pas a donnée à tous les hommes, qu’elle manque aux justes aussi bien « qu’aux pécheurs , et que pourtant ils ont besoin , pour éviter « le mal et faire le bien , et n’être pas condamnés aux feux éter- « nels, d’une grâce qui [détermine invinciblement leur volonté? » N’est-ce pas dans les collèges? N’est-ce pas là que l’on force par arrêt du conseil royal les élèves qui se préparent au baccalauréat d’étudier les livres où se trouvent des impiétés aussi des-
truclivcsde Dieu eide sa justice, que de la liberté de l’homme (1)? Où enseigne-t-on : « Que le temps de la philosophie est venu , « où elle doit exercer au nom de la raison et du libre examen un « empire qui échappe à l’autorité et à la foi ; que la philosophie « éclectique est partout, qu’elle n’a pour ennemie que le théocra- « tisme fanatique ou l’intervention de la raison divine en ce monde « par l’intermédiaire du Pape , ennemi peu redoutable et frappé « d’impuissance?» Où enseigne-t-on tous ces sophismes, toutes ces insultes au culte catholique et mille autres semblables; n’ est-ce pas dans les collèges royaux et communaux aussi bien que dans les chaires des facultés et du collège de France ? »
N’est-ce pas pour les établissements d’instruction secondaire et pour en préparer encore les élèves au baccalauréat que sous la protection de M. Villemain et avec une dédicace de recommandation de l’auteur , a été composé le livre où l’on enseigne : « Que « le temps est la durée de Dieu , l’espace son étendue , que « l’iîme est autre chose que le moi , ou plutôt qu’elle existe « avant d’être moi, (alors qu’elle est encore au sein de la « substance universelle ) qu’elle le devient en se développant, et « le lors même qu’il lui arriverait de cesser de se connaître, « ou de mourir ù la conscience, elle serait encore malgré tout, « dût-elle n’êlrc à d’autre titre que les éléments d’un corps qui « se dissout ou qu’une force qui se perd dans le vague sein de « l’être ; que le moi c’est la force (c’est-à-dire Dieu) douée de « conscience, c’est la vie, se connaissant elle- même; que Dien « est la source commune de toute existence; que notre âme émane « de lui aussi bien que la matière qui en est sortie par l’inertie et « qui y rentre par l’activité ? » N’est-ce pas là répéter les paro-
(t) Siècle de Louis XIV , Provinciales, ce dernier condamné par les deux puissances, et où, dit M. remanier, le démon de l’ironie est déchaîné contre les choses saintes , où la Religion est frappée avec scs ministres , où Pascal enfin prépare les voies à Voltaire. Tous les autres passages que nous indiquons sans citer la source , se trouvent avec beaucoup plus d'étendue , et accompagnés de beaucoup d’autres de renseignement secondaire aussi , dans le livre du Monopole , où ou peut les vérifier , aiusi que les lieux d’où ils sont tirés.
les même de M. Damiron à la page première de son cours de philosophie, et propager ainsi toutes les idées panthéistiques de M. Cousin et de Spinosa, qu’on cherche à excuser d’athéisme en disant qu’il est panthéiste et idéaliste ?
N’est-ce pas aux élèves des collèges et dans les plus grandes solennités littéraires qu’il a été enseigné en présence du grand-maître et de ses conseillers : « Que notre âme est une portion de l’âme « divine ; que l’objet de l’enseignement secondaire dans l’Universi- « té, est de contempler la partie de la raison universelle de la « nature des choses qui est la plus cachée ; la force pleine de vie « qui inspire les poètes , anime les orateurs , fait les philosophes , « les penseurs, les révélateurs et les devins; humanité qui se « compose de temps et de mémoire , qui se meut en tout , croît et « vit dans les plantes , vit et sent dans les animaux muets , sent et « pense dans l’homme , dans l’homme épuise sa force , par lui « s’adore elle-même , acquiert réflexion et prend conscience ?
N’est-ce pas pour les élèves de tous les collèges royaux et communaux de France qu’a été composé, sur le programme officiel du conseil de l’instruction publique et avec son approbation , le Manuel de Philosophie P — Dans ce livre , la Religion catholique n’est-elle pas appelée : « Théocratisme fanatique, ennemi , frappé d’impuis- « sance , de la philosophie éclectique ou universitaire , mysticisme « religieux , acte de désespoir de la raison qui , renonçant à « chercher la vérité par ses seules forces , la demande directement « à Dieu? N’est-ce pas lui aussi qui enseigne que l’idée de Dieu ne a fut pas la même à toutes les époques ; que lorsque l’homme « commença à séparer le moi du non moi , et à le distinguer de « la nature extérieure, le monde extérieur, dans son ensem- « ble, dans sa totalité, fut le premier Dieu qu’il reconnut ; « que le panthéisme fit place au polythéisme , et celui-ci au « théisme ou à l’unité ; qu’à ces sortes de croyances correspon- « dent parallèlement les trois genres de culte , fétichisme , a anthropomorphisme, spiritualisme; que les pratiques religieuses, « sous quelque forme qu’elles apparaissent, sont l’expression plus « ou moins parfaite , mais toujours légitime , d’un des besoins les « plus impérieux du cœur humain ; que toute science n’est que
« réminiscence , que par conséquent la puissance actuelle ( la force « à l’absolu, ce qu’on a appelé Dieu dans l’Université) prise sub- « stantiellement et avant de se manifester sous la forme de l’âme « humaine , contient déjà en elle-même ou plutôt est elle-même le « type primitif et absolu du beau, du bien, etc., et que lorsqu’elle « passe de l’état de substance à celui de personne et acquiert ainsi « la conscience et la pensée distincte ( le Dieu de l’Université « avant d’être nous, n’a, comme on voit, ni conscience ni pensée dis- « tincte ; ce n’est qu’une puissance , une force brutes , ) elle trouve a dans le sentiment obscur et confus de la relation intime qui la o rattache à son premier état comme à son centre et à son principe a les idées du beau, du bien, de l’intini qui alors ne lui paraissaient « pas tout à fait des découvertes, et ressemblent assez à des souve- « nirs ? » N’est-ce pas lui qui enseigne aux élèves des écoles secondaires ce monstrueux panthéisme comme une haute vérité P N’est-ce pas lui qui leur conseille encore, comme livres de saines et bonnes doctrines, les œuvres de Lucrèce, de Spinosa qu’il dit être certainement un des fixes éminents esprits de l’âge moderne; « celles de Voltaire , dont la philosophie, dit-il , légère, superfi- « cielle et moqueuse, exerce une immense influence, et dont les « romans , les dialogues , les œuvres historiques , les poésies légè- « res , le dictionnaire philosophique , constituent dans leur ensem- « ble un cours complet de scepticisme rendu accessible à « toutes les intelligences par le peu de profondeur des idées et « surtout par la clarté et le charme de la forme ; les œuvres de « d’Alembert, de Condorcet, de Condillac, de Rousseau, l 'Héloïse, o l’ Emile, et autres écrits, où le philosophe genevois embrasse, dit- « on , avec chaleur la cause du spiritualisme , etc. , etc. , celles « de MM. Cousin , Damiron et Jouffroy , etc. ? »
N’est-ce pas encore lui qui enseigne : « Que la raison absolue et « infaillible au sein de la divinité', dont elle constitue l’essence , « tombe dans l’homme sous la loi de la relation du temps et de l’er- « reur; que c’est elle cependant ainsi tombée, qui, sous le nom de « conscience morale, nous éclaire sur le caractère bon ou mauvais , « juste ou injuste des actes dont nous sommes auteurs ou témoins ; « d’où il suit que ce principe dans ses applications devient variable
« et indéfiniment extensible; en d’autres termes que la notion du « juste et de l’injuste appliquée aux actes humains est tombée « aussi comme tout ce qui est de l’homme sous la loi de la pro- « gressivité, ou, comme il dit plus haut, du temps et de l’erreur?»
N’esl-ce pas encore dans l’enseignement secondaire que le professeur même qui a proclamé que la philosophie devait prendre la placede l’autoritéet de la foi, enseigne : « Que le bien pour l’homme « ne peut être connu que par sa destinée , sa destinée que par sa « nature; que la nature de l’homme est celle de l’esprit dont les « éléments sont les penchants qui portent à connaître , à agir , « à aimer ; que la destinée de l’homme consiste par conséquent « à développer le plus possible ses penchants , et que c’est en quoi « consiste aussi son bien.... Que si l’homme pourtant était fait « pour le bonheur , il y aurait entre sa condition et sa destinée « une étrange contradiction , puisque les passions mènent à un état « pénible? »
N’esl-ce pas pour les élèves des collèges que le disciple de Strauss, le recteur Laroque, a composé son cours de philosophie que le journal de l’instruction publique assure être , dans l’état actuel des choses , un des meilleurs abrégés dont on puisse conseiller la lecture aux jeunes gens , et où se trouvent ces graves dissertations sur les différences de l’amour sexuel et physique , et de l’amonr pur et platonique , sur les avantages et les inconvénients de la polygamie et même de la polyandrie, où l’on enseigne enfin que rien n’est plus véritablement impie que le dogme de l’éternité des peines de l’enfer ?
N’est-ce pas pour l’enseignement secondaire que M. Ileguin de Guerle, ex-professeur au col loge Louis-le-Grand, inspecteur de l’académie de Lyon , a composé les choix de littérature morale et religieuse, et donné comme tel la mort de Mirabeau par M. Thiers et ce passage éminemment religieux et moral : « Mirabeau fit ouvrir sa « fenêtre : Mon ami, dit-il à Cabanis, je mourrai aujourd’hui; « il ne reste plus qu’à s’envelopper de parfums , qu’à se couronner « de fleurs, qu’à s’environner de musique, afin d’entrer paisible- « blement dans le sommeil éternel. Des douleurs poignantes inter- « rompaient de temps en temps ces douleurs si nobles et si cal-
« mes. — Vous aviez promis, dil-il à scs amis, de m’épargner des « souffrances inutiles. En disant cela, il demanda de l’opium avec « instance. Comme on le lui refusait , il l’exige avec sa violence « accoutumée. Pour le satisfaire on le trompe, et on lui présente « une coupe , en lui persuadant qu’elle contenait de l’opium ; il la « saisit , avale le breuvage qu’il croyait mortel , et paraît satisfait. « Un instant après il expire. »
N’est-ce pas le siècle de Louis XÎF, le Voltaire classique de l’enseignement secondaire prescrit par ordonnance à toutes les classes de troisième du royaume, qui déverse à chaque page le sarcasme et la raillerie sur les choses les plus saintes , excuse , loue , embellit les plus grands' désordres , fait, dans le catalogue qui termine l’ouvrage, l’éloge des incrédules et de leurs livres , cherche à faire passer pour tels Fénélon et Bossuet même ? N’est-ce pas dans ce livre imposé à l’enfance et à la jeunesse catholique pour être étudié, lu , peut-être appris de mémoire , qu’on trouve, au milieu de mille impiétés semblables, ces vers de Chaulieu , qu’on vante comme respirant la liberté, le plaisir, et une philosophie au-dessus des préjugés :
Plus j’approche du terme, et moins je le redoute : Sur des principes sûrs mon esprit affermi , Content, persuadé, ne connaît plus de doute;
Des suites de ma fin je n’ai jamais frémi.
Exempt de préjugés j’affronte l’imposture Des vaines superstitions ,
Et me ris des préventions De ces faibles esprits dont la triste censure Fait un crime à la créature De l'usage des biens que lui lit son auteur.
■ ' Et ces autres :
J’ai vu de près le Styx, j’ai vu les Euménides ;
Déjà venaient frapper mes oreilles timides Les affreux cris des chiens de l’empire des morts : Et les noires vapeurs et les brûlants transports Allaient de ma raison offusquer la lumière.
C’est lors que j’ai senti mon âme toute entière Se ramenant en soi, faire un dernier effort Pour braver les horreurs que l’on joint à la mort.
Mb raison m’a montré , tant qu’elle a pu paraître ,
Que rien n’est en effet de ce qui ne peut être ;
Que ces fantômes vains sont enfants de la peur.
Qu’une faible nourrice imprime en notre cœur Lorsque des loups-garous, qu’elle-même elle pense.
De démons et d’enfer elle endort notre enfance (l).
N’est-ce pas enfin le cours d’histoire approuvé par le conseil de l’instruction publique pour les classes de sixième et les écoles normales primaires qui enseigne : « Que placé à l’enfance du monde , « sur cette terre miraculeuse de l’Egypte, l’homme frappé du « spectacle des phénomènes physiques , se prosterna devant la « nature et l’adora ; que scs forces furent personnifiées; qu’en pré- « sence du désert et de la belle vallée du Nil , la pensée religieuse « conçut le dualisme des principes; que le bien et le mal , la « sécheresse et la fécondité, la vie et la mort, eurent leur expres- « sion symbolique dans Nephlis et Isis , dans Osiris et Typhon ; « que tout ce que la nature produit pour l’homme de mauvais et « de bon reçut, vivant comme inerte, un culte; que de la « plante à l’arbre, de l’ichneumon au crocodile, toute la chaîne « des êtres fut divinisée ; que cependant la préoccupation de la ma- « tière n’étouffa point dans l’homme le principe de l’esprit , et que « l’âme ayant conscience de soi, créa bientôt des puissances spirite tuellesqui s’identifièrentavec la personnification de la nature ; que « toutes les divinités des autres peuples étaient aussi des forces de « la nature personnifiée ; que le Dieu des juifs et des chrétiens « Jéhova lui-même était la force personnifiée de la patrie ; que l’Asie « soumet l’homme aux influences les plus diverses et détermine, on « aura beau le nier , son rôle historique et moral ; que la liberté « humaine proteste vainement contre ces lois fatales, qu’il lui faut « plier le genou ; que dans cette vaste partie du monde les hom- « mes relèvent et dépendent du sol ? »
Or, toutes ces leçons, tous ces enseignements cités dans le Monopole universitaire , à part quelques-uns seulement remplacés par un
(1) Sicclc de Ixmis XIV , Catalogue, arl. Cliaulieu.
grand nombre d’autres, et cités comme apparlenantà l’enseignement secondaire, n’altaquent-ils pas tous les cultes, tout principe religieux , ne tendent-ils pas à renverser par le fondement la morale elle-même toute entière en lui ôtant toute sanction , et en détruisant la liberté de l’homme? Ne renferment-ils pas évidemment les mêmes impiétés , le même scepticisme , les mêmes éléments d’athéisme que les livres et les enseignements des professeurs des facultés et du collège de France? Pour les développer et les rendre plus clairs, ne distribue-t-on pas encore en prix dans les hautes classes les œuvres anti-chrétiennes et panthéistes des Jouffroy, des Dainiron, desLcrminier, des Gatien Arnoult, des Villemain , etc. etc. ? Et comment pourrait-il en être autrement? Les disciples des professeurs du haut enseignement, des Cousin, des JoulTroy, des Damiron, des Michelet, des J. J. Ampère, ne sont-ils pas les maîtres et les professeurs de l’enseignement secondaire? Où enseignent la philosophie les Mallet, les Lafaits, les Bersot, etc. etc. ? N’est-ce pas dans les collèges , à Rouen , à Marseille , à Bordeaux , etc. etc. ? N’est-ce pas aussi dans les collèges de Nancy , de Versailles et maintenant de Paris que l’Israélite Frank, loué naguère par M. Cousin à l’académie des sciences morales comme le plus remarquable des professeurs, a enseigné ou enseigne la philosophie ? Ne serait-ce pas lui qui , à Nancy , aurait enseigné que rien n’est absurde comme la prière, et qui aurait dicté à ses élèves des impiétés que plusieurs refusaient de transcrire? Où enseignent l’histoire les Monin, les Duruy, les Burette, les Macé, etc.? N’est-ce pas dans les collèges, à Lyon , à Nantes, à Paris, etc. , et ne répètent-ils pas partout dans l’enseignement secondaire les enseignements anti-catholiques de leurs maîtres? Où enseignent
mais en voilà assez ; autrement nous donnerions trop tôt une seconde édition du Monopole universitaire.
Il est donc démontré que nous n’avons point attaqué l’Université avec des textes tirés seulement des cours et des œuvres des professeurs des facultés. Si ceux que nous avons extraits de l’enseignement secondaire et que nous aurions pu, comme les autres, multiplier indéfiniment , sont en apparence moins nombreux , c’est qu’appartenant à des livres prescrits ou officiellement adoptés par
le conseil royal pour tous les collèges royaux ei communaux , ils ont un caractère d’universalité qui prouve incontestablement l’esprit et le but du monopole enseignant , et toute la vérité de notre titre : Le Monopole universitaire destructeur de la Religion et des lui s; un caractère de généralité qui anéantit par avance toutes les défenses et tous les subterfuges.
Nous sommes môme allé plus loin , et pour ne laisser aucun nuage sur d’aussi graves accusations , et mettre à nu la profondeur de l’abîme où le monopole conduit le plus noble pays du monde , nous avons résumé dans soixante pages et par des faits certains , notoires , que l’Université et ses défenseurs eux-mémes n’ont osé contester, les conséquences pratiques de son enseignement et l’immoralité de scs collèges. Ces faits sont indiqués, en partie du moins, dans ce témoignage rendu il y a quelques années par la voie de la presse dans un livre célèbre parmi les médecins : « Si j’en juge par « ma propre observation, sur dix masturbateurs dont la santé s’est « altérée immédiatement ou consécutivement, on peut en comp- « ter neuf qui se sont perdus au collège ou dans un pensionnat. « Tout ce que j’ai lu dans les auteurs m’a convaincu que cette
« proportion n’était pas exagérée L’enfant y trouve en arri-
« vant un foyer de contagion qui s’étend bientôt jusqu’à lui ; car « le mal y est établi d’une manière endémique, et se transmet sans « interruption des anciens aux nouveaux venus. Si quelques indice vidus échappent d’abord à ces initiations perfides , leur temps « vient un peu plus tard. Je n’entrerai dans aucun détail, quoique « j’aie reçu des révélations bien multipliées , bien circonstanciées. « Comment pourrais-je reproduire ce que ces malades osaient à « peine me confier en tête-à-tête, et pressés par l’intérêt puissant « de leur conservation? L’un d’eux me disait encore il y a quelques « jours (1838) sans vouloir s’expliquer davantage : « Sachez « seulement que les infâmes ouvrages du marquis de Sade ne sont « que des églogues auprès de ce que fai vu. » — D’après tout ce « qui m’est revenu des sources les plus directes et les plus variées, « je ne crains pas d’affirmer que nulle part on ne se procure aussi « facilement de mauvais livres, que nulle part ils ne circulent avec « plus d’impudence et de sécurité ; que la cause du mal n’est pas
« seulement dans les élèves , mais dans les domestiques et les sur- « veillants; que les abus ne se bornent pas toujours à la mastur-
« bation qu’ils ne se propagent pas seulement par l’exemple
« et la séduction , mais qu’ils s’imposent même quelquefois par la « menace et la violence. Et que l’on ne croie pas que je ne parle ici
« que de faits rares , exceptionnels , ou que je me les exagère
« je parle sur preuves multipliées et concordantes. D’ailleurs , tous « ceux qui se sont occupés de ce triste sujet , rapportent des faits « semblables. Le docteur Terraube surtout en parle très-longue- « ment ( Traité de la Chiromanie). 11 n’y a rien d’exagéré dans o tout ce qu’il en dit , et c’est la meilleure partie de son ouvrage. « Les effets de cette corruption prouvée par une quantité de cas , « continue le même docteur, sont: affaiblissement si grand qu’il « peut aller et qu’il est allé souvent jusqu’àla mort ; inflammation, « gastrite et maladie de cœur, assoupissement, congestions vers o la tête, vertiges, affaiblissement de la vue, de l’intelligence et « de la mémoire , caractère de plus en plus impatient et irascible, « hypocondrie , marasme , penchant au suicide , accès de fureur,
« symptômes d’aliénation mentale. » ( Pertes séminales , p. 423 et suiv. 468 et ailleurs.)
L’homme qui rend cet effrayant, ce terrible témoignage, est non pas notre médecin, comme a cru le dire, avec un esprit et un goût exquis, le rédacteur universitaire du National, mais un professeur même de la faculté de médecine de Montpellier, le docteur Lallemant , celui qui vient de concourir pour la place vacante de l’institut, section de médecine , et à qui il n’a manqué que quelques voix pour l’emporter sur son concurrent.
Et parce qu’avec M. Dubois, membre et viee-»président de l’instruction publique , nous concluons de tous ces enseignements, de tous ces faits et de mille autres semblables et plus effrayants encore rapportés dans notre ouvrage , que le Monopole universitaire est destructeur de toute croyance et de toute instruction, qu’avec lui rien de moral ne peut se tenter , que l’Université par conséquent contrarie et détruit sans être même consacré par une loi, ce qu’on retrouve dans tous les gouvernements libres, ce que la charte (de 1814) a proclamé, la liberté des religions, la liher-
té de la presse, la liberté de l’industrie (1); parce que prêtre de l’Eglise catholique nous réclamons contre de telles iniquités , contre une si monstrueuse et si publique corruption , à la suite de l’épiscopat tout entier, au nom de notre foi , au nom de la liberté due à notre CHlte , avec toute l’indignation d’un cœur croyant , et en des termes , dont en semblables occurrences nous trouvons de nombreux exemples et dans l’Evangile et dans tous les Pères de l’Eglise; parce que citoyen , au nom de la Charte et des droits qu’elle nous confère et nous garantit , nous réclamons hautement avec tous les membres sincères de la majorité catholique et de tous les cultes que la loi protège, la liberté de conscience, l’abolition d’un monopole qui pervertit ainsi les générations de la France, on lèche, ou on lance contre nous et contre le clergé tout entier la meute universitaire , et ses aboiements répétés par tous les échos du libéralisme impie et oppresseur nous poursuivent jusqu’aux extrémités de la France ; on s’efforce par mille moyens d’étouffer notre voix et de nous faire condamner sans nous entendre (2).
L’Université a poussé même ses défenseurs jusque dans certaines feuilles catholiques , et il s’est trouvé là aussi des hommes qui , craignant pour la large existence que le monopole leur fait , se sont grandis de toutes leurs bonnes intentions et pour augmenter la peur et les préventions et pour empêcher de nous lire , ont crié au pamphlet , à l’exagération , à l’invective lamenaisienne , et ont fait appel à la modération et à la charité.
Et parce que nous avons mis au grand jour , et souvent en quelques lignes , et sans commencer par nous mettre à genoux et baiser la main , l’ignorance , la mauvaise foi et la déraison impie des maîtres les plus fameux de l’Université ; parce que dans nos accusations contre son monopole , nous avons démontré par les décrets mêmes qui la constituent la solidarité de tous les membres qui y coopèrent ; parce que nous avons prouvé que là , comme dans
(1) Voye2 le Monopole universitaire , page 525.
(2) Il est des villes où l'Université a fait menacer des libraires de faire tomber leur librairie, s’ils se chargeaient de vendre le Monopole !
certaines sociétés secrètes , les hommes religieux qui se laissaient entraîner par illusion ou par intérêt à en faire partie , à certaines époques surtout et en certaines villes , servaient tout autant au succès , et souvent plus que les impies les plus déclarés , on s’est irrité outre mesure , on a partout répété que nous voulions tout perdre , que nous condamnions tout.
Et parce que nous avons demandé équivalemment , qu’on nous citât les recteurs , les proviseurs , les maîtres catholiques qui avaient réclamé, par exemple, contre les décrets du conseil qui approuvent ou prescrivent, pour tous les collèges, les livres impies et immoraux destructeurs de toute foi et de toute vertu , dont nous avons donné de si nombreux passages ; qu’on nous citât les recteurs , les proviseurs, les maîtres catholiques qui avaient donné leur démission et renoncé à leur traitement plutôt que de s’y soumettre et de les laisser enseigner sous leur surveillance et leur responsabilité , qui par conséquent n’avaient pas contribué et ne contribuent pas encore , en conservant leurs places , à induire les familles en erreur , et à attirer par leur présence les enfants de ces familles dans les abîmes que nous avons signalés ; on a crié plus haut , on a répété avec une candeur d’âme scandalisée que nous blessions la charité, que nous violions un précepte? Charitables chrétiens! ils refuseraient d’absoudre , comme coupable d’invective anti-chrétienne , s’ils étaient prêtres , le passant exagéré, qui , le mercenaire (le professeur) se taisant, crierait au loup pour avertir le père de famille de la présence de la bête ennemie et des ravages qu’elle fait dans le troupeau. L'imprudent ! pourquoi aussi ne pas employer quelque périphrase anodine ? pourquoi aigrir le quadrupède , en l’appelant par son nom de loup , et venir compromettre par ses cris intempestifs la tranquille existence de l’honnête et pacifique berger ? Mais nous y reviendrons plus tard , car nous voulons avoir le cœur net de ces incroyables accusations. Achevons , en attendant , d’éclaircir la question ici soulevée , et ne la quittons pas sans avoir poursuivi l’Université dans ses derniers retranchements , dans tous les subterfuges de ses défenseurs , et montré que quand toutes les preuves apportées contre l’enseignement de ses facultés et l’enseignement de ses collèges par le livre du Monopole se-
raient aussi faibles et aussi rares qu’elles sont solideset multipliées, sa cause ne triompherait point encore , et que son organisation même et son existence d’esclave et d’instrument entre les mains du gouvernement et d’un conseil en dehors de toutes les lois, n’en serait pas moins une violation permanente de la constitution et des libertés qu’elle garantit, une espèce de religion d’état qui tendrait à rétablir clandestinement et par ruse 'dans la nouvelle charte un article semblable à l’article 6 de l’ancienne, aboli en juillet.
Car , il faut bien le répéter , puisqu’on semble ne l’avoir pas compris encore , ou cette corporation religieuse ou plutôt antireligieuse, appelée Université, monopolisant l’enseignement au nom de chaque ministère qui se succède , enseignera de préférence une seule des religions reconnues dans l’état, ou elle n’en enseignera aucune , ou elle les enseignera toutes également , ou elle les attaquera toutes pour leur en substituer une autre de son invention, celle deSaint-Simon par exemple, deM. Edgard Quinet, ou toute autre, selon les caprices , les goûts ou les intérêts du grand-maître et du conseil dirigeant. Il est impossible de placer l’Université hors de l’une ou de l’autre de ces hypothèses : or, dans toutes , elle est incompatible avec la charte et les libertés garanties par elle, elle en est l’évidente violation. — Dans le premier cas la chose est manifeste; elle referait arbitrairement une religion d’état, et blesserait le droit qu’ont toutes les autres, par la charte de 1830 , à une égale protection , à un égal et libre enseignement. Dans le second, elle constituerait un athéisme pratique destructeur de toute religion, et M. Villemain lui-même répondant, l’année dernière, àM. deMontalamberl à la chambre des pairs , rejetait avec indignation une semblable hypothèse, en ne la considérant même que du point de vue de la dignité sociale. Elle serait d’ailleurs tout à fait chimérique, parce qu’il est de toute impossibilité à un enseignement quelconque de ne pas rencontrer la religion à chaque pas , dans la philosophie , dans l’histoire , dans les sciences et les lettres , et de ne point en aborder les questions. — La troisième hypothèse ne présenterait pas une moindre impossibilité; comment en efïet enseigner également des religions qui se contredisent, qui se condamnent mutuellement ? Ne serait-ce point les attaquer toutes , et prendre pour base de
l’enseignement le plus monstrueux scepticisme? Ne serait-ce pas aussi blesser l’indépendance et la dignité de toutes les religions , de la Religion catholique surtout , que de les livrer ainsi à l’arbitraire de l’enseignement et des opinions de professeurs sans mission , sans caractère, et le plus souvent sans la connaissance de ces religions elles -mômes? Les forcer de reconnaître un tel droit dans une corporation instrument du gouvernement, n’ayant d’autre pouvoir que celui que lui donne le gouvernement, ce serait évidemment les dépouiller de toute indépendance et de toute liberté, détruire la constitution divine de l’Eglise catholique , en faire un moyen de politique , les obliger d’abdiquer toute leur autorité , les anéantir. — Reste la dernière hypothèse : attaquer tous les cultes établis, pour en substituer un autre tout«écleo tique. C’est celle où s’est placée l’Université , surtout depuis 1830 ; il n’est plus possible de le contester. Elle vient de le proclamer elle-même de nouveau par la bouche du professeur Quinet (1). La charte là est plus évidemment violée encore , et toutes les libertés qu’elle garantit plus manifestement détruites ; c’est plus que jamais une religion d’état qu’on veut rétablir, religion d’autant plus monstrueuse , d’autant plus attentatoire à tous les droits, qu’enfanl de la passion et du caprice , instrument aveugle de politique , elle est imposée par la tyrannie d’un monopole aussi absurde qu’odieux, et ne peut s’élever que sur les ruines de toutes les autres.
De quelque côté donc qu’on envisage l’Université, dans quelque hypothèse qu’on la place,, elle est incompatible avec la charte de 1830 et les libertés qu’elle garantit ; il ne peut pas plus y avoir d’enseignement d’état que de religion d’état , puisque ce sont deux corrélatifs inséparables. Si l’on veut à toute force conserver l’Université, qu’elle existe , mais seulement comme une corporation libre, sous la surveillance de l’étal, comme toute autre réunion ou association qui voudra enseigner sous la même surveillance, et que les villes, les communes et les pères de famille choisissent pour directeurs de leurs collèges ou maîtres de leurs enfants qui bon
(t) Dca Jésuites, p. 11 i et siiiv.
leur semblera , selon leur conscience ; qu’il n’y ait pas plus , de la part de l’état, de jugement arbitraire et préventif pour la liberté d’enseignement que pour la liberté de la presse ; plus de censure donc, plus de diplômes, mais la loi et les tribunaux pour tous les délits et tous les crimes ; le reste à l’opinion , le reste à la liberté des cultes; eux seuls sont juges constitutionnellement des méthodes , de la capacité , des doctrines , de la moralité et de la science. Plus d’impôt sur les lettres et les sciences , plus d’impôt sur les pauvres écoliers : « Que chacun ( c’est le principe posé par la constituante , approuvé, proclamé par toutes les constitutions ré- « gulières depuis plus d’un demi-siècle ), que chacun ait le droit « de recevoir le bienfait de l'instruction, et que chacun ait récipro- « quement le droit de concourir à la répandre; car c’est du contt cours et de la rivalité des efforts individuels que naîtra toujours « le plus grand bien. La confiance doit seule déterminer le choix « pour les fonctions instructives; mais tous les talents sont appelés « de droit à disputer le prix de l’estime publique : tout privilège « est par sa nature odieux ; un privilège en matière d’instruction « serait plus odieux et plus absurde encore. »
Tels sont les principes du livre que nous avons publié, telle est la base de toute son argumentation ; c’est la conséquence de toutes les clauses les plus fondamentales de la charte , le sens manifeste de la promesse de liberté d’enseignement qu’elle renferme et qui a clé jurée comme condition du pacte de 1830. Ainsi l’ont entendu toutes les opinions, tous les corps de l’état , la nation entière; ainsi l’ont proclamé les journaux et les hommes mêmes qui aujourd’hui défendent l’Université et son monopole, comme nous l’avons démontré dans le chapitre IV du Monopole universitaire , etc.
Ces principes de toutes nos constitutions, ces conditions du pacte social , ces libertés pour tous , l’Université et ses défenseurs , le Constitutionnel et le National , les Débats et le Courrier français, le Siècle et la Gazette spéciale , la Revue indépendante de M. P. Leroux, et la Revue des deux mondes de l’Italien G. Libri, le Rhône et le Censeur , les renient et les abjurent aujourd’hui , uniquement parce qu’ils sont pour tous, pour les catholiques aussi bien que pour les protestants, pour les prêtres et ceux d’entre eux
qu’on appelle Jésuites ou Dominicains , aussi bien que pour les St-Simoniens et les Fouriéristes ou même les Carbonari étrangers que l’Italie, après jugement, a personnellement rejetés de son sein. Ils se font eux les champions de l’ordonnance et du bon plaisir, du grec et du latin , de la méthode et de la religion universitaires ; et au nom de la liberté et du droit commun qu’ils foulent aux pieds , s’efforçant d’élever au milieu de la France le drapeau des torys anglais, des Wellington, des Peel et des Graham, l’étendard de l’autocrate du nord ou le pavillon du vieux roi Guillaume , ils osent bien crier tout haut : A nous les Russes , à nousles Hollandais, à nous les Saxons et les aristocrates du knout et du sabre de M. Villemain, et courons sus aux catholiques I qu’ils soient pour nous ce que l’Irlande est pour les Anglais , ce qu’est la Pologne pour les Russes , ce qu’était naguère la Belgique pour le slathouder de la Néerlande ! hors la loi ! hors la charte ! hors de la liberté 1 et ils se disent libéraux sincères, libéraux de bonne foi ?... Qu’ils y prennent garde , la France est attentive, et la vraie démocratie , celle à qui Lamartine en a appelé , celle qui prévaudra , écoute et s’instruit! L’Université est encore ici jugée par elle-même et par ses défenseurs ; c’est la tyrannie de toutes les religions , la servitude de toutes les consciences , l’anéantissement de la charte et de ses libertés , au profit et sous le bon plaisir de quelques-* ans.